À Laigneville, dans l'Oise, la construction d'un nouveau bâtiment a commencé sur le site de la fonderie Montupet. Il abritera un four de régénération, indispensable à la compétitivité du fabricant de culasses de moteurs de voitures, puisqu'il lui permettra de recycler ses sables de fonderie au lieu de les jeter. « Sur ce site, Montupet utilise chaque année environ 25 000 tonnes de sable, transportées ensuite vers un centre d'enfouissement des déchets », explique Vincent Morlot, ingénieur R & D chez Montupet. Pour un coût de 750 000 euros... L'objectif du projet Ecosable est de régénérer ce sable pour le réutiliser. Un projet qui bénéficie d'un budget de 2 millions d'euros, dont 40 % sont des subventions du fonds Feder et du conseil régional de Picardie. Démarré à l'été 2010, le projet doit se terminer en avril 2013.
Si les fondeurs pratiquent déjà le recyclage du sable nécessaire aux moules, celui utilisé pour les noyaux - c'est-à-dire le moule interne de la culasse - est en général jeté après la première utilisation. Les noyaux sont obtenus en mélangeant le sable à une résine, pour le solidifier. Lors de la fonte de la pièce, la résine se gazéifie. Reste le sable, éliminé par des chocs et des vibrations. D'après Montupet, il serait possible d'en réutiliser 95 %.
Mais si l'objectif est simple, trouver la solution s'avère plus complexe. Car Montupet n'utilise pas un sable, mais deux, aux propriétés bien différentes, en fonction des culasses à fabriquer. L'un, fin, provient des carrières de Crépy-en-Valois (Oise), et fournit une surface métallique très lisse. L'autre, moyen, de Mios (Gironde), facilite le dégagement gazeux de la résine. Or, investir dans deux fours de régénération étant impossible, la fonderie se trouve dans l'obligation de travailler avec un seul sable.
Montupet s'est donc tourné vers les géologues de l'Institut Lasalle-Beauvais. « Nous déterminons les propriétés du sable idéal ; il faudra ensuite le trouver », explique Sébastien Laurent-Charvet, chercheur en géologie et responsable du projet Ecosable. Granulométrie, chimie, minéralogie, forme et surface sont autant de caractéristiques passées au crible. Autre difficulté : les propriétés des sables se modifient lors de la régénération et le dégazage est alors moindre qu'avec un sable neuf. Un thésard d'Armines ( École des mines de Paris) travaille à modéliser ce dégagement gazeux, seulement connu expérimentalement, de manière à déterminer le nombre de passages au-delà duquel les propriétés du sable sont stables.