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RECYCLAGE

1 Plastiques : travailler en amont

LA RÉDACTION, LE 1er JUIN 2013
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Les industriels sont mis à contribution pour améliorer la qualité du gisement de déchets plastiques. La superposition de résines et la présence d'indésirables, comme le PVC, compliquent le recyclage. La courbe représentant l'évolution du recyclage des emballages plastiques ménagers est une parabole ascendante quasi parfaite. Mais, vingt ans après le lan cement du tri sélectif, la courbe aurait-elle atteint son sommet, les performances de la filière stagnant ? En 2011, près de 230 000 tonnes de bouteilles et de flacons ont été collectées en vue du recyclage, soit un peu plus de la moitié du gisement cible, 23 % de l'ensemble des emballages plastiques mis sur le marché. Pour donner un second souffle au secteur, les campagnes de commu ni-ca tion tentent de convaincre les mauvais trieurs de s'amender. À l'autre bout de la chaîne, la mise en place par Eco-Emballages d'un barème écomodulable encourage surtout les fabricants à améliorer la recyclabilité de leurs produits pour limiter le montant de leur contribution au point vert. L'essentiel des bouteilles et des flacons est composé de polyéthylène téréphtalate (PET), clair ou foncé, et de polyéthylène haute densité (PEHD). Seules ces résines facilement recyclables sont acceptées en centres de tri. Les bouteilles en PVC, recyclables elles aussi en théorie, sont désormais présentes en trop faibles quantités pour y justifier des investissements massifs. Ainsi, le PVC mélangé au PET jusqu'à l'ultime étape de valorisation, génère du carbone et donc des points noirs sur la nouvelle matière plastique. Dans l'idéal, mieux vaut donc l'éliminer du circuit. Autre paradoxe, en refusant de privilégier une étape de la vie du produit par rapport à une autre, l'écoconception ne favorise pas toujours la recyclabi-lité. Si une poche souple superposant plusieurs couches de résine peut présenter un meilleur bilan environnemental qu'un flacon, en revanche, seule la valorisation énergétique est possible. « Soit un produit est recyclable et il faut s'attaquer à ses éléments perturbateurs, soit ce n'est pas le cas et il vaut mieux tra vailler sur le poids de l'emballage », conclut Carlos de Los Llanos, directeur du recyclage chez Eco-Emballages . D'ailleurs, dans quelques semaines, l'éco-organisme lancera un appel à projets sur la valorisation énergétique des plastiques non recyclables. L'attrait pour les matériaux d'origine végétale complique, lui aussi, la donne. « Il faut distinguer ceux qui ont les mêmes propriétés que les résines à base d'hydrocarbures, comme le polyéthylène issu de la canne à sucre, et les nouveaux plastiques comme le PLA à base d'amidon de maïs », explique Amandine Authier, chef de projet écoconception chez Allizé plasturgie, un syndicat professionnel qui couvre l'est et le sud de la France. Les premiers s'insèrent parfaitement dans l'outil indus-triel du recyclage, puisqu'il s'agit de la même molécule. Les seconds peuvent, en revanche, potentiellement le perturber si on ne met pas en place d'outils de tri et de valorisation spécifique. Au-delà des résines proprement dites, c'est leur association qui est au cœur de toutes les attentions. « On peut très bien associer des matériaux recyclables pour faire un produit qui ne l'est pas », souligne Nicolas Minard, ingénieur écoconception au Carma. Le centre d'animation régional en matériaux avancés installé en Provence-Alpes-Côte d'Azur conseille notamment aux PME de « privilégier les techniques de conception qui facilitent le désassemblage pour la maintenance ou la fin de vie des produits ». Les emballages évoluant en permanence, ce travail est sans fin. Quand Perrier s'est mis à proposer des bouteilles en plastique par exemple, l'entreprise a opté pour un bouchon vissé en aluminium. L'anneau de la même matière resté sur le col de la bouteille après ouverture rendait impossible son recyclage. L'entreprise a donc dû revoir sa copie en équipant son produit d'un bouchon en plastique. D'autres