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Une interco francilienne développe un bioplastique… vendu en Belgique

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Une interco francilienne développe un bioplastique… vendu en Belgique
Par Laurence Madoui, le 13 juin 2019
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Bio-sourcé et biodégradable, le plastique issu du miscanthus fait l’objet d’un brevet, cofinancé et codétenu par une intercommunalité de Seine-et-Marne. A partir de 2009, la graminée rhizomateuse, cultivée sans pesticides ni engrais sur des terres en jachère, est d’abord exploitée pour des usages locaux (paillage, litière, biocombustible). En parallèle murit le projet d’un plastique 100 % végétal, qui vient de trouver son premier client. Reste à boucler le financement de la ligne de production.
 
C’est la Belgique qui ouvre la voie au polymère biodégradable issu du miscanthus conçu par Polybiom, codétenue par la société d’économie mixte de la communauté de communes Moret-Seine-et-Loing (Seine-et-Marne, 23 communes, 40 000 hab.). Avec l’appui de la région wallonne, la société créée en 2017 y passe avec succès, en avril 2019, les tests préalables à la mise sur le marché. « La démarche auprès du Centre scientifique et technique de la construction belge a pris trois mois, pour un coût de 30 000 euros subventionné à 80 %, relate Olivier Suty, directeur du cabinet du président de l’intercommunalité depuis 2008. En France, il faut compter deux mois pour décrocher un rendez-vous auprès du Centre scientifique et technique du bâtiment et deux ans pour qu’aboutisse la procédure, pour un coût de 60 000 euros », compare celui qui porte le projet depuis une dizaine d’années.
 
1,5 million pour passer au stade industriel

En janvier 2019, est signé le premier contrat avec la société belge ADM, pour la livraison de 6 t/mois sur cinq ans de Polymisc, voué à la fabrication de cercueils par l’usine marocaine de Polyglobe, qui jusqu’alors travaille le bois. « Les religions juive et musulmane prescrivent le retour à la terre du corps et les réglementations d’hygiène ne permettent plus l’enterrement en linceul, explique Olivier Suty. Selon le terrain et la pluviométrie, le Polymisc – fourni sous une forme proche de la bakélite - assure une désintégration biologique en plus ou moins trois semaines. » Le produit sera commercialisé au Maghreb, en Allemagne, en Belgique et au Canada. Honorer la première commande requiert encore de mobiliser 1,5 million d’euros pour la chaîne de fabrication. L’unité pilote sort actuellement 3 t/an de bioplastique servant aux tests chez les clients.
Polybiom négocie en outre avec un autre acteur belge, Polyworks, pour la fourniture de coques intérieures d’ambulances et de caisses servant au transport aérien de matériels de l’armée.
 
Un extraterrestre sur un marché de niche

Le projet s’est mené pas à pas et dans la discrétion. Pas question que le brevet, déposé en 2015 et codétenu par l’intercommunalité (51 %), une société d’agriculteurs cultivant le miscanthus (25 %) et l’université de Picardie Jules-Verne (24 %) – mandatée pour un programme de recherche en 2011 –, soit racheté par un plasturgiste ou un chimiste. L’intérêt d’un constructeur automobile français pour la fabrication de tableaux de bord en Polymisc reste sans suite. « On manque de moyens pour répondre à une telle demande et on tient à ce que l’outil de production reste sur le territoire. » Sont donc en priorité visés les marchés de niche : filaire pour imprimante 3D, panneaux de particules, meubles en kit, présentoirs.
Représenter une interco qui finance de la recherche, fait émerger des produits et en assume la commercialisation s’apparente à une mission d’« extraterrestre », selon Olivier Suty. « Le tribunal de commerce a mis six mois à immatriculer Polybiom, finalement codifiée comme bureau d’ingénierie – ce qu’elle n’est pas ! » L’alien envisage un premier marché de masse : dans sa version souple, le polymisc peut fournir un emballage pour hamburgers, recyclable dans la même application.
 
© DR
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