Organisée en quatorze groupes de travail sous la houlette conjointe de l'Ademe et de l'Afnor, la préparation de l'affichage environnemental des produits de grande consommation s'avère plus délicate que prévue. La période expérimentale d'un an qui devait démarrer le 1er janvier 2011 est désormais reportée au 1er juillet. En cause : les délais inhérents à la complexité du processus et au besoin de nombreuses données chiffrées. Rappelons qu'un affichage de cette ampleur est une complète nouveauté. Pour Amélie Raimbault, chef de projet normalisation à l'Afnor et pilote de toute l'organisation, « la France est regardée par la Commission et les pays européens, surtout sur la comparaison en carbone des produits et l'approche multicritère. Les États-Unis et le Japon sont également très attentifs ». L'examen environnemental de milliers de biens alimentaires, d'équipements domestiques, habillement, jouets, etc. mais aussi de services comme la fourniture d'énergie, d'eau, de transport, la téléphonie et Internet mobilise près de 1 700 volontaires, dont une moitié d'entreprises représentant la chaîne de valeur complète des produits, et une moitié d'ONG, associations de consommateurs, syndicats, centres techniques, de formation... Exemple : le groupe numéro un, consacré à l'alimentation, qui traite le plus grand nombre d'articles, compte à lui seul 270 participants.
Une plateforme générale de 370 organisations et 500 personnes coordonne et valide tous les travaux, depuis avril 2008. Deux groupes transversaux complètent le dispositif. L'un planche sur la transmission immédiate ou différée des informations environnementales au consommateur via l'étiquette, une borne en magasin, le ticket de caisse, une puce RFID ou Internet, et sur la mention obligatoire du contenu en CO2. L'autre groupe transversal élabore la méthodologie générale d'évaluation des impacts sur la base des normes Iso 14040 et 14044. Ici sont fixées les « frontières du système », qui inclut par exemple le potentiel de réchauffement de tous les gaz à effet de serre (GES) à cent ans, le stockage du carbone dans les produits en tenant compte de leur durée et de leur fermentation éventuelle, les traitements lors de la fin de vie ou encore les flux liés aux infrastructures de transport et d'énergie. À l'inverse, la compensation carbone, les flux liés à la R & D, aux déplacements des salariés et des consommateurs ou encore la publicité et le marketing ne sont pas pris en compte. La méthodologie générale fixe également, au moyen des critères de masse, d'énergie et de portée environnementale, les « règles de coupure » ou limites en deçà desquelles les intrants peuvent être exclus de l'analyse du cycle de vie (ACV). Elle détermine enfin les règles d'allocation d'impact environnemental entre produits et coproduits, les modèles de transport et d'énergie (pays d'origine et d'utilisation, horaires de production), les impacts liés aux sites de distribution (volume, masse ou surface au sol) et à la fin de vie des produits, avec ou sans recyclage et valorisation énergétique. Ces règles générales sont indispensables à la mise au point des guides méthodologiques de chaque catégorie de produits. Là se mesure la complexité du processus, chacun des quatorze groupes devant décliner point par point les règles générales en répondant à une impressionnante série de définitions, précisions et évaluations. Surtout, ils doivent choisir trois à cinq indicateurs pertinents, dont le CO2, à restituer au consommateur de façon immédiate et synthétique mais aussi détaillée, par exemple sur les sites des fabricants.
Parmi les plus avancés figure le groupe 5 qui planche sur les chaussures et la maroquinerie, et s'apprête à publier son référentiel. Il a choisi un indicateur d'épuisement des ressources naturelles non renouvelables et un autre d'eutrophisation des milieux. Pour y parvenir, il lui a fallu préciser le périmètre d'évaluation et les méthodes de calcul des indicateurs, mais aussi les données utilisées. Dites « primaires » ou spécifiques, celles-ci proviennent des entreprises et doivent être privilégiées en fonction de leur accessibilité et fiabilité à un coût acceptable ; « secondaires » ou génériques, elles proviennent d'une base de données publique encore à mettre en oeuvre ou d'autres bases validées par l'Ademe. Le hic : les données sont parfois à construire, comme dans l'agriculture ou l'ameublement. D'autres sont d'accès difficile, comme celles de nombreux fabricants étrangers de produits électriques et électroniques, un secteur très concurrentiel. Enfin, la concertation au sein des groupes est parfois ralentie et les réunions de travail espacées du fait de divergences sur les critères, voire l'animation et la transcription des débats. « La culture du consensus de l'Afnor s'avère précieuse », glisse Amélie Raimbault. Le processus devrait d'ailleurs se poursuivre au-delà de juillet 2012, terme d'une expérimentation dont les contours ne sont pas encore connus.