Faut-il être une femme pour mener à bien la fonction de responsable environnement d'un grand projet d'infrastructure ? Pas nécessairement, bien sûr. Mais l'expérience acquise par certaines, comme Sandrine Chotard, sur le viaduc de Millau (Eiffage), Sandrine Rabaseda, sur la ligne TGV Est (RFF), ou encore Céline Rouchon, sur le projet Lyon-Turin (LTF), met en exergue leurs atouts. Écoute, patience, pédagogie, diplomatie, ténacité sont des qualités que toutes mettent en avant pour ce poste. Il n'est pas facile de faire son trou dans le monde très masculin des travaux publics (dans l'industrie, le responsable environnement n'est qu'à 25 % une femme, selon notre sondage). Mais inversement, « on vous identifie très vite sur le chantier », et le maniement d'un langage empreint de diplomatie fait mieux passer le message et permet ainsi à l'environnement de faire son chemin. « On évite aussi sûrement quelques coups de gueule et conflits improductifs », soulignent nos témoins. À condition bien sûr de toujours être précis et d'argumenter ses propos. « On n'a pas le droit à l'erreur. On est toujours observée », commente Sandrine Chotard, d'Eiffage.
C'est d'autant plus important que la fonction est jeune et qu'elle est encore ignorée de nombreux responsables opérationnels. « Cela fonctionne bien avec les relations extérieures au projet : associations, collectivités, administrations. Mais, en interne, c'est souvent plus difficile d'avoir du poids », commente Céline Rouchon, qui souligne l'importance d'être épaulée par un supérieur également engagé dans la démarche. Idem pour Sandrine Rabaseda, chez RFF, qui a dû batailler pour obtenir qu'on exige des maîtres d'oeuvre un correspondant environnement capable de relayer l'information sur le terrain. « Aujourd'hui ce travail paie : la légitimité de la fonction grandit en interne et se diffuse dans l'entreprise ». Il faut donc être tenace.
« On ne s'ennuie jamais »
La formation adéquate ? Pas facile à définir, mais dans l'ensemble, toutes soulignent l'importance d'avoir une vraie qualification environnementale, pour être tout de suite capable d'expliquer les enjeux liés à certaines mesures. Certes, connaître le métier est un plus, mais cela s'acquiert par l'observation et l'écoute. « Avec un peu d'expérience, on pourrait imposer certaines choses plus rapidement, aller parfois un peu plus loin et ne pas avaler certains discours, mais notre oeil neuf repère des problèmes qu'un homme du sérail ne distinguera pas », souligne Sandrine Chotard.
En tout cas, aucune ne regrette ce choix de carrière. Car le travail est tout sauf monotone. Au fur et à mesure qu'avance le projet, les thèmes environnementaux évoluent, ce qui impose beaucoup de curiosité. « On ne s'ennuie jamais », confirme Sandrine Rabaseda. Toutes les composantes de l'environnement sont en jeu, industrielles et territoriales. « Le défi est plus grand, résume Sandrine Chotard. On se sent l'un des maillons d'un projet qui, à son échelle, restructure l'espace régional ou national. On sait pourquoi on s'est battu. » C'est très valorisant et toutes disent ainsi leur fierté.