éléments perturbent le tri, comme les opercules ou certaines étiquettes… Tout ce qui est métallique doit être éliminé au plus tôt dans la chaîne du recyclage : si possible en amont grâce à l'écoconception, dans la mesure du possible dans les centres de tri grâce à des aimants ou des courants de Foucault (pour les non-ferreux), au pire dans les centres de surtri des recycleurs. Comme le métal ne fond pas, ses résidus créent des trous dans la matière recyclée. Le silicone intégré aux bouchons pour des questions d'étanchéité est tout aussi problématique si sa densité est supérieure à un. En effet, les bouchons de polyéthylène sont séparés des autres matières valorisables pendant une phase de lavage durant laquelle ils flottent… Sauf si le poids du silicone les en empêche ! « Mieux vaut recourir à du silicone expansé », insiste Géraud Delorme, directeur général de Valorplast. Les recycleurs répondent de mieux en mieux, techniquement, à la présence de ces différents perturbateurs. Quand des bouteilles de PVC passent entre les mailles du filet du centre de tri par exemple, des machines de surtri sont capables désormais d'isoler a posteriori les quelques pourcents d'impuretés présents dans les balles de PET pour obtenir une matière quasi-vierge. À Beaune (21), l'entreprise Artenius PET Packaging a ainsi installé un système de tri optique combiné à des capteurs chargés de traquer les défauts de qualité du gisement. Son fournisseur Pellenc ST garantit une présence de PVC inférieure à dix parties par millions une fois le plastique réduit en paillettes. Économiquement toutefois, mieux vaut écarter les matières indésirables au plus tôt. « Dans un centre de tri, quand une technique infrarouge permet de détecter la présence d'une étiquette ou d'un manchon en PVC, cela oblige à retirer la bouteille du flux valorisé », explique Robert Bonnefoy, responsable commercial de Valorplast. Ce qui aurait pu être une source de revenu (plus de 400 euros pour une tonne de PET clair, de 250 euros pour du PET foncé et du PEHD) devient un coût ! Le Comité technique pour le recyclage des matières plastiques (Cotrep) publie régulièrement des avis généraux ou techniques sur des emballages, « pour éviter les perturbations importantes sans tuer l'innovation », dixit Géraud Delorme. Eco-Emballages se saisit de ses conclusions pour définir la partie variable de son point vert. En 2011, les éléments perturbateurs étaient pénalisés de 20 %. Le taux est passé à 50 % en 2012 (en contrepartie de bonus, par exemple pour les entreprises qui ont réduit significativement le poids de leur emballage plastique). Ces majorations sont régulièrement réévaluées. « L'objectif est d'abord de prévenir les industriels lorsqu'on voit émerger de nouveaux éléments perturbateurs pour les inciter à trouver des solutions alternatives. La pénalisation arrive dans un second temps », poursuit Géraud Delorme. « Le prochain barème pourrait viser les pulvérisateurs qui intègrent des billes d'aluminium ou d'acier », annonce Carlos de Los Llanos. Il devient urgent de freiner leur essor en les remplaçant par des billes en plastique. 2 Ne plus perturber la filière du verre Les chiffres de la collecte du verre sont bons et continuent à progresser grâce à une optimisation du parc de conteneurs et à une meilleure communication. Principale ombre au tableau : la présence d'infusibles, de plastique ou de métaux dans le gisement. Les performances du recyclage du verre ont de quoi faire des jaloux. En 2011, 11 millions de tonnes de déchets verriers ont été recyclées à l'échelle européenne, l'équivalent de 25 milliards de bouteilles, et 70 % du gisement mis sur le marché, d'après les calculs de la Fédération européenne du verre d'emballage (Feve). La France est dans la moyenne avec une progression continue. Son taux de collecte est passé de 40 %, il y a quinze ans, à 69,75 %, en 2011. Cette performance dépasse largement celle du Royaume-Uni (64 %) ou la Roumanie (25,5 %). Elle est loin en revanche des taux affichés par la Belgique (98,65 %), la Suède (93 %) ou l'Allemagne (85 %). Pas question donc de se contenter d'un petit 70 %. Le jeu