La casse à papa, c'est fini ! » Cette réflexion, parfait résumé de ce que signifie aujourd'hui la notion de déconstruction automobile, Manuel Munoz se la faisait déjà il y a vingt-trois ans, en fondant la société Indra. Mais en ce début avril, elle est encore plus criante de vérité. Car ledit Manuel Munoz en a cédé 80 % du capital à deux grands partenaires industriels, Sita et Renault, qui ont formé une société commune pour l'occasion, et à laquelle Renault compte adosser une entité dénommée Renault Environnement. « Aujourd'hui, garder une structure de PME ne permet pas d'assurer le futur », déclarait Manuel Munoz en présentant l'accord à Billancourt. Et le futur, c'est 85 % de recyclage sur un VHU (véhicule hors d'usage) en 2009, puis 95 % de valorisation totale en 2015. Des ratios qui laisseront effectivement peu de place aux casses à l'ancienne, de toute façon interdites sauf à se faire agréer comme site de broyage. L'accord prévoit un investissement de 100 millions d'euros en cinq ans de la part des deux partenaires afin de développer d'autres sites sur le modèle de Re-Source Industries, la ligne de déconstruction qu'Indra a ouverte l'an dernier à Romorantin (41) avec Sita, capitalistiquement à ses côtés depuis 1999. Soit trois fois le chiffre d'affaires 2007 d'Indra, qui maintiendra juridiquement le réseau de PME actuel, riche de 180 personnes. L'un de ces sites, dimensionnés pour 10 000 épaves par an, pourrait être celui que Sita avait annoncé vouloir créer sur Agora, l'écopôle qu'elle a monté sur l'ancien site pollué de Métaleurop à Noyelles-Godault (62). Dans cette nouvelle filière VHU, Christophe Cros, P-DG de Sita France, voit une intéressante « évolution de la frontière entre produit et déchet ». Évolution dont entend bien profiter Renault, qui s'est engagée, via sa marque Renault Eco², à incorporer au moins 5 % de plastiques recyclés dans ses modèles neufs. Le montant de la cession n'a pas été dévoilé, mais, à 65 ans, Manuel Munoz peut partir satisfait.