Construire un bureau à énergie positive demande d'être parti culièrement exigeant et attentif, de la conception à la livraison. Objectif : éviter ou surmonter les inévitables embûches techniques, juridiques ou organisationnelles qui ne manqueront pas de surgir. Premier obstacle : le financement. Les maîtres d'ouvrage publics ou privés qui construisent pour leur propre usage peuvent solliciter, en plus des financements clas siques, les subventions que les Régions et l'Ademe proposent dans le cadre des appels à pro jets du programme national de recherche Prebat. Ils peuvent également recourir au tiers finan cement, à l'image de la commu nauté urbaine de Bordeaux (CUB) pour son nouvel immeuble admi nistratif livré en avril 2013 dans le quartier de Meriadeck. « Nous avons conclu un partenariat public-privé sous la forme d'un bail emphytéotique administratif (BEA) avec le promoteur Somifa, filiale de Fayat. Nous leur versons un loyer annuel de 3 millions d'euros dont sont retranchées les recettes liées à la production photovoltaïque », explique Michèle Iste, vice-présidente chargée des moyens généraux.
Le choix de la maîtrise d'œuvre puis des entreprises exécutantes est un autre point fondamental. « Le cahier des charges s'avère plus dense pour ce type de bâtiments. En matière de sélection et de formation, il faut être plus exigeant que pour un bâtiment classique », estime Guillaume Parisot, directeur innovation de Bouygues Immo bilier. « Qu'on les forme en interne ou qu'on les trouve chez un prestataire, pas de Bepos sans compétences ! On peut de moins en moins se passer d'entreprises formées, notamment pour la pose des systèmes d'énergie renouvelable », insiste Patrick Nossent, président de l'organisme certi ficateur Certivea. Le suivi des modules de formation Feebat et une mention Reconnu garant de l'environnement (RGE : qua libat, Qualit'Enr…) sont deve nus un minimum. Dès juillet, tout particulier demandant une aide financière de l'État pour ses travaux d'économies d'énergie devra faire appel à une entreprise ou à un artisan RGE. Un système d'écoconditionnalité qui concer nera également en janvier 2015 les prestations d'ingénierie, sou vent subventionnées par l'Ademe et les Régions. Pour le gérant du bureau d'études Terao, Michel Raoust, le manque de formation ne constitue cependant plus un véritable obstacle. « On trouve désormais des professionnels suffisamment aguerris. Mais pas forcément au sein de la première entreprise du coin ! Il ne faut pas raisonner “moins-disant”, mais demander des références, aller visiter des chantiers, réclamer un plan d'assurance environnement détaillant les façons de procéder, les techniques mises en œuvre… », conseille le vice-président de l'Institut pour la conception écoresponsable du bâti (Iceb). Comme en matière de conception, une coopération étroite entre les différents inter venants s'impose. Il faut ainsi particulièrement veiller à l'inter face entre corps de métiers, notamment sur des points cru ciaux comme l'étanchéité d'une toiture solaire ou celle à l'air de l'enveloppe.
De bonnes habitudes que chacun doit d'ores et déjà prendre depuis l'arrivée de la réglementation thermique 2012 : rédaction plus détaillée et plus soignée des clauses techniques du marché (CCTP), tests d'in filtrométrie intermédiaires… « Nous veillons aussi à la bonne exécution des travaux en organisant des contrôles de mise en œuvre ponctuels sur nos chantiers », ajoute Olivier Raoux, directeur général adjoint du promoteur PRD Office. De nou velles techniques peuvent aussi être source de désa gréments. « L'installation d'un système de récupération d'énergie sur les eaux usées nous a obligés à couper la route pour accéder au réseau d'assainissement. Ce qui a provoqué des plaintes de riverains », se souvient Stéphane Peyrichou, directeur bâtiments et moyens à la CUB. Les soucis peuvent aussi survenir après la livraison. « La cogénération à l'huile végétale nous revient cher, avec une consommation importante et un circuit d'approvisionnement compliqué. Une cogénération au gaz aurait été sans doute plus appropriée. Nous avons longtemps hésité, mais préféré l'huile végétale pour faire fonctionner ce bâ timent laboratoire sans énergie fossile », explique Emmanuelle Meunier, responsable commerciale Rhône-Alpes de Quadriplus Groupe, maître d'ouvrage du Woopa, un bâtiment à énergie positive à Vaulx-en-Velin, vitrine de l'innovation technologique et de l'économie sociale et soli daire. Première mairie Bepos de France, le nouvel hôtel de ville de Guewenheim (68) a aussi réservé quelques surprises à ses utilisa teurs (lire encadré)…
Si on oubliait que la finalité d'un bâtiment est d'apporter du confort à ses occupants, on pourrait accuser ces derniers de constituer le dernier obstacle à l'énergie positive. Ils doivent être au contraire les premiers alliés du propriétaire et de l'exploi tant pour tendre vers la perfor mance énergétique maximale. Impliquer les futurs utilisateurs dès la conception de l'ouvrage évite ainsi bien des déboires par la suite. Dans le cas contraire, « il faut anticiper le fait que le comportement des occupants n'est pas normé et leur laisser des marges de manœuvre en espérant, raisonnablement, qu'ils progressent », raisonne Patrick Nossent, chez Certivea.