Actuellement considérés comme complément d'isolation, les isolants minces revendiquent une reconnaissance comme isolants principaux, au même titre que les laines minérales. L'enjeu économique est majeur sur un marché en forte croissance qui représenterait en Europe 5 à 7 milliards d'euros, dont 1,4 en France. « On assiste à un phénomène global de prise de conscience du potentiel d'économie d'énergie sur le bâtiment, relayé par la Commission européenne, les objectifs de Kyoto et le Grenelle de l'environnement », souligne notamment Laurent Thierry, P-DG d'Actis et porte-parole de l'Association européenne des isolants minces (EMM). Les professionnels s'attendent donc logiquement à une explosion du marché, quasiment un doublement en dix ans selon les estimations. Un gâteau dont tout le monde veut une part ! Les laines minérales, qui représentent 54 % du marché européen (plus en France), visent un marché d'un milliard d'euros. Les panneaux rigides en polyuréthane et polystyrène (très prisés en Grande-Bretagne et en Allemagne) espèrent aussi tirer profit de cette embellie, tout comme les isolants naturels et, bien sûr, les isolants minces. Mais, pour ces derniers, c'est plus compliqué. Le Syndicat des fabricants d'isolants minces ( Sfirmm), créé il y a un an, estime que les produits minces sont lésés par le mode d'évaluation de la performance thermique des matériaux. « La seule résistance thermique (coefficient R) ne reflète pas les performances du produit en place », explique au nom de la profession européenne Laurent Thierry, fort d'études in situ. Selon lui, le calcul de la résistance thermique, représentatif des échanges d'énergie par conduction, négligerait le rayonnement et la convection sur lesquels les isolants minces agissent principalement. Seule l'expérimentation in situ rendrait compte de l'efficacité thermique réelle.
Situation bloquée
La dernière étude, présentée par le CSTB et Armines, menée in situ, aurait donc dû satisfaire tout le monde. Mais en confirmant une moindre performance des isolants minces, elle a attisé la colère du Sfirmm qui la juge non pertinente. Si certaines critiques méritent sans doute d'être retenues ou au moins éclaircies (nombre de données exploitées, mode de pose des matériaux, etc.), la contestation systématique des résultats par le Sfirmm a suscité des réactions. L'État a ainsi rappelé que seule la résistance thermique caractérise un isolant. Le Syndicat des fabricants d'isolants de laines minérales, le Filmm, commence aussi à s'exaspérer. « Il y a des limites au mépris de la communauté scientifique et à son discrédit », souligne Caroline Lestournelle, la secrétaire générale. « Le bénéfice du doute a été accordé, mais toutes les études ou calcul dans le monde concluent dans le même sens. Aux États-Unis, au Canada comme en Allemagne, les isolants minces sont des compléments d'isolation et cela ne soulève aucune opposition », insiste cette spécialiste. Nathalie Tchang, du bureau d'études Tribu Energie, enfonce le clou, rappelant qu'on ne peut pas isoler un phénomène, qu'on sait parfaitement évaluer le rayonnement et que cela ne change rien aux conclusions actuelles.
Comment trancher ? Plusieurs actions sont engagées sur le plan européen. Des procédures d'agrément technique européen sont en cours dont l'une, lancée à l'initiative des fabricants d'isolants minces, vise à valider une méthode de tests in situ. Le laboratoire finlandais VTT finalise le protocole et des essais seront menés dans cinq pays par des laboratoires membres de l'Eota ( Organisation européenne des agréments techniques). « L'Eota n'a cependant pas commandé ces campagnes et a déjà retenu une autre méthode d'évaluation. Des premiers agréments sont attendus », rappelle-t-on au Filmm, qui ne croit pas à la clôture prochaine du débat. Le plus simple aurait été que les deux secteurs participent à une même étude, que les données et essais soient partagés. Mais pour cela, il aurait fallu arriver à dialoguer. En attendant, en dépit d'études coûteuses financées par l'Ademe, les promoteurs ne savent plus à quel saint se vouer pour être sûrs d'être conformes à la réglementation thermique RT 2005, le seul véritable enjeu.