Le belge IBV s'apprête à construire dans la Nièvre (58) un pôle industriel intégré du bois. D'ici à 2014, sa filiale Erscia exploitera à Sardy-lès-Epiry une scierie de résineux d'une capacité de 500 000 mètres cubes, une unité de palettisation, qui produira 250 000 tonnes de combustible par an, et une centrale de cogénération de 12 MW. Loin de sauter au plafond, l'association Aprovalbois, qui représente l'interprofession en Bourgogne, dénonce la « chronique d'une catastrophe annoncée ». Son délégué général, Arnaud Rochot, ne mâche pas ses mots : « Le plan technique de ce projet ne tient pas la route. La capacité de production des scieries existantes ou en construction atteint 1,6 million de mètres cubes. La ressource locale est estimée à 1,2 million. Il y a donc déjà des conflits d'usage ». Directeur général d'Erscia France, Pascal Jacob balaie l'argument. « Notre zone d'approvisionnement va couvrir 26 départements. Sur le Massif Central Centre Est, la croissance naturelle des résineux est de 14 millions de mètres cubes par an. » Arnaud Rochot est très sceptique : « Nos homologues des régions voisines font état des mêmes tensions ». Le débat tourne au dialogue de sourds. « Depuis vingt-cinq ans, la filière bois de première transformation s'accommode d'une situation figée. Escia vient rebattre les cartes. C'est une affaire de concurrence, pas de ressource », martèle Pascal Jacob. Le différend dépasse largement la question des résineux. La filière craint une tension accrue sur le marché de la sciure. Avec le développement de la biomasse, les usines de panneaux ou de pâte à papier tirent déjà la langue. Conscient que les déchets de bois de sa scierie ne lui suffiront pas, Pascal Jacob refuse de dévoiler son plan d'approvisionnement, indiquant seulement qu'Erscia misera aussi sur le bois en fin de vie, « un marché colossal et peu mobilisé ».