Au lendemain des élections municipales et à quelques mois de la présidentielle, le CGLE entend accompagner les nouveaux élus et interpeller les candidats sur leurs engagements. « Nous allons devoir faire de la pédagogie auprès des nouveaux élus, les sensibiliser et les former, mais aussi interpeller les candidats à la présidentielle », explique Christophe Jurado, directeur du salon organisé par idealCO. Thierry Burlot, président du Cercle français de l’eau, partage ce constat : « L’eau n’est plus un sujet technique, c’est un sujet politique ». Le Cercle présentera notamment les travaux menés avec plusieurs partenaires, dont les Canalisateurs.
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Entre réseaux à renouveler et nouvelles exigences de la DERU 2, la facture de l’eau s’alourdit et place les collectivités face à un arbitrage crucial. « On va devoir dépenser, mais où dépense-t-on en premier et avec quels moyens ? C’est la question que vont se poser les élus », résume Christophe Jurado. La plénière principale, portée par l’agence de l’eau Loire-Bretagne, sera consacrée à ces choix, entre répartition de l’effort entre l’amont et l’aval, harmonisation des tarifs à l’échelle intercommunale et financement des travaux.
« En France, on a un litre sur cinq qui n’arrive pas au robinet », rappelle le directeur du salon, évoquant les pertes des réseaux. S’y ajoutent les investissements liés à la DERU 2, estimés à plus de 10 milliards d’euros par une étude du Synteau. Le prix de l’eau est un levier possible, mais il ne suffira pas. Subventions, prêts de longue durée de la Banque des Territoires et financements européens devront aussi être mobilisés.
Quatre thématiques pour mieux organiser les parcours
Face à la densité du programme, idealCO a réorganisé l’offre avec ses partenaires, dont près de 200 ont participé aux réunions de co-construction. L’objectif est de rendre le salon plus lisible pour les visiteurs. « Où va-t-on quand on est visiteur ? », résume Christophe Jurado. Le programme s’articulera désormais autour de quatre parcours thématiques.
Le premier parcours, consacré à la gouvernance et à la gestion des territoires, s’adresse d’abord aux élus. Il réunira des conférences sur le droit, les finances et les achats, sur le lien entre science et décision publique, sur l’emploi et la formation, ainsi que sur les enjeux propres aux territoires hexagonaux, ultramarins et internationaux.
Le deuxième couvre la technique, les travaux et l’exploitation : micropolluants, gestion patrimoniale, métrologie, collecte et traitement des eaux usées, production et distribution d’eau potable. Proposé par la FNCCR, il associera les acteurs de la maîtrise d’ouvrage pour favoriser les retours d’expérience. Les réseaux, les canalisations et les travaux y seront représentés, notamment par le parcours des Canalisateurs.
Le troisième aborde le cycle de l’eau dans son ensemble. « L’idée d’un seul cycle de l’eau, et non plus d’une opposition entre petit cycle et grand cycle, a fait son chemin », souligne Christophe Jurado. Qualité de l’eau, préservation des ressources, eaux pluviales, prévention des inondations, urbanisme, mer et littoral : tous les sujets seront abordés, avec une attention portée aux interdépendances entre eau potable, assainissement, agriculture, industrie et milieux naturels. L’enjeu est aussi d’organiser les coopérations nécessaires pour concilier les usages et préserver la ressource. Cette vision globale se retrouve dans la nouvelle signature du salon, élaborée avec l’agence de l’eau et la région Bretagne : De la source à la mer et de la mer à la source.
Le quatrième est dédié à l’adaptation au changement climatique. « L’objectif est de mieux mettre en évidence les réponses à apporter aux effets du changement climatique, qu’il s’agisse de gestion de l’eau ou d’aménagement », souligne le responsable.
Du diagnostic à la performance des services
Plusieurs conférences porteront sur l’amélioration de la connaissance et de la gestion des infrastructures. L’ASTEE proposera un éclairage sur le diagnostic permanent, qui permet de mieux comprendre le fonctionnement des réseaux, d’adapter leur exploitation et d’anticiper les défaillances. La désimperméabilisation des villes figurera aussi au programme, dans le prolongement de la loi Climat et Résilience. Elle interroge le modèle du « tout-tuyau » au profit d’une gestion plus intégrée des eaux pluviales.
