Piles, bouchons en liège, cartouches d'encre, lampes usagées ou déchets d'équipements électriques ou électroniques (DEEE)... Depuis qu'en magasin, on récupère par obligation ou non ces déchets recyclables, des bacs de reprise ont fait leur apparition. Mais comme ils sont souvent dispersés ou coincés entre la photocopieuse et le Photomaton, les débusquer n'est pas une mince affaire. Or pour renforcer le réflexe de tri du client, ce dernier a avant tout besoin de repères. Les enseignes de la grande distribution en ont d'ailleurs conscience et planchent sur le sujet avec leurs centrales d'achat et les acteurs de la collecte. Cette « quête de synergies », glisse-t-on chez Casino, a le mérite de « rendre aimables de fervents concurrents et d'aboutir sur du concret ». Exemple : au même titre qu'Ikea, Intermarché ou Darty, l'enseigne stéphanoise développe son propre mobilier de collecte. Sa particularité : il permet au client de déposer trois types de déchets au même endroit, ce qui lui facilite nettement la tâche.
Bien choisir l'emplacement du point de collecte est essentiel. Si le magasin dispose d'une galerie marchande, il peut être installé près du kiosque accueil-information ou des espaces délivrant des services multimédias ou de développement photographique. « Sinon, l'emplacement idéal est le hall d'entrée ou près des caisses, pour que le client ne le rate pas et que le personnel puisse y jeter un oeil », indique Jeanne Lepeintre, responsable marketing de Corepile. Sur 7 000 tonnes de piles collectées en 2009, cet éco-organisme en a récupéré la moitié par ce biais. Côté DEEE, l'apport volontaire en magasin est un levier tout aussi crucial pour doper la reprise des petits appareils en mélange (PAM). « C'est un point faible de la filière, reconnaît Guillaume Duparay, responsable du développement de la collecte chez Eco-systèmes. Pour le corriger, il faut rendre plus attractifs les espaces de collecte. Mais cela prend du temps car renforcer le tri dans ce secteur s'apparente à une petite révolution culturelle. » Pour accompagner ce changement, l'éco-organisme teste un nouveau mobilier de collecte dans une soixantaine de magasins pilotes répartis dans onze enseignes d'Ile-de-France ou de Rhône-Alpes. Dans l'un des Darty partenaires de l'opération, il intègre jusqu'à six flux.
Quelle que soit l'enseigne, sa couleur (vert) et sa signalétique (message « Ici je recycle ») sont identiques. Et à la différence du mobilier déjà décliné par d'autres éco-organismes, il est plus rigide et moins volumineux. « Moins on prend de place au sol, plus on intéresse ce secteur aux contraintes multiples », rebondit Thierry Faget, un ancien de la distribution devenu directeur associé d'Alterteam, une entreprise qui conçoit et équipe des magasins en mobilier de collecte. Selon lui, le secteur ne généralisera ce type de service offert au client qu'à condition qu'il ne pèse ni sur le budget des magasins, ni sur la charge de travail des employés. Il propose ainsi une solution clé en main : l'EcoDuo, un point recyclage autofinancé et autogéré. Installé dans une cinquantaine de grandes surfaces du Sud-Ouest, ce dispositif est financé par la publicité des annonceurs locaux, placardée soit au-dessus du point, soit à l'arrière du magasin. Mieux : le patron n'a nul besoin de se déplacer pour vérifier l'état de son parc de collecte. Pour les bacs à cartouches d'encre, le suivi est assuré par les associations qui les récupèrent pour les recycler. Pour les autres flux, Alterteam se charge de mettre en relation le magasin et l'éco-organisme ou le prestataire concernés. Une fois le point de collecte installé, ce sont eux qui le vident régulièrement et maintiennent l'endroit propre.
Reste que les services techniques et propreté du magasin doivent être formés pour gérer ces flux de déchets, car avant d'être évacués par un prestataire, ils sont généralement stockés à l'arrière du magasin. Logique de massification oblige, la logistique requise nécessite un temps de rodage et de formation. En étroit contact avec les éco-organismes, qui peuvent mettre à leur disposition des kits adaptés et se disent prêts à se déplacer en cas de difficulté, les gérants de magasins sont responsables de la formation de leurs employés à la manipulation sans danger des déchets et à leur stockage dans un lieu sécurisé. En hypermarché, où le personnel est nombreux et le taux de renouvellement important, cet effort de formation sera d'autant plus soutenu. Enfin, pour mieux informer le client, des pistes ont été explorées (affichage dans et à l'extérieur du magasin, campagne radio locale), mais d'autres mériteraient de l'être, par exemple un fléchage au sol pour indiquer les points de collecte ou le déploiement d'une animation autour du geste de tri en magasin.