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TERRITOIRES

« Emportés par le progrès médical, nous avons oublié les territoires »

LA RÉDACTION, LE 5 SEPTEMBRE 2011
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Journal des communes - En introduction du livre, vous citez Maxime Gorki : « Écris sur ce que tu n'as pas le droit de taire ». Pourquoi avoir choisi cette citation ? Emmanuel Vigneron - Cet écrivain russe était un révolutionnaire. Je ne me considère pas comme tel, mais la situation actuelle oblige à dire les choses sans détour. Les inégalités de santé sont aujourd'hui passées sous silence en France. L'histoire de leur connaissance et de leur dénonciation témoigne d'un lien avec l'histoire propre du mouvement social. En 1954, les gens savaient qu'un ouvrier agricole mourrait dix ans avant un instituteur. Aujourd'hui, on ne sait pas car nous avons oublié de défendre nos territoires. JdC - À quels territoires faites-vous allusion ? E.V. - Une trentaine de territoires sont concernés dont certains à l'échelle du département. Le temps est donc venu de traiter de ces territoires d'exceptions par principe de solidarité. Avant, pour accéder aux soins, il fallait se rendre dans les villes de préfecture ou de sous-préfecture, soit 30 minutes en moyenne de déplacement pour trouver un professionnel de santé. Aujourd'hui, ce chiffre va au-delà de 45 minutes. Dans la Nièvre par exemple, il faut aller à Dijon ou à Clermont-Ferrand pour un IRM. Ces inégalités ne se voient pas uniquement à l'échelle du canton, mais à l'échelle du département voire de la région. Les régions du Centre, de la Champagne-Ardenne et de la Bourgogne connaissent des difficultés, le département de la Lozère en Languedoc-Roussillon est aussi particulièrement touché. En outre, la mortalité prématurée, c'est-à-dire avant 65 ans, qui avait pourtant régressé, se dégrade à nouveau en Bretagne, en Haute-Normandie, en Picardie, en Lorraine, dans le Nord, les Ardennes et le Cantal. Elle se répand aussi de manière préoccupante dans l'Ouest intérieur, le Midi méditerranéen et en Corse. Pour ces territoires, il faudrait comme on dit « mettre le paquet ». JdC - Dans ce livre, vous ne faites pas que pointer du doigt les problèmes, mais vous avancez une série de propositions. Quelles sont-elles ? E.V. - S'il m'a fallu six mois pour écrire ce livre que j'ai voulu écrire maintenant parce qu'il y a urgence, il m'aura fallu attendre vingt années de recherches et de travaux d'analyse et compter sur un solide réseau de contacts pour le construire. Je veux dire par là que les propositions que nous faisons ne sont pas des propositions « en l'air » ou « à l'emporte pièce », mais que nous les avons passées au crible du réalisme. Les réflexions que nous avons menées au sein de notre groupe de travail conduisent à plusieurs propositions aux niveaux local, régional et national. Au niveau local, nous proposons par exemple de désenclaver le champ de la santé pour mieux l'intégrer aux politiques publiques locales, resserrer les liens entre les collectivités territoriales et les experts, mais aussi développer une culture de l'efficience dans les programmes menés. Parfois, les efforts des maires pour attirer les professionnels de santé trouvent leurs limites et entrent en concurrence avec ceux de la commune voisine. On se retrouve alors avec des maisons de santé vides et qui coûtent cher. Il faut savoir aussi qu'en France, seuls 8 % de médecins s'installent à la campagne. Pour éviter les déserts médicaux, il faut développer les postes d'enseignants dans la nouvelle spécialité de médecine générale au sein des facultés des régions les plus touchées par la dégradation de la démographie médicale. JdC - Est-ce que la mise en place des Agences régionales de santé (ARS) offre une solution intéressante ? E.V. - Les ARS, ce n'est pas gagné. En effet, Ce sont des gros organismes au sein desquels le décloisonnement tant attendu ne va pas de soi et où le retour à une gestion en tuyaux d'orgue est toujours possible. Par ailleurs, les ARS ont pour mission essentielle de s'occuper des inégalités de santé, et il faut a priori leur faire confiance. Pour autant, comme tout pouvoir, elles ont besoin d'un contre-pouvoir et celui-ci devrait être celui des élus car ils sont légitimes. Sur un autre plan, en appeler à la responsabilité du Conseil de l'Ordre des Médecins dans la répartition territoriale de la profession au titre de sa mission d'organisation de la profession fait partie de nos propositions. Une autre priorité est de sortir la médecine scolaire du dénuement où elle se trouve. La France compte un médecin scolaire pour 8 000 élèves. Les moyens accordés à la prévention stagnent à 3 % de la dépense courante de santé depuis plus de 15 ans. En outre cette prévention, relativement minime, atteint très inégalement les territoires. Ce retard français est, par exemple, illustré par l'insuffisance de la couverture vaccinale à 2 ans pour le ROR (Rougeole, oreillons, rubéole) qui est inférieure à 90 % et ne permettra donc pas d'atteindre, dans les temps prescrits, les objectifs d'élimination de ces maladies.


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