Si les déchets fermentescibles constituent en moyenne 30 % de la poubelle des ménages, ce n'est rien à côté de certaines entreprises : 80 % des déchets des industries agroalimentaires, 60 % des déchets des hypers et supermarchés, et 55 % des déchets de la restauration collective sont des biodéchets. Ils sont généralement incinérés ou enfouis. Or, une des dispositions instituée par le Grenelle 2 prévoit que les gros producteurs organisent le tri à la source et la valorisation organique des déchets fermentescibles. Selon le texte, cette obligation s'applique aux producteurs de « quantités importantes de déchets composés majoritairement de biodéchets », sans être plus explicite dans l'attente d'un décret.
Des initiatives ont déjà vu le jour, comme dans le Pas-de-Calais où une centaine d'entreprises se sont regroupées afin de mutualiser certains services, dont la collecte des biodéchets. « Ce n'était pas notre priorité, mais le sujet est apparu très vite », se souvient Jocelyne Hemelsdael, directrice financière d'une société de transport, Hefitrans, et fondatrice de l'association Carvin Entreprises, qui compte 111 sociétés adhérentes représentant 3 500 employés, sur six zones d'activités proches. Premiers sujets abordés : la propreté du parc d'activité, puis la mise en place d'un service mutualisé de gardiennage. Et, dès 2007, le bureau d'études Helfy a été contacté pour estimer la faisabilité d'une collecte mutualisée. Une étude menée auprès de 56 entreprises, sur un rayon de 2 km, dans plusieurs zones d'activités, soutenue par l'Ademe et la Région. « Chaque entreprise avait son propre prestataire de collecte. C'était souvent le même, mais les tournées n'étaient pas optimisées. Résultat : la disparité des tarifs et des modes de collecte était importante, allant par exemple de 82 à 432 euros la tonne pour les ordures ménagères, et de 75 à 295 euros la tonne pour les biodéchets », illustre Fabienne François, consultante d'Helfy spécialisée sur les déchets.
L'étude a recensé les pratiques de chaque entreprise : type de contenants, nombre de passages du prestataire, nombre de flux, tarifs pratiqués, etc. La facture a subi un examen particulièrement attentif, Helfy cherchant à détailler les coûts : s'agit-il d'un coût global ou détaillé, quelle est la part de la location du contenant, le coût du traitement du ou des flux de déchets, le nombre de passages à vide, allant jusqu'à vérifier la pertinence du déclassement de certains contenus - et certains se sont avérés abusifs. « Cette étape a été plus longue que prévu, car bien souvent les factures étaient considérées comme des documents confidentiels. Il fallait donc avoir l'accord de la hiérarchie. Et c'était un travail supplémentaire pour le service comptabilité, jugé non prioritaire », souligne Fabienne François. Ainsi, collecter ces données a nécessité un équivalent temps plein pendant un an. Mais le travail a été fructueux, car il a permis de constituer une base de données, recensant les flux de déchets (dangereux ou non, triés ou non, par types de filière, détaillant les tonnages ou les volumes, les types et le nombre de contenants, le nombre de rotation et celui des passages à vide). « Ainsi, nous connaissions le gisement global sur la zone, et les améliorations possibles, par exemple via la mise en place d'une collecte mutualisée, ou des pistes adaptées à chaque entreprise », poursuit la consultante de Helfy.
Première action : construire un cahier des charges, divisé en huit lots, dont deux pour la collecte des déchets des industries agroalimentaires et d'espaces verts. Avec un gisement de 1 500 tonnes (dont 500 tonnes de déchets verts et 600 tonnes de terres comprenant des produits anti-germinatifs) répartis sur six entreprises seulement, c'est pourtant le deuxième gisement le plus important après les ordures ménagères. Pour les déchets des industries agroalimentaires (omelettes surgelées, restauration collective, déchets carnés), Veolia a remporté le lot, avec un coût de collecte et de traitement (par méthanisation) de 35 euros la tonne. Pour deux des entreprises, la réduction de la facture dépasse 30 % ! Pour les déchets verts, traités sur une plateforme de compostage, le coût est de 25 euros la tonne.
Il a alors fallu plancher sur le montage juridique. Celui-ci s'articule autour de la signature d'une convention entre Carvin Entreprises et les prestataires de collecte, qui fixe notamment le montant de la prestation, et d'une convention entre l'association Carvin Entreprises et ses adhérents, par laquelle les entreprises s'engagent notamment à ne pas utiliser l'étude pour renégocier un contrat avec un autre prestataire. Chaque entreprise conclut alors un contrat commercial avec le ou les prestataires sélectionnés.
Enfin, il a fallu que chaque société trouve une nouvelle organisation. « Avant notre étude, un grossiste en fleurs jetait la terre, les fleurs et les pots avec les ordures ménagères, car il ne pouvait pas trier les pots. Nous lui avons trouvé un centre d'aide par le travail qui réalise cette opération », illustre Fabienne François. Finalement, le nouveau dispositif de collecte a été mis en place début 2009. Aujourd'hui, de nouvelles entreprises rejoignent le dispositif, soit parce qu'elles s'installent sur le parc d'activité, soit parce que leur contrat arrive à terme. Voire qu'elles ont réussi à convaincre leur direction régionale ou nationale que les conditions négociées en haut lieu sont moins intéressantes ! « La mutualisation de la collecte des déchets a été le projet le plus difficile à mener ; pourtant, c'était celui qui permettait de faire le plus d'économies », note Jocelyne Hemelsdael. À l'heure actuelle, à la demande de Carvin Entreprises, de l'Ademe et de la Région, Helfy élabore un cahier des charges type, transposable à d'autres parcs d'activités.