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Climat : le « scénario du pire » gagne en gravité, selon les dernières modélisations françaises

Climat : le « scénario du pire » gagne en gravité, selon les dernières modélisations françaises
Par Laurence Madoui, le 18 septembre 2019.
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Le réchauffement se poursuivra au moins jusqu’en 2040, affirment les chercheurs de l’Institut Pierre-Simon Laplace et de Météo France. Une croissance rapide basée sur les énergies fossiles augmenterait la température moyenne à l’échelle du globe de 6 à 7°C à la fin du siècle par rapport à 1900, soit un degré de plus que ce qu’envisageaient les scientifiques français en 2012. Ces travaux alimenteront le 6ème rapport du GIEC, attendu en 2021.

« Il faudra s’adapter aux canicules », prévient Olivier Boucher, directeur adjoint de l’Institut Pierre-Simon Laplace (IPSL). En termes de durée comme de pic de température, les vagues de chaleur vont s’intensifier en Europe de l’Ouest « au moins dans les deux décennies qui viennent, quel que soit le scénario considéré », selon la synthèse des dernières modélisations de l’IPSL et du Centre national de recherche météorologique (CNRM, Météo France/CNRS), publiée le 17 septembre. « Les décisions prises aujourd’hui auront un impact à partir de 2040. Sans politique climatique, le réchauffement se poursuivra bien au-delà de 2100 », poursuit le responsable du centre de modélisation du climat de l’IPSL.

La Garonne à sec en 2070

Dans le scénario le moins favorable, la température moyenne s’élèverait de 6 à 7°C d’ici 2100 par rapport à 1900 – à comparer au gain de 3 à 4 °C dû à la dernière déglaciation étalée sur 10.000 ans. Un été typique en Europe de l’Ouest dans les années 2050 ressemblerait à celui de 2003. « Les sécheresses seraient plus longues et étendues, la Garonne serait à sec plusieurs mois à partir de 2070, observe David Salas y Mélia, de Météo France. Les feux de forêt gagneraient des régions où ils sont rares aujourd’hui. Autour de la Méditerranée, les épisodes de pluie intense s’accentueraient mais, pour autant, les précipitations diminueraient globalement ».

En 2100, la banquise arctique disparaîtrait totalement en fin d’été et son épaisseur s’amenuiserait à quelques dizaines de centimètres (contre 1 à 2 mètres aujourd’hui) en fin d’hiver. « Dépourvue de glace l’hiver, la mer de Barents perdrait son caractère polaire », projette le chercheur climatologue. Même un scénario relativement volontariste1 verrait la banquise s’effacer l’été en 2060, selon l’IPSL.

2100 se joue en 2019

Un seul scénario permet de tenir l’objectif des 2°C en 2100, sans éviter un dépassement temporaire de ce seuil au cours du siècle. Cette trajectoire, fondée sur la sobriété énergétique, l’essor des renouvelables et la coopération internationale (transferts de solutions bas carbone), suppose l’adoption immédiate de mesures de réduction des émissions carbonées puis, à partir de 2100, la captation de CO2 (capture et stockage, croissance de la biomasse) à hauteur de 10 à 15 milliards de tonnes par an2. « La température moyenne de la planète à la fin du siècle dépend donc fortement des politiques climatiques qui seront mises en œuvre dès maintenant et tout au long du 21è siècle », souligne le dossier de presse.

Même passager, un détour au-dessus de la barre des 2°C amorcera un processus « qui ne permettra pas aux glaces et aux océans de revenir à la situation antérieure », avertit la climatologue Pascale Braconnot, directrice de recherche au CEA. « Dans cent ans, on se félicitera peut-être d’avoir contenu à 2°C le réchauffement. Mais la tendance lourde à la fonte de la calotte glaciaire se poursuivra sur des millénaires et les océans continueront à s’élever », renchérit David Salas y Mélia.


1 : neutralité carbone planétaire en 2080 suivie d’émissions négatives
2 : la fourchette basse correspondant aux émissions actuelles de la Chine
DR
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