Car décarboner, ce n’est pas seulement changer de motorisation. C’est d’abord mesurer. Et c’est là que le bât blesse pour une grande majorité de PME : le pilotage d’une flotte de quelques dizaines de véhicules repose encore, dans bien des entreprises, sur un tableur mis à jour à la main, des carnets de bord approximatifs, ou de la mémoire collective. Résultat : personne ne sait précisément quel est le kilométrage réel de chaque véhicule, son taux d’immobilisation, ni son coût complet, carburant, entretien, assurance, amortissement confondus.
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La première est la mesure de l’empreinte carbone elle-même. Un bilan GES fiable suppose de connaître les kilomètres réellement parcourus par chaque véhicule, pas une estimation moyenne extrapolée sur l’ensemble du parc. Sur une flotte hétérogène, où certains véhicules roulent dix fois plus que d’autres, l’écart entre l’estimation et la réalité peut fausser tout le diagnostic (et donc la priorisation des actions). La deuxième est l’arbitrage vers l’électrique. Remplacer un véhicule thermique par un véhicule électrique n’a de sens que si son usage réel est compatible avec l’autonomie disponible et les contraintes de recharge. Sans données sur les trajets effectifs (distances, fréquence, zones parcourues) la décision se prend au doigt mouillé, avec un risque réel de sous-dimensionner la solution ou de l’imposer à des usages qui ne s’y prêtent pas, ce qui alimente en retour la méfiance envers l’électrique.
La troisième, moins évidente mais tout aussi déterminante, est la réduction du parc. Une part significative des flottes de PME est surdimensionnée : des véhicules sous-utilisés, immobilisés une grande partie du temps, continuent à peser sur l’empreinte carbone et le budget sans justification d’usage. Réduire une flotte de 10 à 15 % en supprimant les véhicules les moins utilisés est souvent le levier de décarbonation le plus rapide et le moins coûteux à activer (encore faut-il pouvoir identifier ces véhicules, ce qui suppose de connaître leur taux réel d’utilisation).
Cette dépendance à la donnée d’exploitation explique pourquoi tant de PME repoussent leur transition : non par manque de volonté, mais parce que la première marche (savoir ce qui se passe réellement sur le terrain) n’est pas franchie. Les grands comptes ont depuis longtemps digitalisé le suivi de leurs flottes ; les structures plus petites, elles, arbitrent encore sans visibilité fiable, ce qui les pousse à différer une décision qu’elles savent pourtant nécessaire.
La bonne nouvelle est que combler ce manque ne suppose pas de refondre l’organisation. Il existe aujourd’hui des outils de gestion de flotte suffisamment légers pour être déployés par une PME sans service dédié, qui centralisent réservations, contrats et suivi kilométrique et transforment des données éparses en indicateurs exploitables. La décarbonation d’une flotte ne commence donc pas par le choix d’une motorisation. Elle commence par la capacité à répondre, avec des chiffres, à une question simple : comment ma flotte est-elle utilisée aujourd’hui ?