Si on veut expérimenter le tri sélectif hors domicile, il faut le tester en vrai », assure Rudy L'Orphelin, maire adjoint de Caen en charge de l'environnement. Depuis le mois d'avril, six parcs de la ville sont équipés de corbeilles de tri. Et l'expérience doit se poursuivre sur la place de la République, ainsi que sur les pelouses du château. « Pour organiser la collecte sur cet espace vert, nous pensons mettre à profit le circuit de collecte des déjections canines », précise l'élu. Une bonne collaboration entre le service propreté, qui fournit les bacs et assure la collecte, le service en charge des parcs et jardins, qui installe les corbeilles et surveille le tri, et le service communication de la ville s'avère essentielle à la réussite de l'opération.
La ville de Paris avait lancé en 2005 une expérience similaire, sur quelques espaces verts. Depuis 2007, le tri sélectif s'est étendu à 475 jardins publics. « Les corbeilles réunissent en moyenne un sac jaune pour les déchets recyclables, associé à trois verts, pour les autres déchets. Un sac blanc vient s'ajouter lorsque le verre est récupéré, comme c'est le cas sur le Champ de Mars », précise Gérard Chopinet, chef de la mission technique à la direction des espaces verts et de l'environnement. La couleur des réceptacles et les flux reprennent celle de la collecte sélective à domicile. Des ambassadeurs de tri peuvent être présents, à proximité des corbeilles, pour accompagner le geste. Et lorsque les agents de la ville vident les sacs, ils réalisent un prétri avant de déposer leur contenu dans des bacs, qui seront récupérés par le service propreté lors de la collecte.
« Des opérations pilotes, comme Vacances propres, ou la mise en place de dispositifs de tri pour des événements permettent de se forger une expertise », assure Jean Devisme, directeur régional Île-de-France d'Eco-Emballages. Qu'il s'agisse d'un dispositif provisoire ou permanent, « il faut prendre en compte les particularités des lieux où l'on souhaite instaurer le tri : tenir compte de la saisonnalité du passage du public, des flux spécifiques », éclaire-t-il. « Coller à la réalité », ce fut l'approche de Limoges, lors de la mise en place de dispositifs de tri dans son palais des sports. « Nous avons étudié la nature des déchets, restes de nourriture, programmes, avant de réaliser les supports de communication adaptés au lieu », raconte Christiane Genest, responsable de la collecte à la direction de la propreté de Limoges Métropole.
De la même manière, le parc de Gerland, à Lyon, est pourvu de corbeilles destinées au verre, bien que le règlement des parcs en interdise l'entrée dans l'enceinte. « Les agents chargés de l'entretien en récupéraient régulièrement. C'est ce qui a motivé l'installation de ces réceptacles », explique Chloé Laurent, technicien environnement à la ville de Lyon. Pour sa part, la ville de Châtillon (92) a investi la voie publique. « Depuis mars 2007, une centaine de corbeilles de tri ont été installées sur les trottoirs de la ville et à tous les arrêts de bus. C'était une première en France », indique Thierry Marcillac, responsable du service environnement de la ville. De son côté, Toulouse s'apprête à équiper deux parcs du centre-ville. Le dispositif devrait fonctionner à la rentrée. Des conventions avec les journaux gratuits et la restauration rapide seront signées à l'automne. « Nous souhaitons associer tous les acteurs avec lesquels nous imaginons une collaboration, autour de la communication par exemple », indique Alexandre Marciel, adjoint municipal et vice-président du Grand Toulouse responsable de la voirie, de la propreté et de l'éclairage.
Communiquer sur place, et dans la ville de manière générale, constitue l'une des clés du succès de l'opération. Des panneaux rappelant les consignes de tri accompagnent les corbeilles. « Elles doivent être simples et écrites en plusieurs langues », précise Tatiana Soulier, ingénieur environnement-santé à la ville de Lyon. Le parc de la Tête d'or, à Lyon, est équipé de réceptacles de tri depuis 2006. Selon Chloé Laurent, « des supports d'information qui se sont rapidement dégradés sont en partie responsables des débuts difficiles de la collecte sélective dans ce parc ».
De plus, les corbeilles choisies à l'époque nécessitent de soulever un opercule métallique, souvent sale, pour jeter les déchets ou récupérer les sacs. « Aucun obstacle ne doit entraver le tri. Nous devons être réactifs et assurer une fréquence de collecte régulière, car une corbeille pleine décrédibilise le tri », poursuit Tatiana Soulier. Par ailleurs, les déchets de cette collecte hors domicile ne doivent pas venir polluer la collecte sélective à domicile. La mise en place d'un dispositif de tri dans les lieux publics est généralement financée par la ville, en partenariat ou non avec la communauté urbaine ou d'agglomération. À ce propos, Jean Devisme rappelle que « pour être viable, le tri dans les lieux publics doit fonctionner à coût maîtrisé. Ce ne sera pas le cas si le taux de refus atteint 50 % ».