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[Tribune] La numérisation au service d’une meilleure gestion de l’eau

[Tribune] La numérisation au service d’une meilleure gestion de l’eau
Charles-Alexandre Concedieu, responsable des Ventes France à Itron. Crédits : Itron
Par Charles-Alexandre Concedieu, le 5 juillet 2021.
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Avec une moyenne de perte en eau de 3 % inférieure à celle européenne fixée en 2020 à 23 %, la France se positionne en cinquième position du classement des pays les plus vertueux en la matière. Charles-Alexandre Concedieu, responsable des Ventes France à Itron, revient dans cette tribune sur les principales problématiques qui se posent à la gestion de l’eau (rénovation du réseau, fuites, compteurs défectueux...) et les solutions à disposition des collectivités.

L’eau est notre bien commun le plus précieux. Alors que les besoins ne cessent d’augmenter, la pollution, les défauts d’infrastructures et l’assèchement progressif des nappes phréatiques impactent directement la qualité, la disponibilité et l’approvisionnement de l’eau.

Dès lors, dans ce contexte de pénurie aux potentielles conséquences sanitaires, environnementales, économiques et sociales, les pertes lors de l’acheminement de la ressource deviennent le principal problème à résoudre avant d’envisager le futur plus sereinement.

Hausse des pertes en eau : le paradoxe français

Rappelons que la consommation d’eau a été multipliée par 6 au XXe siècle, épousant ainsi la courbe exponentielle de la population mondiale. Malgré des ressources encore abondantes, la France, marquée chaque année par une succession d’épisodes caniculaires de plus en plus intenses, n’échappe pas aux effets délétères du dérèglement climatique. Désormais répertoriée comme semi-aride, la zone Méditerranée, occupant aujourd’hui 15% du territoire, devrait connaître une extension spectaculaire jusqu’à en couvrir 50% à l’horizon 2070.

Avec une moyenne de perte en eau de 3% inférieure à celle européenne fixée en 2020 à 23%, la France pointe en cinquième position du classement des pays les plus vertueux en la matière. Un résultat encourageant que l’on peut mettre au crédit de Français de plus en plus concernés par le contrôle de leur consommation domestique.

Ces bons chiffres cachent néanmoins une situation paradoxale : la baisse de la consommation domestique s’accompagne d’une hausse des pertes physiques et financières. Ces dernières ont des causes diverses : fuites durant l’acheminement (canalisations vétustes ou défaillantes), dans les réservoirs, vols d’eau, parc de compteurs vieillissant ou erreurs de relève induisant une facturation erronée, ou encore des problèmes de pression.

Les collectivités face aux défis de gestion de l’eau

La distribution d’eau et l’assainissement des eaux usées faisant partie du champ de compétences des élus locaux, la réglementation française leur impose de mettre en œuvre les solutions adéquates pour réduire les pertes d’eau et gérer les fuites. Pour parvenir à un meilleur partage de l’eau sur chaque commune, le Grenelle de l’environnement a instauré en 2012 un décret « fuites » garantissant un rendement minimal de 85% de distribution d’eau sans pertes.

Pour respecter cet objectif, le dispositif impose une obligation de résultat, soutenue par des aides financières permettant de réaliser les travaux de protection et de production des ressources, de réduction des fuites et de rénovation du réseau de distribution. Même si ce décret a permis aux collectivités de mieux connaître leurs réseaux de distribution d’eau, des progrès restent à faire : 18 % des services cherchent encore à atteindre cet objectif.

S’il est entendu que la vétusté des canalisations ne fait aucun doute, leur rénovation représente en revanche une solution de long terme très coûteuse qui ne répond pas efficacement à l’urgence de la situation. Solution onéreuse également pour les consommateurs qui devront eux aussi en supporter la charge. Au-delà du remplacement des canalisations, le stress hydrique, autrement dit l’affaiblissement du volume et de la qualité des sources dû au changement climatique, représente un paramètre non négligeable menant vers une augmentation de la tarification.

Digitalisation et comptage pour endiguer les pertes

Afin d’anticiper rapidement les conséquences d’une situation d’ores et déjà sous tension, une série de solutions à la fois plus économiques et écologiques existent. Chaque commune a la possibilité d’améliorer directement son réseau de distribution d’eau et de réduire les pertes en élargissant la digitalisation de sa communauté et en améliorant le comptage grâce à l’installation de nouveaux compteurs intelligents permettant des relevés à distance. Plus fiables et performants, ces derniers corrigent les erreurs de facturation, pénalisantes pour les revenus de la collectivité, liées aux compteurs vieillissants.

Ces économies substantielles réalisées pouvant ainsi être réinvesties dans les opérations de recherche de fuite. Pour encourager les collectivités à s’engager pleinement dans cette démarche, les Agences de l’Eau proposent en outre de financer des diagnostics.

L’adaptabilité des usages doit lui aussi constituer un point de vigilance : des changements d’activité – dans les commerces notamment – peuvent induire des modifications de consommation, et donc de pression. L’amélioration du réseau nécessitant une analyse au plus juste, il convient non seulement d’utiliser la bonne technologie de comptage en fonction de l’usage, mais surtout de s’assurer que le modèle choisi est bien dimensionné.

Convaincus par ces solutions innovantes, de nombreux élus locaux se sont d’ores et déjà engagés sur la voie d’une production et d’une distribution de plus en plus équitables pour les abonnés. Mesure économiquement pérenne et écologiquement vertueuse, le renouvellement du parc de compteurs et les solutions de digitalisation associées représentent à ce titre un investissement gagnant-gagnant tant pour les élus locaux que pour leurs administrés.

Grâce à ces nouveaux outils technologiques, les Services de l’Eau améliorent sensiblement leur efficacité opérationnelle face aux fuites et la facturation gagne en précision et en transparence dans le strict respect de l’espace privé. Tarification solidaire ou graduelle incitant à l’économie, maîtrise des pertes et des fuites, construction de stations d’épuration… Toutes ces actions concrètes rendues possibles par les bons choix stratégiques et politiques tendent vers un même objectif : offrir aux Français un meilleur partage de l’eau.
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