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Réemploi : comment sauter sur l'occasion ?

LA RÉDACTION, LE 1er FÉVRIER 2011
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Étagères, canapés, tables, chaises, électroménager, vaisselle, jouets... On trouve toute la grande famille de biens de consommation dans une recyclerie ! Si elles ne sont pas aussi courantes que les « charity shop » de nos voisins britanniques, ces structures proposant des objets de seconde main attirent tous les profils en France : les ménages à petit budget, bien sûr, mais aussi des personnes en quête d'objets peu communs ou de la bonne affaire à chiner... Selon Ipsos, 70 % des Français déclarent avoir déjà acheté des produits d'occasion en 2010, contre 59 % en 2004. Le réemploi des objets a toujours existé. En revanche, les biffins, qui ont pratiqué le tri sélectif avant l'heure dans les poubelles pour récupérer bois et chiffons, ont laissé la place aux recycleries et ressourceries. Des initiatives privées où la récupération de déchets ou d'objets inutilisés offre des emplois à des personnes en difficulté. Aujourd'hui, le contexte change : pour la première fois, le réemploi a un cadre réglementaire, avec la directive-cadre sur les déchets (2008/98/ CE) de 2008, transposée par ordonnance (JO du 18 décembre 2010) et dont les grandes orientations sont dans les lois Grenelle 1 et 2 et se déclinent localement dans les programmes de prévention. « La directive Déchets pose en première priorité la prévention, avec le réemploi comme moyen d'action », précisait Olivier David, du ministère de l'Écologie, lors des Ires Assises nationales du réemploi, qui se sont tenues en octobre 2010 à Paris. Un cadre favorable, mais insuffisant pour certains. Ainsi, il n'existe aucun objectif contraignant de réemploi. Or, de nombreux produits sont facilement réutilisables, comme les cartouches d'encre ou les téléphones mobiles. Les collectivités locales commencent donc à se pencher sur la question avec un double objectif : favoriser le réemploi pour diminuer le volume de déchets, tout en développant l'emploi social et l'économie locale. Le contexte économique favorise l'allongement de la durée d'utilisation des produits après plusieurs années de chute libre du réemploi (-24 % entre 1990 et 2008) et de la réparation (-40 %)1. « À l'occasion de la crise, 9 % de la population a décidé de consommer autrement », rapporte Étienne Mercier, directeur adjoint du département Opinion et recherche sociale chez Ipsos, selon les données de l'enquête Crisis Factor. « Historiquement, le réemploi est lié au don. Or, selon le sociologue Marcel Mauss, dans nos sociétés modernes le troc remplace le don : la satisfaction morale ne suffit pas, le possesseur d'un objet attend un rendu, que ce soit sous la forme d'un bon d'achat, d'un reçu fiscal ou même d'un retour d'information », rappelle Benoît Varin, fondateur de Tic Ethic, expert en montage de filières de réemploi. Si les associations d'insertion peinent à collecter des objets en bon état, les brocantes, vide-greniers et les plateformes de commerce en ligne font florès. Un bon point pour le réemploi, mais pas pour l'emploi social. « Le développement du réemploi est à la fois une menace et une opportunité », reconnaît Valérie Fayard, déléguée générale du pôle appui et développement d'Emmaüs France, qui s'affirme comme le premier acteur professionnel du réemploi en France. Les chiffres parlent d'eux-mêmes : les ventes de biens d'occasion représentent 2 % des ventes du secteur marchand, soit 5 à 6 milliards d'euros par an. Contre un chiffre d'affaires estimé entre 200 et 300 millions d'euros par les acteurs de l'économie sociale et solidaire, réalisé dans près de 1 800 établissements éparpillés dans l'Hexagone. Si le nombre de ces magasins est en augmentation, ils ne font pas le poids face à la concurrence de ventes directes sur Internet, via Ebay, Priceminister, etc. Ce millefeuille d'acteurs ne serait pas complet sans les éco-organismes, chargés de mettre en place le principe du pollueur-payeur en collectant, auprès des metteurs sur le marché, de quoi financer la collecte et le traitement des déchets