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Tribune | « la digitalisation au service d’une industrie de la mode moins gaspilleuse de matière »

Par Maria Modrono, directrice du marketing et de la communication chez Lectra. Publié le 15 décembre 2023.
Tribune | «  la digitalisation au service d’une industrie de la mode moins gaspilleuse de matière »
Maria Modrono / Crédit : Lectra
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Maria Modrono, directrice du marketing et de la communication chez Lectra, entreprise spécialisée dans les technologies pour l’industrie de la mode, soutient dans cette tribune le recours à la digitalisation pour limiter les impacts de la mode sur l’environnement.

Si la mode est par essence éphémère, l’impact environnemental du secteur s’inscrit lui dans la durée. Régulièrement épinglée pour la quantité de déchets qu’elle génère au niveau mondial, l’industrie de la mode se voit également reprocher la pollution qu’engendrent les modalités de production de ses collections. L’attention portée à ces sujets est croissante, non seulement parmi les consommateurs, mais également chez les différents acteurs de la filière, pour lesquels la limitation du gaspillage de matière, des surstocks et des invendus revêt aussi un caractère financier. En intégrant l’apport des nouvelles technologies (intelligence artificielle, industrie 4.0, connexion entre les acteurs de la supply chain…), l’industrie de la mode peut significativement réduire sa consommation de matière et limiter ses risques d’invendus.
 
Moins de matière pour produire un vêtement : le défi de la salle de coupe

La consommation de matière a un impact considérable sur l’empreinte environnementale des fabricants dans la mode : pour la plupart des modèles de production, les matières représentent en effet plus de 90 % des émissions de CO2 générées durant l’ensemble du cycle de vie d’une salle de coupe. Lorsque l’on imagine les déchets textiles générés par les acteurs de la mode, on pense rarement en premier aux chutes de tissus lors de la production des vêtements – et pourtant, celles-ci représentent entre 10 et 15 % de la consommation totale de matière.
 
Chaque millimètre de tissu économisé compte lorsqu’un fabricant veut limiter ces chutes de tissu pour réduire son empreinte environnementale. En réduisant par exemple l’espacement entre les différentes pièces de tissu à découper, et en optimisant la disposition – ou le « placement » – de ces pièces sur le textile qui va être utilisé, on peut déjà bénéficier d’un gain de matière non négligeable.
 
Le moindre pourcentage supplémentaire de tissu utilisé représente, sur de grands volumes produits, des quantités impressionnantes de déchets en moins. Il est donc essentiel d’adopter les bonnes technologies, avec des logiciels et des équipements qui permettent de réaliser des gains de matière tout au long du flux.
 
Pendant la préparation de la production pour optimiser grâce à l’intelligence artificielle le placement des pièces à découper par exemple. Les entreprises de mode qui s’appuient sur des logiciels de placement automatisé peuvent non seulement diminuer la quantité du textile utilisé, mais aussi estimer plus précisément, en amont de la production, les quantités exactes de tissu dont elles auront besoin, ce qui évite la constitution de surstocks ou les pénuries de matières. Ces technologies offrent la possibilité de recourir à du prototypage 3D pour favoriser la collaboration à distance et éviter des consommations de matière et des transports inutiles

Pendant la découpe ces mêmes logiciels permettent de limiter – voire supprimer – les espacements nécessaires entre les pièces.
Les machines de découpe les plus avancées technologiquement jouent également un rôle clé pour économiser de la matière. De nombreuses fonctionnalités s’offrent aux producteurs pour accélérer les économies de matière.

Equipées de scanners intégrés et de capteurs d’images à la pointe de la technologie, les machines sont capables de faciliter la gestion des motifs sur les tissus imprimés ou encore d’anticiper les possibles distorsions de la matière pour optimiser la coupe et en réduire les déchets.

Enfin en s’adaptant à toutes les épaisseurs de « matelas » (c’est-à-dire à la hauteur des empilements de tissus à découper simultanément), les machines de découpe facilitent les adaptations des volumes de production selon les fluctuations de la demande et des volumes commandés.
 
La fabrication à la demande pour parer les invendus

Chercher à réduire le gaspillage de matière, c’est aussi forcément s’attaquer aux volumes d’invendus – des vêtements produits en trop grandes quantités au regard de la demande réelle, qui vont soit être stockés longtemps avant de trouver preneurs (ce que l’on qualifie de « stock dormant » ou « dead stock »), soit être détruits (incinération) ou jetés dans les pays du monde où la règlementation ne l’interdit pas encore. Rien qu’en Europe, 4 millions de tonnes de déchets vestimentaires sont jetés par an[1]. Le bilan financier et RSE d’un tel gâchis est colossal et ne peut plus être toléré. L’industrie doit repenser son mode fabrication, et s’astreindre à coller le plus possible à la demande réelle – en somme, ne produire que ce qui sera assurément vendu, voire ce qui est déjà vendu (production à la demande).
 
Là encore, les progrès technologiques font entrevoir des possibilités qui n’étaient pas envisageables auparavant. Les solutions d’analyse concurrentielle automatisées, grâce à l’utilisation d’algorithmes d’intelligence artificielle fournissent aux marques de mode un niveau d’information (quantité et précision) incomparable à celui qu’elles pouvaient obtenir en faisant réaliser ce benchmarking à des humains. Elles peuvent ainsi savoir quels types, modèles et couleurs de vêtements ou d’accessoires se vendent le plus ; optimiser leur positionnement et leur tarification face à la concurrence ; et prendre les décisions les plus avisées en matière d’assortiment. Cette veille complète et efficace est un atout clé pour éviter de surproduire.
 
Par ailleurs, il existe aujourd’hui des solutions pour automatiser la production à la demande, depuis la réception des commandes jusqu’à la découpe, et gérer la production personnalisée, sur-mesure et en petites séries. Tout réside dans la flexibilité des systèmes de production et des équipements, afin de s’adapter à tout type et volume de commande. Une détection automatique des défauts d’un tissu le plus tôt possible dans le cycle de fabrication évitera également d’intégrer ce morceau de tissu à un vêtement complet, qui n’aurait pas d’autre avenir que la benne à ordure.
 
L’adoption de ces technologies est déterminante pour les entreprises de mode qui veulent préserver ou accroître leurs marges, réduire leur empreinte environnementale ainsi que leurs stocks. Ces solutions les aideront aussi à surfer plus rapidement sur les tendances en les décryptant au plus tôt, à accroître l’agilité de leur chaîne d’approvisionnement et à réduire leurs délais de mise sur le marché.
 

[1] Source : Infographie de l’ADEME
 
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