La collecte des déchets en porte-à-porte est-elle immuable ? Plus d'un siècle après l'arrêté du préfet Poubelle qui l'instaurait à Paris, elle est devenue la norme, au moins pour les ordures ménagères résiduelles (OMR). D'après une enquête de l'Ademe, 97 % de la population était desservie en 2007. Néanmoins, elle a un inconvénient de taille : son coût. Aussi, les points d'apport volontaire, longtemps cantonnés aux déchets de tri (emballages, papiers, verre), se substituent parfois purement et simplement aux conteneurs individuels. « Dans une tournée traditionnelle, un chauffeur et deux rippeurs collectent environ 8 tonnes de déchets par jour. Avec des points d'apport volontaire, on passe à 14 voire 16 tonnes... Avec une personne seule dans un camion-grue », calcule Cathy Blanchard, cogérante de bureau d'études Recytec.
Une nouvelle organisation qui permet en outre de réduire la fréquence des collectes. En théorie, on ne peut pas aller en deçà du rythme hebdomadaire pour des raisons sanitaires, mais les agences régionales de santé (ARS) sont habilitées à abroger cette règle. Ce qu'a récemment demandé et obtenu le conseil général des Hautes-Alpes. D'après les calculs du bureau d'études, ces deux changements conjugués permettent de diviser la facture par deux ! La gestion d'un point de regroupement, où les particuliers en habitat isolé viennent déposer leurs déchets, coûte certes entre trois et quatre euros par habitant et par an (entre quatre et cinq pour les dispositifs semi-enterrés), soit un peu plus que pour les bacs en porte-à-porte dont le coût est estimé à deux, voire trois euros par habitant. Mais ce surcoût est largement compensé par les économies liées à la collecte : avec le porte-à-porte, elle revient en moyenne à 50 euros par habitant (soit 150 à 160 euros la tonne). Contre 25 euros par habitant pour le point de regroupement. Pour le dispositif semi-enterré, enfin, le chiffre oscille entre 5 et 30 euros (entre 25 et 70 euros la tonne). Si l'aspect financier milite pour l'apport volontaire, encore faut-il se poser la question de l'acceptabilité par les usagers.
Jusqu'où peut-on aller dans la suppression du porte-à-porte ? Et cette évolution ne risque-t-elle pas d'être vue comme un nouveau service public sacrifié sur l'autel des coupes budgétaires ? Non, comme le prouve l'exemple de la régie colmarienne (lire encadré). Avant de sauter le pas, une étude préalable doit néanmoins identifier le meilleur emplacement pour les points d'apport et arbitrer entre deux objectifs contradictoires : conserver une certaine proximité et ne pas multiplier les bornes. Colmar a opté pour les pieds d'immeubles, mais en zone pavillonnaire, la tendance à augmenter la distance est forte. « Pour les communes pratiquant la redevance d'enlèvement des ordures ménagères (Reom), il n'y a pas de seuil réglementaire, note Cathy Blanchard. Pour celles qui font appel à la taxe (Teom), la distance maximale entre l'habitation et le point de dépôt est fixée à 200 mètres, faute de quoi les usagers peuvent demander à être exonérés. Cependant, un arrêté préfectoral peut relever ce seuil. » Le degré d'intégration paysagère joue, lui aussi, sur le budget global de l'opération. Plus esthétiques que les colonnes aériennes, les conteneurs enterrés demandent des travaux de génie civil et coûtent deux fois plus cher. Pour limiter l'investissement, le Smictom de l'Embrunais et du Savinois a misé sur le biflux : les emballages ménagers et les journaux sont désormais mélangés et c'est dans le centre de tri qu'ils sont séparés a posteriori. Une décision que chaque territoire doit prendre en fonction de ses particularités.
La réduction des coûts de collecte ne doit pas faire perdre de vue l'objectif principal : diminuer le budget global des déchets, comprenant le traitement. Et paradoxalement, les collectivités ont parfois intérêt à créer de nouvelles tournées en porte-à-porte pour parvenir à leurs fins ! Pour réduire le taux de déchets organiques (estimé à 30 %), le conseil général du Haut-Rhin incite depuis quatre ans les communes à les collecter séparément. En effet, leur traitement avec les ordures ménagères coûte 128 euros la tonne. Alors que la valorisation en centre de compostage plafonne à 58 euros la tonne ! Et les augmentations de la TGAP sur l'incinération et l'enfouissement vont encore renchérir le coût de traitement. « La plupart des collectivités ont opté pour le porte-à-porte une fois par semaine », indique Céline Duong, adjointe au chef de service énergie et recyclage du conseil général. Avec des performances qui semblent au rendez-vous : jusqu'à 70 kg par habitant et par an dans le meilleur des cas. « Tout en conservant les mêmes volumes de déchets verts apportés en déchèteries », insiste-t-elle. Ce ne sont donc pas les branchages et les tontes de pelouse qui remplissent les bacs, mais bien des biodéchets, qui réduisent d'autant le volume des poubelles grises ! La nouvelle organisation a un coût, même si certaines collectivités en profitent pour passer de deux collectes d'OMR à une seule, voire pour adopter une fréquence bimensuelle pour ce résidu beaucoup plus sec et moins odorant qu'auparavant. Le tout pour un bilan global positif : « Une des collectivités pilotes avait un coût moyen de gestion des déchets de 118 euros par habitant avant la collecte des biodéchets. Il est passé à 114,50 euros après », rapporte Céline Duong.
La même démarche peut s'appliquer aux déchets des équipements électriques et électroniques (DEEE), qui ont besoin de solutions de collecte innovantes pour augmenter les taux de valorisation. « Pour l'habitat vertical, nous avons créé un système intermédiaire entre le porte-à-porte et l'apport volontaire pour toucher des habitants qui vont peu en déchèteries », explique Guillaume Duparay, responsable du développement de la collecte chez Eco-systèmes. Dans les bâtiments exploités par le bailleur social Lille métropole habitat, les gardiens se chargent désormais de la collecte séparée des DEEE et l'éco-organisme les enlève - gratuitement - sur demande. Le retour sur investissement pour le bailleur et la collectivité est immédiat, puisque ces déchets ne figurent plus ni parmi les encombrants à faire ramasser ni parmi les OMR à traiter.