Autre évolution, la place croissante accordée à la performance des services. La refonte des redevances a fait ressortir trois dimensions : performance opérationnelle et financière, performance environnementale et sociétale, performance perçue par les usagers et acceptabilité des services. Les systèmes de collecte et les stations d’épuration doivent désormais déclarer leurs performances et respecter des niveaux définis, ce qui renforce les besoins de suivi, de mesure et de pilotage. Calia Conseil, spécialiste de la gestion publique, abordera pour sa part les stratégies patrimoniales de renouvellement des conduites : quels tronçons traiter en priorité, et à quel moment ? L’enjeu est de disposer d’outils d’aide à la décision pour cibler les interventions selon l’état des réseaux et les moyens disponibles.
Un hall pour l’IA et la data : le numérique prend ses quartiers
L’intelligence artificielle, la donnée et les outils numériques constituent un autre axe fort. « Pour faire face à ce mur d’investissement, il faudra peut-être faire mieux avec moins », résume Christophe Jurado. Or la sobriété réduit les consommations, donc les recettes, et peut fragiliser l’équilibre économique des services. L’optimisation des moyens devient essentielle.
Pour donner de la visibilité à ces solutions, le salon prévoit un hall de 2 000 m² dédié au numérique, avec plus de 30 entreprises exposantes, des tables rondes et des présentations de services. La gestion patrimoniale y tiendra une place importante : des doctorants, en lien avec le Cerema, y présenteront des solutions développées par des entreprises. Le Génie civil de l’eau et de l’environnement (GCEE), syndicat membre de l’UIE, dévoilera un nouvel outil gratuit de gestion patrimoniale, particulièrement utile aux collectivités sans les moyens d’investir dans des solutions spécialisées.
Capteurs et systèmes de suivi, enfin, permettent de détecter les fuites, d’apprécier l’état des infrastructures, d’orienter les interventions et de mesurer la qualité de l’eau en temps réel. Le pôle métrologie les présentera, avec un espace de démonstration animé par Arnaud Héteau via monreseau.fr. L’IA et la data ouvrent aussi des perspectives pour la prévision des inondations. Le programme abordera également la modélisation prédictive et l’analyse d’images, qui peuvent aider à hiérarchiser les travaux, à anticiper les défaillances et à optimiser la maintenance. L’objectif est de mieux exploiter les données disponibles pour cibler les investissements et préserver la ressource.
Incubateur à projets pour les collectivités
Cette réorganisation traduit une ambition plus large : faire du Carrefour un espace où professionnels et collectivités font avancer leurs projets, et pas seulement un lieu d’information. « Depuis 40 ans, nous présentons des retours d’expérience. Nous créons du lien, nous favorisons l’entraide », rappelle Christophe Jurado.
idealCO mobilise pour cela les communautés professionnelles qu’il anime toute l’année et les outils d’intelligence artificielle de sa plateforme, afin de rapprocher les personnes confrontées aux mêmes difficultés. Il s’agit de les faire travailler sur des questions opérationnelles précises, comme l’intégration de la gestion des eaux pluviales dans un plan local d’urbanisme (PLU). L’organisateur estime pouvoir réunir une cinquantaine de personnes autour d’une même problématique, puis les faire échanger dans des cercles d’entraide. 15 cercles seront mobilisés pendant le salon, notamment sur l’IA et les eaux pluviales. Testé à Dijon auprès d’environ 2 000 visiteurs, le dispositif devrait changer d’échelle à Rennes. « Plus on aura d’inscrits, plus on a de chances de réunir des personnes qui travaillent sur les mêmes sujets », souligne Christophe Jurado.
Un fil conducteur a été arrêté avec la région et l’agence de l’eau pour les trois prochaines années : « Nous voulons que le Carrefour de l’Eau soit un véritable incubateur à projets, explique Christophe Jurado. Un élu arrive avec une mission, il trouve des réponses, crée des contacts et rencontre les bonnes personnes au bon moment et au bon endroit ».
Partager les connaissances pour mieux décider
L’enjeu est d’autant plus fort que de nouveaux élus devront s’approprier des sujets complexes, parfois sans expérience en eau et assainissement. « Pour mieux décider, on a besoin de connaissances, mais surtout qu’elles soient partagées et accessibles », explique Christophe Jurado qui plaide également pour une « pédagogie de la complexité », selon l’analyse de Claude Miqueu, expert de haut niveau et membre du Comité national de l’eau. L’agence de l’eau insiste de son côté sur l’association de la communauté scientifique, face au changement climatique, aux controverses et à la désinformation.
Ancré en Bretagne, l’événement rayonne déjà au-delà des frontières, avec près de 80 exposants internationaux annoncés. En rapprochant science, décision publique et retours d’expérience, le CGLE entend donner aux collectivités les moyens de mieux arbitrer et de concrétiser leurs projets.
