Le conseil d'administration de la société agréée pour la valorisation des déchets d'emballages ménagers, qui redistribue l'argent perçu auprès des industriels emballant des produits neufs aux communes trieuses, avait alerté le ministère sur un "risque de pertes financières liées à des placements non sécurisés d'une partie de la trésorerie (...) dans des paradis fiscaux". Ces fonds s'élèvent, selon le Meeddat, à 60 millions d'euros, à rapporter aux 400 millions qu'Eco-Emballages lève annuellement, grosso modo, auprès des emballeurs au titre du point vert.
Le fait qu'une société agréée place une partie de l'argent qu'elle perçoit des producteurs n'est un secret pour personne, mais c'est l'emploi de ces fonds, "inacceptable au regard de la morale républicaine", qui choque Jean-Louis Borloo, "s'agissant de fonds publics" (en réalité pas publics pour un sou). Le ministre a donc convoqué une réunion de crise au sein d'Eco-Emballages, dont le conseil d'administration est présidé par l'ancien directeur général, Eric Guillon, réunion qui doit se tenir ce mercredi. Il a aussi demandé un rapatriement des fonds pour les orienter vers des placements sécurisés, ainsi qu'une "enquête approfondie" avant la commission consultative du 16 décembre.
Eco-Emballages, par la voix de Bernard Hérodin, son directeur général et ancien directeur financier, n'avait pas encore réagi ce mercredi matin, mais ses services ont communiqué les précisions suivantes : il s'agit de 55 millions d'euros, placés "auprès d'un organisme financier basé à Zurich et travaillant avec des banques européennes", donc "loin des paradis fiscaux" dénoncés. Lors d'un conseil d'administration du 21 avril dernier, décision a été prise de retirer ces fonds pour les orienter "vers des produits moins dynamiques, comme 80 % de nos placements". C'est donc un question de délai, d'après l'éco-organisme, surpris qu'il faille sept mois pour que l'intermédiaire zurichois s'exécute, mais reconnaissant bien que 20 % de ses placements étaient orientés vers autre chose que des "produits monétaires classiques de bon père de famille".
L'agrément dont bénéficie Eco-Emballages court jusqu'en 2010, mais il sera suspendu "faute d'une action exemplaire", prévient le Meeddat, qui souhaite par ailleurs renforcer le "contrôle par l'Etat du fonctionnement des éco-organismes" en y nommant des "censeurs". Le suivant s'accompagnera d'une révision du barème de contribution. Il y a fort à parier que sachant leur "percepteur" fortement bénéficiaire et peu regardant sur ses placements, les contributeurs (environ 10 000 marques) rechignent à payer davantage.GMLe communiqué du MeeddatLe site d'Eco-Emballages