On sait valoriser les déchets municipaux par méthanisation, mais les micro-organismes intervenant dans les bioréacteurs sont encore assez peu connus. Le projet ANR-Ecco du Cemagref et de ses partenaires, en couplant biogéochimie isotopique et biologie moléculaire, a mis en évidence l'intervention de bactéries jusque-là inconnues, ainsi que leur rôle précis grâce au suivi de la fermentation de la cellulose marquée par un isotope stable, le carbone 13. Celui-ci est en effet incorporé dans l'ADN des micro-organismes quand ils dégradent la cellulose, une molécule végétale qui compose 40 à 70 % de la fraction organique des ordures ménagères. Or, si elle représente la principale source d'énergie renouvelable chimique sur terre, la cellulose est difficile à dégrader. Actuellement, le Cemagref et ses partenaires testent l'impact des conditions opératoires (pH, température, taux de recirculation, etc.) sur la composition de la flore, d'une part en laboratoire, et, d'autre part, avec des partenaires industriels, tels que Suez environnement et Veolia environnement, sur la performance des méthaniseurs actifs. D'ici trois ans, les équipes du Cemagref, de l'Inra et de Suez devraient aboutir à des pilotes de laboratoire inspirés des méthaniseurs naturels que sont les rumens des bovins - dix fois plus performants que les meilleurs digesteurs industriels. « Ces travaux pourraient également s'appliquer à l'épuration des eaux usées ou à la biodégradation des micropolluants dans les sols, comme les pesticides », ajoute Laurent Mazéas.