Ce qui est rare est
précieux !
Ce leitmotiv a conduit le conservatoire des sites naturels de Haute-Normandie et le conservatoire botanique de Bailleul à conjuguer leurs efforts pour sauver deux espèces végétales endémiques menacées dans le val de Seine. Ils ont donc monté, en 1999, un projet Life Nature visant à restaurer leurs habitats. La violette de Rouen, petite et légèrement velue, élit domicile sur les éboulis crayeux dévalant les pentes des environs de la ville. Au fil des décennies, elle a dû trouver refuge ailleurs et vu sa diversité génétique s'appauvrir. Quant à la biscutelle de Neustrie, elle ne s'épanouit que sur les pelouses ouvertes et labourées par les moutons près des Andelys (Eure). Elle y supporte mal la concurrence des arbustes et du brachypode, une prolifique graminée. Sans intervention, ces deux plantes n'existeraient probablement plus aujourd'hui.
De 1999 à 2003, un premier projet Life permet de dresser un état des lieux et de monter le plan de sauvegarde.
Répertorier
les populations
Périmètres de gestion et cartographies à l'appui, les conservatoires recensent huit stations, où perdurent un millier de violettes. Plus étendues mais très morcelées, les populations de biscutelle résistent tant bien que mal au recul des pâturages dans 47 stations abritant 2 000 pieds. Un laboratoire lillois évalue les atteintes à la diversité biologique subies par cette plante. Si le capital génétique est menacé, les deux acteurs auront à faire valider leur mode d'intervention auprès du Conseil national du patrimoine naturel. D'ores et déjà, le conservatoire botanique de Bailleul prélève des graines et effectue des suivis de végétation. « On intervient sur l'étude des menaces, la conservation ex-situ des graines sous nos serres ou dans notre banque de semences, forte de 30 millions de références. C'est toujours à partir d'un socle scientifique que se déploient nos actions de terrain », explique Bertille Valentin, au conservatoire botanique de Bailleul.
Les actions du conservatoire botanique diffèrent suivant les objectifs. Soit elles visent à renforcer des populations existantes, soit elles désenclavent les plus isolées en restaurant des corridors biologiques. Pour la biscutelle, le semis ne prend pas ; la solution consiste donc à débroussailler les coteaux pour rétablir un continuum écologique entre les stations. Il a aussi fallu remettre des parcelles en pâturage. C'est sur ce versant que le second conservatoire intervient en sa qualité de gestionnaire de sites. « Sur un objectif de 500 hectares de foncier à maîtriser, il ne reste plus que 50 hectares à acquérir ou à gérer par le biais de conventions passées avec les propriétaires. Ce travail de démarchage est long. Mais l'appui du second programme Life Nature 2006-2011, qui finance 60 % des 461 000 euros du budget total, est un facteur clé pour réussir », motive Carine Douville, au conservatoire des sites de Haute-Normandie. Employé par cette association, un berger fait paître ses moutons sur les sites à biscutelle. La violette de Rouen, elle, a nécessité d'habiles opérations d'étrépage, qui consistent à gratter le sol en vue d'atteindre la granulométrie idéale pour qu'elle se réinstalle. Dans les deux cas, les sites n'ont pas été fermés au public. « La nature n'est pas un ghetto. Il ne s'agit pas de confiner ces plantes, mais d'inciter à respecter leur fragilité », conclut Carine Douville