issus de leur activité. Ces filières REP (pour responsabilité élargie des producteurs) concernent déjà les textiles, les déchets électriques et électroniques (DEEE) et, en 2011, l'ameublement. Bien que leur cahier des charges, défini par les pouvoirs publics, ne comporte pas d'objectif de réemploi, les filières textiles et DEEE y participent. Eco-TLC, l'éco-organisme de la filière textile, finance notamment la collecte et le tri des vêtements au sein du Relais, qui appartient à Emmaüs. De même pour l'électroménager, notamment avec la fédération Envie, qui collecte dans les plateformes logistiques des grands distributeurs, comme Darty. « Il y a une forte volonté d'Eco-système de développer le réemploi », assure la déléguée générale d'Envie, Laurence Lavens-Guyot. « L'enjeu, pour les acteurs de l'économie sociale et solidaire, c'est d'obtenir l'inscription d'objectifs de réemploi dans les filières REP pour pouvoir bénéficier de financements pour leur activité », analyse pour sa part Julien Fortin, responsable de la communication et de la sensibilisation au sein du Réseau des ressourceries. « Nous nous sommes battus pour que le réagrément de la filière DEEE, fin 2009, comporte un objectif de réemploi, mais nous n'y sommes pas parvenus. Pourtant, un taux de 10 % aurait été possible », regrette Nathalie Villermet, chargée de mission industrie, produits et services au sein de FNE. À défaut de pouvoir intervenir en amont de la filière, les collectivités peuvent favoriser l'aval. Ainsi, le conseil général de l'Essonne a développé une politique d'aide au développement de ressourceries depuis 2003. « Nous avons financé trois études de faisabilité et une demande de travaux, sur notre plan d'aide 2007-2011 », détaille Cécile Cordina, ingénieure chargée de la prévention et de la gestion des déchets au sein de l'institution départementale. Face à l'afflux de demandes, la collectivité a organisé, en 2010, un Printemps du réemploi, pour mettre en contact les porteurs de projets et les collectivités. « Cela a permis l'émergence d'un réseau », se félicite Cécile Cordina. Car il y a de la place pour de nouveaux projets, si l'on en croit une étude menée de mai 2009 à juin 2010 par Tic Ethic dans le Nord-Pas-de-Calais. Objectif : dresser un bilan du niveau de développement et des conditions de pérennisation des ressourceries de la région. Or, les neuf établissements, qui collectent 6 000 tonnes de déchets par an - essentiellement des DIB et des encombrants - ne suffisent pas : « Le maillage du territoire n'est pas encore complet [...]. La région semble pouvoir accueillir entre dix et trente nouvelles structures », conclut l'étude. Peu de collectivités locales ont mené ce travail de recensement, qui peut aussi compiler les magasins de ventes de bien d'occasion et les artisans (couturiers, cordonniers, réparateur dans l'électronique, etc.). « Nous avons recensé 35 annuaires, mais ces outils, faute de communication ou de mise à jour des données, ne sont pas utilisés. C'est une approche relativement nouvelle », souligne Claire Boujard, chargée de mission recyclage à l'Ademe. Les collectivités les plus motivées ont déjà favorisé la création de nouvelles structures de réemploi. Le nerf de la guerre : la collecte, qui doit préserver l'intégrité des objets. « La qualité des objets doit être suffisante pour permettre leur réemploi. Dans l'électroménager, nous sommes confrontés au pillage des métaux du fait de la hausse des cours, qui rend les appareils inutilisables », souligne Laurence Lavens-Guyot, chez Envie. Plusieurs pistes sont explorées : confier la collecte des encombrants à une structure de réemploi, délimiter une zone de réemploi sur les déchèteries - facilité par la modification de l'arrêté encadrant leur activité dans le courant du premier semestre 2011, selon le ministère de l'Écologie. Une piste prometteuse dans l'agglomération du Grand Poitiers, qui souhaite ouvrir une recyclerie dans l'agglomération. « Pour réduire nos déchets ménagers et assimilés de 7 %, le potentiel réside dans les encombrants et le tout-venant des déchèteries », explique Jérôme Freisseix, directeur du service propreté-déchet au Grand