1EMBALLER ÉCOCONÇU
L'écoconception des emballages est essentiellement tournée vers un but : faire perdre du poids et
du volume. Mais attention à ne pas regagner dans un emballage ce qu'on perd dans un autre.
L'écoconception doit s'intéresser à l'ensemble des emballages d'un produit. Un yaourt, par exemple, est contenu dans un pot en plastique ou en verre (emballage primaire), entouré d'un carton ou d'un film de plastique (emballage secondaire), et il a été transporté dans des cartons (emballage tertiaire). Or, si l'on souhaite réduire la quantité d'emballage, il faut prendre en compte ces trois niveaux. « En effet, ces différents éléments sont en grande partie interdépendants : une modification de l'emballage primaire se répercute en général sur les autres niveaux, indique ainsi le guide méthodologique du Conseil national de l'emballage (CNE). C'est seulement en prenant en compte l'ensemble qu'il est possible de faire un bilan total. »
Réduire l'emballage, c'est bien sûr réduire son poids, mais pas seulement. Prendre en compte le volume est également important pour optimiser le transport des marchandises emballées. « On considère que le volume de l'emballage n'est ni celui de son contenu, quand il est mis en forme, ni celui qu'occupe l'emballage après emploi, mais par convention celui qu'il occupe dans l'emballage de regroupement, note le CNE. Ceci correspond à une réalité concrète : le volume nécessaire au transport et au stockage d'une unité du produit conditionné, occupé en linéaire et dans le placard de la ménagère. Par exemple : pour un produit de nettoyage livré en flacons PEHD, dont le volume intérieur de la caisse en carton contenant 12 flacons est de 2 160 cm3, le volume de l'emballage primaire est de 180 cm3. »
Réduire les volumes, c'est ce qu'a fait la société Savéol, spécialisée dans les fruits et légumes. Ses barquettes en plastique pour les tomates étaient trop hautes, et beaucoup d'espace était perdu. « En réduisant la hauteur des barquettes, on en met davantage dans chaque carton, explique Laurent Thauvin, ingénieur de l'École supérieure d'ingénieur d'emballage et de conditionnement (Esiec) de Reims, qui a effectué son stage chez Savéol. J'ai également fait modifier les cannelures des cartons pour en réduire le poids. » 256 tonnes de cartons sont ainsi économisées chaque année, et les transports de tomates ont été réduits de 10 %. De même, la société Allia, fabricante de meubles de salles de bains, a remplacé les cales de polystyrène protégeant les produits par des cales en carton. Comme le volume du carton est moindre que celui du polystyrène, le nombre de camions apportant les emballages a été divisé par deux.
Et si un emballage bien conçu, c'était avant tout un emballage réutilisable ? Pas forcément. « La réutilisation des emballages primaires ménagers, par exemple via des emballages consignés, c'est à la fois coûteux et négatif pour l'environnement, car cela engendre de nombreux transports, indique Bernard Hérodin, directeur d'Eco-Emballages. En revanche, la réutilisation des emballages tertiaires dans les circuits logistiques pourrait être pertinente. » Ce serait notamment le cas des « prêts à vendre », des emballages en carton préformés servant à présenter les produits en rayon, qui s'intègrent directement dans les linéaires des supermarchés. La grande distribution, en particulier le hard discount, est friande de ces nouveaux emballages, car cela lui économise la mise en rayon. Mais c'est un désastre du point de vue de l'écoconception : cet emballage supplémentaire représente de grandes quantités de carton, non recyclable car trop rigide.
2EMBALLER EN AGROPLASTIQUE
En mettant au ban le sac de caisse jetable, la loi d'orientation agricole de janvier 2006 a créé
une dynamique sur laquelle surfent les grands noms
des bioplastiques. Mais le marché reste embryonnaire.
Cette année, le Salon de l'emballage crée un « espace biomatériaux ». Est-ce un hasard ? « Entre 2006 et 2011, la consommation de ce type d'emballages devrait croître de 22 % par an. Premier indicateur de cette tendance, les capacités de production ont doublé entre 2006 et 2008 », argue le dossier de presse. La flambée du prix du pétrole, matière de base de l'emballage plastique, y est pour beaucoup. Les progrès de la R %26amp; D aussi, bien qu'elle pèse encore beaucoup (environ 30 %) dans le prix d'un kilo de PLA ou de Mater-Bi, pour citer deux variétés célèbres d'agroplastique. Les agroplastiques, ou bioplastiques selon les appellations, désignent les polymères qui réunissent deux conditions : ils proviennent du monde végétal, pour la plupart de l'agriculture (maïs, chanvre, blé, pomme de terre, etc.), et sont biodégradables au sens de la norme EN 13432. Dans le secteur de l'emballage, premier utilisateur de matières plastiques, ils peuvent prétendre à trois types d'applications : la sacherie (sacs de caisse, de fruits et légumes, à déchets, sacs cabas, sacs de magasin), les pièces de calage (chips, flocs) et les corps creux pour l'agroalimentaire, la pharmacie, la cosmétique et l'horticulture (bouteilles, pots, barquettes, boîtes). Le marché des films agricoles (paillage, tunnelage) est aussi un bon client, mais sort du secteur de l'emballage. « En France, les bioplastiques peuvent remplacer les plastiques pétrochimiques pour les applications sacs et films sans recherche ni capacité de production supplémentaire », assure le Club des bioplastiques, organisme qui réunit les principaux fabricants et syndicats de la filière.
