C'est derrière la vitre du pontier que l'expression « montagne de déchets » prend tout son sens. « On se rend compte de la quantité incroyable de choses que nous jetons », témoigne ainsi Cédric Zammit, tout en maniant avec dextérité le lourd grappin de l'incinérateur de Saint-Ouen (93) exploité par Tiru. Titulaire d'un bac pro électrotechnique, il a récemment été embauché en CDI après des débuts en intérim. Un oeil sur la fosse qu'il surplombe, un autre sur ses six écrans de contrôle, il a une mission d'importance : veiller à l'alimentation continue du ou des fours de l'usine. « Il faut anticiper la réception des camions en libérant de la place dans la fosse, mélanger, si besoin, les déchets et charger les trémies d'alimentation de façon homogène. Quand le pont fait des caprices, de petits dépannages peuvent également être nécessaires », détaille Cédric Zammit. Le pontier doit alors quitter le nid douillet de sa cabine ou de la salle de contrôle et affronter odeurs et poussières comme ses prédécesseurs qui, il y a quelques décennies encore, officiaient directement au-dessus de la fosse. Les conditions de travail n'ont aujourd'hui plus rien à voir, mais le métier reste éprouvant, notamment à cause du roulement en 3/8. « Le travail posté ainsi que l'aspect répétitif de la tâche engendre également de la fatigue, confie Christophe Tuffery, conducteur-pontier depuis dix ans à l'UIOM Ocréal de Lunel-Viel (34). L'exploitant Novergie a choisi ici de fusionner en un même poste les missions du pontier et celles de maintenance technique du rondier... Mais classiquement, « on débute comme pontier avant de devenir rondier, chef de quart puis de bloc, explique Serge Malo qui exerce cette dernière responsabilité à Saint-Ouen. Il n'existe pas de formation initiale particulière, mais les titulaires d'un BEP ou d'un CAP d'électronicien ou de mécanicien sont avantagés. Le métier s'apprend en formation continue et sur le tas grâce à la transmission du savoir-faire des "anciens". »