Préparer sa visite
Pour organiser la visite, idealCO prévoit une application enrichie et des outils de mise en relation, ainsi qu’une présence accrue des institutions publiques, dont le BRGM et les organismes bretons de l’eau, sans rompre l’équilibre avec les entreprises privées.
Les quatre parcours (gouvernance, technique et travaux, cycle de l’eau, adaptation climatique) doivent permettre à chaque visiteur d’identifier rapidement les contenus utiles. L’application du salon sera améliorée : les participants pourront planifier leurs rendez-vous avec les exposants et contacter d’autres professionnels, sous réserve de leur accord.
Ancré en Bretagne, l’événement rayonne déjà au-delà des frontières, avec près de 80 exposants internationaux annoncés.
Pour organiser la visite, idealCO prévoit une application enrichie et des outils de mise en relation, ainsi qu’une présence accrue des institutions publiques, dont le BRGM et les organismes bretons de l’eau, sans rompre l’équilibre avec les entreprises privées.
Les quatre parcours (gouvernance, technique et travaux, cycle de l’eau, adaptation climatique) doivent permettre à chaque visiteur d’identifier rapidement les contenus utiles. L’application du salon sera améliorée : les participants pourront planifier leurs rendez-vous avec les exposants et contacter d’autres professionnels, sous réserve de leur accord.
Ancré en Bretagne, l’événement rayonne déjà au-delà des frontières, avec près de 80 exposants internationaux annoncés.
Partage de l’eau : organiser le dialogue avant les tensions
La raréfaction de l’eau et la multiplication des inondations accentuent les tensions autour du partage de la ressource. « Nous disposons déjà d’instances de concertation, notamment les comités de bassin, où les différents usagers sont censés pouvoir dialoguer », rappelle Christophe Jurado. Les commissions locales de l’eau (CLE) et les schémas d’aménagement et de gestion des eaux (SAGE) y contribuent, malgré une couverture inégale des territoires. « Même si je n’aime pas parler de "guerre de l’eau", poursuit-il, on ne peut ignorer le risque de tensions entre les usages. » Pour les prévenir, la concertation doit reposer sur une connaissance partagée des ressources et des besoins.
Le CRESEB, organisme de recherche lié à la région Bretagne, proposera une réflexion sur les retenues d’eau, sujet sensible depuis les controverses autour des mégabassines. Il s’agit d’évaluer scientifiquement les besoins de l’industrie, de l’agriculture et des usages domestiques au regard des ressources disponibles. Christophe Jurado souligne aussi la portée du modèle français de gouvernance, reconnu à l’international, notamment à travers le Réseau international des organismes de bassin (RIOB).
Côté qualité, les connaissances sur les micropolluants progressent. « Plus on cherche, plus on trouve », résume le directeur. Il ne suffit plus de détecter davantage de substances : il faut aussi comprendre leur devenir dans l’environnement. Les PFAS illustrent la difficulté. Les techniques de traitement progressent, mais elles peuvent coûter cher sans résoudre la question des produits de dégradation. « D’où l’importance de mieux identifier les sources de pollution et d’agir en amont », lance le responsable.
La raréfaction de l’eau et la multiplication des inondations accentuent les tensions autour du partage de la ressource. « Nous disposons déjà d’instances de concertation, notamment les comités de bassin, où les différents usagers sont censés pouvoir dialoguer », rappelle Christophe Jurado. Les commissions locales de l’eau (CLE) et les schémas d’aménagement et de gestion des eaux (SAGE) y contribuent, malgré une couverture inégale des territoires. « Même si je n’aime pas parler de "guerre de l’eau", poursuit-il, on ne peut ignorer le risque de tensions entre les usages. » Pour les prévenir, la concertation doit reposer sur une connaissance partagée des ressources et des besoins.
Le CRESEB, organisme de recherche lié à la région Bretagne, proposera une réflexion sur les retenues d’eau, sujet sensible depuis les controverses autour des mégabassines. Il s’agit d’évaluer scientifiquement les besoins de l’industrie, de l’agriculture et des usages domestiques au regard des ressources disponibles. Christophe Jurado souligne aussi la portée du modèle français de gouvernance, reconnu à l’international, notamment à travers le Réseau international des organismes de bassin (RIOB).
Côté qualité, les connaissances sur les micropolluants progressent. « Plus on cherche, plus on trouve », résume le directeur. Il ne suffit plus de détecter davantage de substances : il faut aussi comprendre leur devenir dans l’environnement. Les PFAS illustrent la difficulté. Les techniques de traitement progressent, mais elles peuvent coûter cher sans résoudre la question des produits de dégradation. « D’où l’importance de mieux identifier les sources de pollution et d’agir en amont », lance le responsable.