L'objectif de 75 % de recyclage des emballages ménagers pour 2012 arrêté au Grenelle de l'environnement a fait l'effet d'une bombe dans le milieu du verre. Avec un taux actuel de recyclage de 60 %, pourtant l'un des meilleurs du secteur de l'emballage, la filière a cinq ans pour y parvenir. Un défi d'autant plus grand que la consommation nationale de verre neuf chute, notamment à cause d'un marché des alcools - et de la bière en particulier - à la diète. Et moins de consommation, c'est moins de verre dans les poubelles. Si pour l'instant les collectes affichent une tendance inverse (on n'a jamais autant collecté de verre usagé qu'en 2007), ces tonnages plafonnent en dépit du déploiement du parc de conteneurs, et sont de moins bonne qualité. « 75 % de recyclage en 2012 signifie passer de 2,1 à 2,4 millions de tonnes de calcin introduit dans les fours. Étant au taquet en teinte sombre, cela suppose de développer l'incorporation en four de teinte claire, donc de livrer les verriers avec un calcin clair, sans calcin foncé », expose Michel Gardes, président de la Chambre syndicale du verre.
Aussi les centres de préparation du calcin ont-ils décidé de s'équiper de lignes de démélange pour séparer teintes claires et teintes foncées. C'est le cas de la Samin à Rozet-Saint-Albin, près de Soissons (02), qui réceptionne les collectes sélectives de verre de toute l'Ile-de-France, soit 250 000 t/ an. Elle les prépare pour un client unique, Saint-Gobain-Emballage, à 10 km, qui fabrique du verre vert. Pour la Samin, le démélange est en test. La ligne, qui a nécessité un investissement de 3,5 millions d'euros - « qu'on amortira sans affecter le prix de reprise aux collectivités locales », assure-t-on - donne un taux de pureté de 99,5 %. « Satisfaisant, puisqu'un four clair tolère jusqu'à 12 % de calcin coloré », apprécie Richard Mailler, directeur programmation, logistique et recyclage chez Saint-Gobain Emballage. Mais à la Samin, c'est surtout avec la poudre de verre, le calcin de granulométrie inférieure à 10 mm, qu'on gagnera des points sur le taux de recyclage. Car jusqu'à présent, cette fraction trop fine était écartée des fours verriers. « Sur 250 000 tonnes entrantes, on valorisera 10 à 15 % de plus », estime la Samin. À l'échelle nationale, c'est déjà deux points de gagné. Pour cela, l'usine investit 3 millions d'euros, essentiellement pour du matériel de stockage.