Un bâtiment tertiaire de 300 m² au sol avec un étage. Le projet de Cematerre s'est concrétisé avec l'inauguration, fin février, d'une première construction au Havre (76). Cematerre est la filiale du spécialiste normand du génie civil Lefebvre Industrie. Elle a mis au point un matériau composé de 86 % de terre (du limon), de 10 % de ciment pour la durcir et de 3 % de chaux pour l'assécher et augmenter la granulométrie de l'argile qu'elle contient. Le solde est du lin, dont les fibres servent de liant au mélange. « L'idée est de construire des bâtiments à partir de la terre extraite pour les fondations », présente Alain Lefebvre, son président. Comme le béton, ce matériau est coulé dans des coffrages. Sur le plan mécanique, il est trois fois moins résistant. « Nous compensons avec une plus grande épaisseur : 30 à 45 centimètres selon la charge », précise-t-il. Mais thermiquement, il est trois fois plus isolant. Surtout, sa résistance à la compression est sept fois supérieure au pisé, d'ordinaire utilisé dans les constructions en terre crue. La société travaille sur plusieurs projets en Seine-Maritime : le bâtiment d'accueil d'une déchèterie, des logements sociaux ou encore le rez-de-chaussée d'un site hospitalier (dont l'étage sera en bois). Elle a aussi démarré, fin 2011, un programme de recherche avec l'université du Havre pour établir les profils de plusieurs types de terre, car la matière première sera fonction du site de construction. Il s'agira aussi d'étudier de nouvelles fibres. Si la Seine-Maritime cultive du lin, dans d'autres régions du monde, ce sera plutôt des fibres de bambou, de coco, etc.