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[Tribune] Eau de pluie, énergie perdue : le paradoxe des ombrières photovoltaïques

LA RÉDACTION, LE 23 SEPTEMBRE 2026
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[Tribune] Eau de pluie, énergie perdue : le paradoxe des ombrières photovoltaïques
©Marc Sengelin, directeur développement et innovation, Rikutec France - Rikutec
Cet été restera comme une succession inédite de canicules et de sécheresses. D’après le service VigiEau du gouvernement, plus de quatre-vingt-dix départements avaient pris des arrêtés de restriction fin juillet, tandis que les incendies des Landes et de la Gironde rappelaient combien trouver de l’eau pour circonscrire un feu peut devenir un problème. Pourtant, les moyens mis en place pour préserver cette ressource restent limités. Un exemple : l’eau qui tombe sur nos parkings continue de s’écouler dans les canalisations et de disparaître, alors qu’elle pourrait servir. Pourquoi est-il si difficile de la récupérer, quand nous avons su le faire pour le soleil ? Une tribune de Marc Sengelin, directeur développement et innovation, Rikutec France. 

Depuis la loi APER de mars 2023, couvrir un parking de plus de 1 500 m² d’ombrières photovoltaïques n’est plus un choix, c’est une obligation. Nous avons décidé que le soleil qui frappe un parking était une ressource à fructifier. Mais pour l’eau qui tombe sur ces mêmes surfaces ? La loi Climat et résilience impose de gérer les eaux pluviales des grands parkings depuis 2021, mais seulement pour les infiltrer ou les évacuer jamais pour les récupérer. Le législateur est revenu sur ce texte en novembre 2025 sans y ajouter une ligne sur l’eau. Le plus frappant : l’eau qui descend d’une ombrière, surface non foulée, est aussi propre que celle d’une toiture. Un gisement exploitable, que nous renvoyons au réseau.

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Pourquoi la pluie reste au bord du chemin

Pourquoi la pluie reste-t-elle au bord du chemin quand le solaire s’est imposé en une décennie ? Pas la technologie : nous savons filtrer et remettre en service une eau de pluie depuis longtemps. D’abord, un manque d’information : une étude ATEP/Infopro Digital Études menée à l’automne 2025 auprès de 223 élus et agents de collectivités et de 1 000 Français montre que 45 % des collectivités manquent d’appui et 28 % des Français de connaissances sur les solutions existantes. Ensuite, le modèle économique de l’eau : le service se finance au volume, mais ce qui est capté sur place, personne ne le mesure. Enfin, l’incitation ne suffit pas : on incite à équiper le neuf, on n’oblige à rien.

Une convergence à portée de main

Le plus absurde : il ne manque presque rien pour réconcilier les deux. Depuis le 1er septembre 2024, un arrêté reconnaît explicitement les ombrières équipées d’un dispositif de collecte comme surfaces éligibles à la récupération d’eau de pluie. Sur une maison, 25 m² de toiture représentent environ un mètre cube à stocker, de quoi couvrir une à deux semaines de besoins. Rapportée à un parking de supermarché ou d’école, cela représente plusieurs centaines de mètres cubes récupérables chaque année, pour des usages largement autorisés : sanitaires, refroidissement industriel, arrosage, nettoyage de voirie, écoles maternelles, Ehpad. Cette eau échappe aux restrictions préfectorales, juridiquement distincte de celle du réseau. Cet été l’a montré : une réserve chez soi peut servir d’appoint pour protéger un mur ou ravitailler des pompiers, avec une cuve à double fonction, pensée pour rester disponible même après deux mois sans pluie.


De l’incitation à l’obligation 

Alors que faire ? D’abord, passer de l’incitation à l’obligation, pour le neuf, les ombrières et tout projet qui imperméabilise une surface : la seule voie pour équiper le pays, comme pour le photovoltaïque. Ensuite, repenser le modèle comme pour l’électricité produite chez soi, pour récompenser celui qui capte et valorise l’eau plutôt que celui qui la laisse partir. Récupérer l’eau ne perturbe pas le cycle naturel : contrairement à l’évacuation vers la station d’épuration, la capter pour arroser un jardin, c’est la laisser s’infiltrer là où elle est tombée. Dans dix ans, récupérer l’eau de pluie devra être aussi évident que produire son électricité. L’eau était là, sur nos toitures et nos ombrières. Nous avons choisi de la regarder partir. Il est temps de la retenir.


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