Pour autant, quand on est conditionneur, faut-il oser la résine bio pour emballer son produit ? Oui, si celui-ci s'y prête : idéalement, si on cherche à vendre un produit vert, autant l'emballer vert. Exemple : ce nouveau muesli bio de Jordans, emballé dans un complexe cellulose + Mater-Bi. Oui aussi, si on est prêt à mettre encore un peu plus cher, bien que l'écart s'amenuise. « Les matériaux biodégradables à base d'amidon et de céréales sont 1,5 à 4 fois plus chers que les polyéthylènes », comparait le Club des bioplastiques il y a un an. Et ce, sans intégrer une hypothétique ristourne sur le point vert dû à Eco-Emballages, sur le modèle du DSD allemand, ni l'écotaxe sur les sacs jetables suggérée dans la lignée de la loi d'orientation agricole de janvier 2006 et reprise par le groupe d'études parlementaire sur les biomatériaux dans le cadre du Grenelle de l'environnement. Non en revanche, si on exige des propriétés mécaniques équivalentes aux pétroplastiques. Pas question, par exemple, de conditionner un soda ou un plat cuisiné micro-ondable dans un PLA, même si la « biodégradabilité contrôlée », qui consiste à accélérer ou ralentir la dégradation du contenant en fonction des caractéristiques du contenu (agressivité, chaleur), a fait des progrès. Non également, si on est trop pointilleux sur la sécurité d'approvisionnement. Les fabricants ont beau garantir des capacités de production constantes, l'outil industriel n'est pas encore capable d'honorer de grosses commandes toute l'année. Non enfin, si on veut communiquer sur la fin de vie du produit et mettre en avant son caractère biodégradable. Le Conseil national de l'emballage (CNE) préconise ainsi de privilégier non pas ce critère, mais celui de l'origine de la ressource, naturelle et renouvelable.
En effet, communiquer sur la compostabilité de l'emballage perturberait les habitudes de tri, à peine installées, du consommateur et, surtout, suppose qu'une filière de collecte sélective pour valorisation organique existe en France, ce qui n'est pas, ou quasiment pas, le cas. Cela paraît absurde, mais le CNE comme Eco-Emballages préconisent d'autres modes de valorisation, au mieux le recyclage (en mélange avec d'autres grades, ou seul, une fois qu'il y en aura suffisamment), au pire l'incinération (lire EM n° 1655 p. 32). Donner la consigne d'orienter les emballages en agroplastique vers le compostage présenterait un autre risque : le flux se retrouverait vite pollué par des plastiques classiques et divers intrus comme le Neosac et autres polymères biofragmentables, en PE additivé, rendant le compost impropre. « Si on communique sur la biodégradabilité - et on le fait - cela profitera au biofragmentable, avertit Christophe Doukhi de Boissoudy, président du Club des bioplastiques et responsable de Novamont pour la France. En termes de marché, c'est lui qui progresse le plus, d'autant que nous, qui utilisons une ressource agricole, subissons le syndrome des biocarburants, et sommes accusés d'affamer la planète. » Cela dit, ne jurer que par l'origine renouvelable de la ressource ne vous met pas non plus à l'abri : « Vous pouvez faire du polyéthylène, polymère non biodégradable, à partir d'éthanol issu de plantes », fait remarquer Jean-Michel Grosselin, directeur de la R et D chez SPhere. Il faut donc mettre en avant le couple, biodégradabilité + ressource renouvelable.
