Pour passer de 85 à 95 % de valorisation des véhicules hors d'usage (VHU) à partir de janvier 2015, en conformité avec la directive 2000/53/CE, la filière automobile doit se creuser les méninges. Pour atteindre cet objectif de 95 %, Renault mise notamment sur le recyclage du verre. Un gisement estimé à 52 000 tonnes par an. « Il y a entre 27 et 35 kg de verre sur une voiture, ce qui représente entre 3 et 4 % du poids total du véhicule », indique Toni Gallone, responsable industriel de Renault Environnement. Avec une propension à augmenter : surface de pare-brise plus importante, toits ouvrants de plus en plus fréquents... Dans cinq ans, il devrait y avoir entre 32 et 35 kg de verre par voiture, soit un gisement de 60 000 à 65 000 tonnes.
Actuellement, le verre est le plus souvent broyé avec la carcasse métallique et finit généralement dans des centres d'enfouissement. Pour progresser vers l'objectif communautaire, Renault a lancé, en décembre 2009, le projet Valver, avec sept partenaires et un budget de 1,8 million d'euros, pour dresser un état de l'art des technologies de recyclage du verre automobile. Le constructeur s'appuie notamment sur Indra, sa filiale de traitement des VHU créée avec Sita, qui possède deux usines de déconstruction.
Bonne élève, Indra a traité 350 000 VHU en 2010, avec un taux de recyclage et de valorisation énergétique de 85 %. En 2015, elle a bien l'intention d'afficher 95 % de valorisation sur plus de 500 000 VHU. Elle est notamment chargée de tester, d'ici à la fin de l'année, de nouveaux procédés de démontage afin de récupérer la totalité du verre. « Il a fallu inventer des outils et des méthodes. Aujourd'hui, nous découpons le verre, avec 20 % de pertes ». Des pertes liées à la présence d'hydroxydes métalliques, ces bandes noires en bordure des pare-brise, que personne ne sait encore traiter. Valver cherche également les débouchés pour le verre ainsi collecté. Pas moins de 27 filières ont été recensées, dont certaines permettraient de développer une économie circulaire, où le verre collecté serait réutilisé dans le secteur automobile. « Par exemple en fibres de verre, mais aussi en substitution aux sables de fonderie ou de composants pour la peinture routière », illustre Toni Gallone. Il est d'autant plus crucial de dénicher de nouveaux débouchés que celui du recyclage en verre plat pour le bâtiment se réduit, car de plus en plus souvent, les verres automobiles sont teintés.
Plus globalement, le projet a sensibilisé les partenaires à l'écoconception, afin de faciliter démontage et recyclage. Un groupe de travail a d'ailleurs été mis en place avec Saint-Gobain pour faire évoluer la conception du verre des pare-brise, qui comporte un film plastique. Fin 2012, des pistes pour augmenter le démantèlement du verre et des solutions alternatives à la présence de résistance sur la vitre arrière devraient être avancées.
Enfin, afin d'optimiser les coûts logistiques, dix sites de traitement ont été identifiés pour 3 600 points de gisement. « L'objectif, c'est une valeur de reprise du verre nulle », souligne Toni Gallone. L'Institut supérieur des études logistiques ( Isel) utilise ces données pour modéliser les scénarios de coût de collecte et d'émissions de CO2, et devrait tester ce modèle début 2012. Le transport fluvial va également être étudié. Une fois développé, ce modèle sera transposable à d'autres matériaux, comme les textiles professionnels ou les mousses et textiles dans le secteur des transports.