Nettoyage automobile sans eau, installation d'éolienne domestique, covoiturage, conseil en développement durable, commerce équitable, distribution de produits bio... Jamais, en France, le climat n'aura été aussi favorable au développement des éco-entreprises. Et ce, malgré la crise économique. Pour autant, les candidats à la création d'activité « verte » doivent surmonter plus de difficultés que leurs homologues évoluant dans les secteurs traditionnels : « Les banques et les fonds d'investissements susceptibles d'apporter des fonds perçoivent les éco-activités comme plus risquées », explique Nicolas Blanc, du service économie de l'Ademe. En cause, un manque d'expertise et donc une difficulté « à apprécier ces nouvelles filières et leurs marchés potentiels dépendant de politiques publiques en évolution », poursuit l'économiste.
Exemples, la taxe carbone, les nouvelles contraintes issues des réglementations environnementales ou l'introduction de critères écoresponsables dans les marchés publics... « Les risques peuvent être fondés : en Espagne, la baisse brutale des tarifs de rachat de l'électricité photovoltaïque a eu un impact majeur sur la filière », souligne Nicolas Blanc. D'où la nécessité, comme l'explique Cédric Fontaine, fondateur d'Inovaren, une PME de six personnes spécialisée dans le recyclage de l'eau, de n'être « ni trop en avance, ni trop en retard : il y a quatre ans, la récupération de l'eau de pluie était plutôt mal vue. L'an dernier, le gouvernement a légiféré et les marchés vont exploser. Il faut arriver avec le bon produit au bon moment. Mais on n'est pas à l'abri d'un retour de bâton ». Surtout en cette période d'incertitude législative, à l'heure de l'examen du second volet de la loi sur le Grenelle de l'environnement. Si une bonne préparation du projet s'impose, pas besoin d'aller trop loin dans la définition du business plan : « Il faut aller voir les clients pour confronter la théorie à la réalité du marché », conseille Gérald Maradan, fondateur d'Eco-Act, une SAS de dix-neuf personnes. Cette règle l'a amené à recentrer un projet de conseil en développement durable, trop généraliste, vers la question du changement climatique à travers la réduction des émissions et la compensation carbone : « Nous avons senti que la dynamique était là et nous nous sommes laissé guider ». Bien sûr, l'entrepreneur en herbe doit se faire conseiller et les CCI et Oseo sont une porte d'entrée incontournable. Il lui faut ensuite partir à la pêche aux aides, subventions et autres prêts nécessaires à la constitution de fonds propres.
Intégrer un incubateur ou une pépinière d'entreprises offre, à moindre coût, tout l'environnement nécessaire au démarrage de l'activité (bureaux, téléphone, Internet...). Et parfois davantage. « L'incubateur public Agoranov, à Paris, nous a octroyé à deux reprises un prêt d'honneur de 15 000 €s et le réseau Entreprendre un prêt d'honneur de 30 000 €s, souligne Gérald Maradan. On ne rembourse que si le projet réussit. Ce sont les seules aides que nous avons obtenues pour commencer. Les banques se sont décidées quand nous n'en avions plus besoin ! » Pour sa part, Nicolas Durand, co-fondateur de Panosol, spécialisée dans l'installation de systèmes solaires thermiques et photovoltaïques, a notamment bénéficié d'un prêt à la création d'entreprise (PCE) d'Oseo. Et plus tard, une levée de fonds auprès du fonds Demeter Partners a permis au lauréat 2009 du prix de l'entrepreneur « Green Business » pour les régions Midi-Pyrénées et Aquitaine du magazine l'Entreprise de se développer au-delà de sa région d'origine.
La recherche de fonds demande du savoir-faire, surtout dans la tranche comprise entre 300 000 à 700 000 €s, c'est-à-dire au-delà des montants qu'il est possible de collecter auprès des collectivités et des business angels et en deçà du « ticket d'entrée des fonds d'investissement, qui préfèrent prendre des parts d'au moins 1 million d'euros. Une lacune qui pourrait être comblée par de nouveaux dispositifs de renforcement des fonds propres des PME proposés par le Fonds stratégique d'investissement », précise Nicolas Blanc. Conséquence : le plan de financement de projets intenses en capitaux, notamment les plus innovants qui demandent des efforts de R & D prolongés, devra être préparé avec beaucoup d'attention. « Mieux vaut venir accompagné », reprend Gérald Maradan, qui préconise de trouver un ou deux associés pour « augmenter les chances d'être écouté ». Mais aussi pour maintenir une indispensable émulation tout au long de l'aventure.