Quoi de neuf sur le terrain de l'innovation technique ? Côté produits de calage, pas grand-chose. Les chips à base de maïs continuent de faire vivre quelques PME, comme ComPlas Packaging et son Eco-Foam, certifié EN 13432. Côté films, les débouchés potentiels s'élargissent, surtout en rayon frais, depuis que les fabricants garantissent une meilleure barrière à l'humidité et à l'oxygène en ajoutant ici de l'oxyde de silice, là une couche d'aluminium. « En fait, l'innovation est davantage le fait des transformateurs, qui réalisent des assemblages de biomatériaux, plutôt que des fournisseurs de résines », résume Christophe Doukhi de Boissoudy. Côté sacs, Novamont a mis au point récemment l'Origo-Bi, un complexant du Mater-Bi à base de monomères issu d'oléagineux, permettant d'augmenter le taux de matières végétales dans la formulation du produit final (lire EM n° 1658 p. 61). C'est là un défi de taille dans ce secteur : les polymères pétrochimiques présents dans le complexe vendu ont beau être biodégradables, à commencer par les polyesters, ils ne proviennent pas de ressources renouvelables. BASF, récompensé en juillet du prix Pierre-Potier pour son Ecovio, compte encore dans ce produit 55 % de pétroplastique pour 45 % de PLA. « Globalement, on est à 50-50 », arrondit Jean-Michel Grosselin. Cet axe de travail mobilise plusieurs laboratoires, en particulier dans le cadre des pôles de compétitivité ou des clusters animés par les CCI. C'est le cas du projet Plastique bio porté par la CCI et la chambre d'agriculture d'Eure-et-Loir, un département qui déborde d'agroressources (blé, lin) mais cherche des procédés pour les mettre en forme. En l'occurrence, il s'agit de formuler un « agroliant » pour thermoplastique biodégradable à destination, entre autres, du secteur emballage. « Nous avons choisi de travailler sur la farine de blé car pour les applications que nous visons, de l'emballage low tech, aller jusqu'au stade de l'amidon transformé n'a aucun intérêt, d'autant que c'est 60 à 70 centimes le kilo plus cher », détaille Thierry Payot, animateur du projet. Dernière chose : il ne faudrait pas croire que l'emballage bioplastique est réservé aux produits grand public. Le B2B est autant concerné, à l'image d'un Messer, qui propose maintenant un emballage à usage unique biodégradable pour transporter la glace carbonique utilisée pour les vendanges. L'Ecopack se compose ainsi de trois matériaux : une caisse en carton de suremballage, un panneau isolant biodégradable aux airs de PSE et un film bioplastique.
3EMBALLER EN RECYCLÉ
Verre, acier, carton... On emballe dans du recyclé sans même le savoir. Sauf quand il s'agit de plastique. Le feu vert donné au conditionnement de produits alimentaires dans du PET recyclé est ici une révolution.
Il y a un an, l'Association nationale des industries alimentaires et Eco-Emballages proclamaient un objectif ambitieux : incorporer, en moyenne, 25 % de matière recyclée dans les bouteilles et flacons plastiques d'ici à 2012. Un engagement qui en découle d'un autre, pris au Grenelle de l'environnement : atteindre 75 % de recyclage des emballages ménagers. En effet, si on collecte davantage de déchets en vue d'en refaire une matière première secondaire, il faudra bien leur trouver une nouvelle vie. Or jusqu'à présent, la grande majorité des bouteilles et flacons en plastique usagés trouvaient une seconde vie dans des secteurs autres que l'emballage (textile, tuyaux, cerclages, etc.). Selon Valorplast, la filière plastiques d'Eco-Emballages, 18 % du PEHD et PP recyclé allaient dans le flaconnage en 2007 (et encore, ce chiffre comprend tous les recyclages par extrusion-soufflage, dont les arrosoirs et autres sièges auto), un peu plus pour le PET : 17 % pour de la feuille (type barquette pour viennoiseries ou fruits et légumes), 15 % pour de la bouteille (liquide vaisselle notamment). L'entrée en vigueur du règlement européen harmonisant les listes de procédés habilités à conditionner des produits alimentaires dans des plastiques recyclés, dont du PET (du coup référencé RPET), est donc bienvenue : les embouteilleurs vont pouvoir embouteiller en recyclé (lire EM n° 1665 p. 36). Evian, Valvert, Vittel, Volvic ont annoncé faire de la bouteille à 25 % de RPET, le pionnier restant la marque de nectar de fruits Innocent, qui parie sur le RPET à 100 %.
Mais, avec cet appel d'air, n'y a-t-il pas risque de pénurie de matière, rédhibitoire pour une industrie qui ne supporte pas les irrégularités d'approvisionnement ? C'est ce que redoute Cristaline (lire encadré ci-dessous). Les régénérateurs savent bien que leurs clients veulent une sécurité d'approvisionnement, aussi verrouillent-ils leurs contrats avec Valorplast et réfléchissent-ils à des augmentations de capacité, à l'image d'Artenius Packaging ou Tergal Industries. Cette agitation fait doucement sourire ceux qui manipulent d'autres polymères, comme le polystyrène, et recyclent depuis longtemps. Le PSE d'emballage, par exemple, est connu certes pour avoir une seconde vie comme boîtiers de CD, mais aussi comme nouvel emballage, en cornières ou en particules : 5 % des débouchés, selon EcoPSE. Un chiffre qui devrait croître avec l'augmentation des cours de la matière vierge.