Avant même qu'elle n'expose sa technique de traçage des galets par radiofréquences devant son jury de thèse, Anne-Julia Rollet a retenu l'attention des spécialistes de la Société hydrotechnique de France, qui l'avaient invitée à un colloque fin novembre, à Lyon. Cette chercheuse de l'UMR 5600 « Environnement, ville, société » du CNRS, à Lyon, étudie les raisons du déficit sédimentaire chronique de nombreux cours d'eau français, notamment en aval des ouvrages hydroélectriques. À la demande du Syndicat de gestion de la basse vallée de l'Ain, elle s'est penchée sur les problèmes de charge de fond de cette rivière à la richesse écologique importante : incision du lit, rétraction de la bande active par le développement de la végétation sur des bancs de galets.
La jeune chercheuse a eu l'idée d'utiliser des PIT Tags (Passive integrated transponders), systèmes basés sur les radiofréquences et couramment employés pour suivre les oiseaux ou les poissons. Armée d'une perceuse, elle a placé dans 550 galets un transpondeur, sorte de gélule émettant un numéro d'identification. Elle les a ensuite reposés là où elle les avait pris, sur deux sites : l'un au déficit sédimentaire avéré, l'autre gardant une bonne dynamique morphologique. Un an après, détecteur en main, elle a descendu le cours de l'Ain à pied... et en a retrouvé plus d'un sur trois. « C'est encore peu, mais il s'agit de la première expérimentation dans un grand cours d'eau, explique la chercheuse. L'antenne ne porte qu'à 25 cm sous le sol et n'a pu détecter ceux recouverts par la nappe de charriage. » Ce résultat est de toute manière meilleur qu'avec la bonne vieille méthode des cailloux peints (moins de 1 %), et à un coût tout aussi abordable : 2,30 euros pièce. Les galets retrouvés avaient parcouru en moyenne 50 mètres. « J'ai ainsi évalué le déficit sédimentaire en amont entre 10 000 et 15 000 mètres cubes », explique la jeune femme.