Poitiers. Selon une caractérisation menée entre juin et novembre 2010, environ 35 % du tout-venant des déchèteries peut être réutilisé - avec ou sans réparation. Le Smictom du nord de l'arrondissement de Redon, un territoire de 75 000 habitants en Ille-et-Vilaine, a déjà franchi le pas. Depuis 2007, les objets collectés dans les sept déchèteries rejoignent un atelier de réparation géré par l'association Mode d'emplois et 122 tonnes ont été revendues en 2009. Après quatre ans de fonctionnement, les ventes d'objets représentent 6 %, en tonnage des encombrants collectés. « Et d'ici à dix-huit mois, nous devrions atteindre 10 % », se réjouit le directeur du Smictom, Guillaume Boucherie. « Si on prend comme critère le coût à la tonne de 440 euros, ce projet n'est pas rentable. Mais le coût global pour le syndicat est de 42 000 euros en 2007, soit seulement 0,7 % du budget. Et douze emplois ont été créés, sans compter le rôle de sensibilisation joué par ce magasin solidaire », souligne le directeur. « L'objectif est d'atteindre un coût similaire à celui des déchets tout-venant, soit 115 euros la tonne. Pour cela, nous cherchons à ouvrir d'autres surfaces de vente », argumente-t-il. La communauté de communes du plateau picard a, quant à elle, opté pour une recyclerie en régie directe. Une formule qui a permis de pérenniser l'association qui collecte les encombrants chez les particuliers et dans les déchèteries, alors que celle-ci était sur le point de mettre la clé sous la porte, fin 2008. En 2009, la recyclerie a collecté 116 tonnes, et près de 19 tonnes ont été vendues. Coût pour la collectivité : 3 euros par habitant. « Ce changement d'échelle appelle à poursuivre la professionnalisation des acteurs du réemploi », note Julien Fortin, au sein du Réseau des ressourceries. Or, « les ressourceries sont des projets guidés par des valeurs et non par un modèle reproductible unique », signale Benoît Varin, qui distingue trois modèles différents : des déchèteries avec un espace de réemploi gérées par des collectivités, des espaces de proximité gérés par des commerçants ou des éducateurs et, enfin, des unités industrielles de réemploi s'inscrivant dans une logique d'écologie industrielle, gérées par des industriels ou des associations comme Envie. Le choix d'un modèle dépend de la volonté des élus locaux, de leur stratégie, du gisement et des capacités d'investissement. Première conséquence : tout ne pourra pas être réemployé. Prenant le risque de brouiller son image, Emmaüs a ainsi choisi une collecte dite écrémante, afin de sélectionner les objets susceptibles de trouver un nouveau propriétaire. En effet, les communautés Emmaüs sont généralement autonomes et doivent donc payer l'élimination de leurs déchets, soit environ 20 % de la collecte. À l'inverse, le Réseau des ressourceries fait le choix d'une collecte non écrémante de manière à capter un gisement maximal. « Les ressourceries ont un contrat avec la collectivité pour la collecte. Via la réutilisation, nous diminuons le volume de déchets à la charge de la commune et, en échange, elle prend en charge le coût de traitement des déchets issus de notre tri », explique Julien Fortin. Ensuite, donner une seconde vie à un objet implique un peu de travail. Ce qui a poussé le Réseau des ressourceries à définir une politique de gestion des emplois et des compétences (GPEC). En octobre 2010, il s'est engagé dans un partenariat avec Chantier école pour promouvoir le concept des ressourceries auprès des Ateliers chantiers d'insertion et former des porteurs de projets. De plus, la structure en réseau facilite le contact avec les pouvoirs publics, notamment avec l'Ademe qui soutient son développement. « Les pouvoirs publics doivent accompagner la filière en favorisant la mise en place de la certification des centres de réemploi définie dans la directive-cadre sur les déchets », réclame Julien Fortin. Une chose est sûre, le réemploi a de l'avenir. Entre une nouvelle clientèle affranchie de la barrière psychologique sur l'occasion et l'augmentation des personnes en difficulté, ce marché va prouver son utilité


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