Le 21 septembre dernier, devant la presse, le Cemagref lâchait dans les eaux de la Dordogne, plus de 3 000 jeunes esturgeons nés en juin en captivité à la station aquacole de Saint-Seurin-sur-l'Isle (Dordogne). Un geste censé représenter une victoire, celle de la préservation d'une espèce menacée. Mais l'Établissement public territorial du bassin de la Dordogne (Epidor) s'interroge : « L'opération demeure symbolique. Pour réamorcer la pompe, il faudra mener plusieurs opérations de repeuplement, régulièrement et pendant plusieurs années », avertit Olivier Guerri, chargé de mission chez Epidor. L'esturgeon est une espèce protégée en France depuis vingt-cinq ans. « Son âge de maturité est de dix à quinze ans. Les poissons relâchés pourront éventuellement se reproduire en 2020 et participer à la reconstitution de la population. Mais les réinjecter dans le milieu naturel ne résout pas la question des causes de l'extinction », rappelle Olivier Guerri. Dans ce contexte, le travail de sensibilisation du Comité national des pêches maritimes et des élevages marins prend tout son sens. Epidor préconise aussi de faire en sorte que les frayères de la Dordogne et de la Garonne soient de bonne qualité lorsque les esturgeons viendront les utiliser, notamment en surveillant les métaux lourds et autres pesticides qui transitent dans les sédiments de l'estuaire de la Gironde, un des lieux de prédilection des jeunes esturgeons. Le programme européen Life mené de 1994 à 2001 sous la maîtrise d'ouvrage d'Epidor a permis d'avancer. Reste à mener une action structurée qui garantirait des moyens sur le long terme.