du recyclage en vaut la chandelle. « Chaque augmentation de 10 % de l'utilisation de calcin (verre recyclé) réduit les émissions et la consommation d'énergie de 3 % », explique Viivika Remmel, directrice marketing d'O-I. Le groupe verrier entend atteindre d'ici à 2017 le taux d'incorporation symbolique de 50 % de calcin dans ses produits… Un chiffre déjà dépassé en France par Verallia. Techniquement, cela ne pose aucun problème. « Certains fours intègrent 95 % de calcin », rappelle Fabienne Grall, responsable du développement durable du pôle conditionnement de Saint-Gobain. Les bouteilles et les pots usagés, collectés et broyés, se substituent à un mélange de sable, de calcaire et de carbonate de sodium. « Le verre est 100 % recyclable et recyclable à l'infini sans perte de qualité », ne se lasse pas de répéter Jacques Bordat, président de la Fédération des industries du verre. Pour améliorer le gisement, la filière doit, comme pour le plastique, s'attaquer aux éléments qui perturbent le recyclage. Avec une différence notable : le travail est beaucoup moins laborieux ! En s'appuyant sur des machines de tri classiques (aimants, courants de Foucault, criblage, etc.), les matériaux présents par accident (bois, métal ou plastique) sont pour la plupart facilement éliminés puis valorisés. « Le fait de jeter les pots avec leur couvercle métallique n'est pas gênant », illustre Jacques Bordat. Idem pour les souillures ou le papier, qui sont éliminés à haute température. La céramique, la vaisselle ou la porcelaine sont plus gênantes car elles ne fondent pas dans les fours verriers. Pour limiter leur présence, les quatorze centres français de traitement qui produisent le calcin se sont équipés de machines de tri optique performantes. La filière surveille de près, parallèlement, les tendances du marché. Les fabricants de bouchons mécaniques intégrant de la porcelaine, un joint et du métal ont ainsi été vivement incités à miser sur du plastique. « Nous sommes vigilants par ailleurs sur ce qui pourrait être collé sur le verre, comme des systèmes antivols RFID, heureusement peu développés en France, insiste Jacques Bordat. De manière très marginale, nous voyons aussi apparaître des systèmes d'éclairage sous certaines bouteilles de spiritueux. Dans un cas comme dans l'autre, les fabricants doivent faire en sorte que ces éléments se détachent facilement. » Attention aussi aux fausses bonnes idées, comme les outils de concassage vendus aux cafetiers (lire encadré ci-contre). « Attention à ne pas surajouter un broyage qui complique le tri à la casse naturelle dans les conteneurs qui, elle, ne pose pas de problème », insiste-t-il. De même, les syndicats de déchets qui utilisent toujours les bennes avec compacteurs pour collecter le verre doivent changer leurs habitudes. Les industriels sont prêts à utiliser davantage de calcin, notamment dans les verres blancs qui en incorporent assez peu. Obtenir du calcin blanc n'est pas compliqué en soi (si les morceaux de verre n'ont pas été concassés). Mais cela exige une étape de surtri, inutile tant que la production de verres foncés n'est pas saturée. Pour leur fournir davantage de matière, il faudra améliorer les dispositifs de collecte. À commencer par les 150 000 bornes d'apport volontaire qui captent 80 % des déchets verriers (environ deux millions de tonnes par an). Dans la partie nord de la Seine-et-Marne, le travail a déjà commencé. Dans le cadre d'une charte, la chambre des verriers mécaniques propose désormais aux adhérents du Smitom Nord de Seine-et-Marne des diagnostics gratuits de leur parc de conteneurs et de la qualité du service qu'ils proposent. Puis elle leur présente des pistes d'amélioration concrète : déplacer telle borne mal située car les habitants ne peuvent pas se garer à proximité, mieux entretenir telle autre qui ne donne pas envie de trier… L'enjeu est environnemental et financier. « Le coût de collecte net du verre est estimé à 90 euros desquels il faut soustraire 20 euros de recette », estime Carlos de Los Llanos, directeur du recyclage chez Eco-Emballages. Et le barème de l'éco-organisme offre jusqu'à 40 % de