Quelles sont les principales conclusions de votre rapport ?Nous avons voulu souligner que de nombreux produits, substances ou objets d'usage courant (mobilier, détergents, cosmétiques...) sont loin d'être anodins pour notre santé. Nous recommandons l'harmonisation des nomenclatures des substances chimiques, notamment pour les éthers de glycol, la mise en place d'un étiquetage plus rigoureux des produits (allergènes, nanomatériaux) ou encore l'établissement de valeurs-guide pour les polluants intérieurs. Nous avons par ailleurs réussi à alerter le grand public - et d'abord les femmes en âge de procréer, les premières concernées - sur les dangers des perturbateurs endocriniens. La presse grand public a, en revanche, beaucoup moins relayé notre appel à revoir notre architecture de veille et d'expertise scientifique. Que préconisez-vous en matière d'expertise ?Nous avons besoin d'opérer un double changement : culturel, en passant d'une logique de prévention à une logique de précaution, et institutionnel. Une loi sur la gouvernance de l'expertise s'impose. Corinne Lepage** et moi y consacrerons d'ailleurs un colloque le 27 mars au Sénat. Ce texte devra nous donner les moyens d'entendre les lanceurs d'alerte (lire l'enquête de notre précédent numéro, n° 1664, p. 20). Il devra également faire du ménage dans les cinquante-huit structures qui se sont historiquement accumulées pour veiller sur notre santé, donner à l'Afsset les moyens d'agir et relancer la formation en toxicologie. La création d'une Haute Autorité de l'expertise, capable comme l'Afnor de valider les protocoles d'évaluation, et d'un Institut national de veille environnementale (INVE) serait également bien utile... Sur la forme, ce rapport se veut d'un « type nouveau ». C'est-à-dire ?Le tome I liste en annexe une centaine de sites Internet de qualité sur la santé et l'environnement, tandis que le tome II reprend les quatre-vingt-dix auditions menées pendant plus de deux ans. Nous avons tenu à ce que chacun dispose ainsi de la matière pour se faire sa propre opinion.