Deuxième employeur public après l'État, les collectivités territoriales représentent un réseau de plus de 1,7 million d'agents répartis entre communes, intercommunalités, syndicats intercommunaux, conseils généraux et régionaux. Un réseau qui se densifie ces dernières années du fait de la montée en puissance des intercommunalités et des transferts du personnel de l'État en Région et en Département dans le cadre de l'acte II de la décentralisation. Sans compter la vague de départs à la retraite des agents territoriaux qui touchera 30 % des effectifs entre 2001 et 2012, selon le Centre national de la fonction publique territoriale ( CNFPT).
Sur les 230 métiers exercés dans les collectivités, les 60 de la filière technique seraient les plus touchés en volume par ces départs, créant de nouveaux besoins de recrutement et de formation pour les 830 000 agents qui les pratiquent. Et l'environnement profite de cette conjoncture. « Depuis deux ans, le développement durable irrigue l'ensemble de nos formations techniques et les teinte d'écoresponsabilité en lien avec les préoccupations croissantes des collectivités, confirme Philippe Bailbé, directeur de l'École nationale d'application des cadres territoriaux ( Enact) de Montpellier. C'est flagrant sur l'énergie qui vient d'émerger au CNFPT avec la création de nouvelles formations (gestionnaires de flux, énergéticiens, chargés de mission énergie) et, d'ici à 2010, celle d'un pôle de compétence spécialisé. Les pratiques des métiers du paysage, des espaces verts, de l'eau et de l'assainissement sont également en pleine évolution. Le Grenelle devrait globalement rayonner sur tous nos secteurs. »
Qu'il soit analysé par le biais des politiques publiques d'aménagement et de développement des collectivités ou intégré au domaine de la direction et de la gestion des ressources, l'environnement s'en sort plutôt bien, estime l'Observatoire de la fonction publique territoriale, qui le place même comme l'un des secteurs les plus porteurs. D'après les dernières tendances de l'emploi territorial de janvier 2008, c'est le secteur qui a vu ses effectifs le plus fortement augmenter dans les collectivités en 2007, devant l'emploi et l'insertion professionnelle. Et si les collectivités sont moins nombreuses à recruter en 2009, elles affichent malgré tout en tête de leurs besoins les secteurs de la propreté ainsi que la collecte et la gestion des déchets.
Pour Maud Lelièvre, directrice générale de l'association des Eco Maires, « les agendas 21 ont vraiment lancé le mouvement car ils nécessitaient de nouvelles compétences pour les monter. Le Grenelle, en complexifiant les politiques environnementales portées par les élus et en augmentant leurs responsabilités, a favorisé une demande plus particulière. Principalement sur des postes axés sur le développement durable au cabinet du maire et sur des profils d'ingénieurs au sein des directions générales des services. Cependant, on ne parle pas forcément d'ouverture de postes, mais plutôt d'une réorganisation fonctionnelle pour répondre à ces nouveaux enjeux ». Et l'Assemblée des communautés de France de confirmer à l'échelle intercommunale ce verdissement des emplois existants via une reconfiguration des organigrammes. La généralisation du transfert de compétences communales, notamment en eau, assainissement et déchets, vers les intercommunalités a également généré de nouveaux besoins dans ces dernières et, par ricochet, dans les syndicats intercommunaux. « Plus globalement, on observe que les collectivités ont surtout acquis une vision et une pratique plus environnementale de leurs métiers. Les agglomérations en densifiant leurs services, y compris en matière de cadre de vie et de conception de l'espace urbain, et les Régions en intégrant les modes alternatifs à leurs politiques de transport », juge Didier Jouve, vice-président de la Région Rhône-Alpes et président de la commission développement durable de l'Association des régions de France ( ARF).
Si l'environnement diffuse en profondeur à tous les échelons, l'avenir de l'emploi territorial est cependant plus incertain. La réforme de l'État engagée en 2001 par la loi organique relative aux lois de finances (Lolf), qui se traduit depuis 2007 pour la fonction publique d'État par la révision générale des politiques publiques (RGPP), se poursuit aujourd'hui par la préparation de la réforme des collectivités territoriales. Avec, en perspective, un État recentré sur ses missions régaliennes et des collectivités dotées de nouvelles compétences qu'il va falloir inscrire à leurs budgets.