bonus aux collectivités qui affichent de bonnes p er for mance s . Pour le Smitom qui plafonne à 21 kg/ hab par an (pour une moyenne nationale de 29 kg), « la perte de recette est non négligeable », regrette Michelle Brun, sa directrice générale adjointe. La présence de verre dans les fours d'incinération des déchets ménagers accroît en outre les dépenses énergétiques, les coûts de maintenance… En mettant à disposition des collectivités des sacs de précollecte et des kits de communication clés en main, Eco-Emballages veut améliorer les performances de tri, en particulier dans l'habitat vertical. Pour convaincre ses habitants, le Smitom s'appuiera prochainement sur leur côté philanthrope. Donnant chaque année 10 000 euros à la Ligue contre le cancer, le syndicat s'est engagé à ajouter un euro de plus par tonne de verre supplémentaire collectée… Une manière d'amener l'enjeu du recyclage vers des personnes plus sensibles à d'autres sujets, comme la santé.  3 amÉliorer la ColleCte Des Piles Le secteur de la distribution et les collectivités doivent poursuivre leur effort pour atteindre de nouveaux objectifs de collecte ambitieux. L'amélioration qualitative du gisement est plus complexe. En matière de piles et d'accumulateurs, la France peut, pour le moment, dormir sur ses deux oreilles. Avec 36,3 %, elle dépasse largement l'objectif européen de collecte fixé pour 2012 à 25 %. Mais d'ici à 2016, il faudra redoubler d'efforts pour atteindre la cible fixée à 45 %. « Le hic, c'est que la pile est un déchet compact et diffus, soul i g n e Frédéric Hédouin, directeur général de l'éco-organisme Corepile. Elle e xige une grande di scipline du consommateur et du collecteur. » Les marges de progrès sont d'abord attendues dans la distribution, avec une amélioration des mobiliers de collecte et de leur suivi qualitatif. Du fait du principe « un pour zéro », le secteur capte la moitié du gisement. Les meubles qui accueillent des déchets cousins, comme celui proposé par Eco-Systèmes pour, outre les piles, les DEEE et les lampes, commencent ainsi à faire leurs preuves. Les déchèteries fournissent l ’ e s s e n t i e l du reste de l'effort. Les communes peuvent améliorer leur efficacité en multipliant les points de précollecte, avant regroupement, dans les garderies, les écoles ou les mairies. Dans les zones denses, en particulier, quelques opérations coups de poing semblent essentielles pour sensibiliser une population qui a tendance à stocker ou à jeter ses piles avec le reste des déchets. Avec son pack entreprises, Screlec, le second éco-organisme, entend mieux capter le gisement professionnel tout en poussant les salariés à apporter leurs piles usagées sur leur lieu de travail. Tout ce qui est de nature à massifier les flux permet de s'engager dans la marche vers les 45 %. « On ne rémunère jamais les collecteurs, mais on dédommage ceux qui nous fournissent plus d'une tonne de matière pour le travail de concentration que nous aurions dû faire nous-mêmes », explique Jacques David, directeur de Screlec. La qualité du gisement pourrait, elle aussi, être amenée à évoluer grâce au barème éco-modulable institué cette année. À moins que les metteurs sur le marché n'y prêtent guère attention ? « La contribution sur un accumulateur de téléphone est de 50 centimes par kilo. Or, l'accumulateur ne pèse que 30 grammes. Même en la multipliant par dix, cela ne changerait rien », illustre Jacques David. Dans l'outillage électroportatif, l'interdiction du nickel-cadmium pousse les fabricants d'accumulateurs vers le lithium. « La plupart choisissent l'option sans cobalt car elle est la moins chère. Sauf qu'elle n'intéresse pas les recycleurs. Je leur ai dit que la contribution allait être multipliée par trois : ils ne sont pas contents, mais cela n'aura aucune influence sur leur choix », regrette-t-il. En outre, l'écomodulation selon l'analyse du cycle de vie ne favorise pas systématiquement la recyclabilité. « Le passif environnemental d'une pile n'est ni son usage ni sa fin de vie. C'est à 90 % sa fabrication », note Frédéric Hédouin.


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