Accueillir des employés habituellement cravatés sur un chantier nature ne se fait pas en un jour. En moyenne, de deux à six mois de préparation sont nécessaires pour ne rien laisser au hasard. En premier lieu, il est important de choisir le bon moment pour ne pas faire chou blanc.
Côté entreprise, on préfère libérer les employés durant les beaux jours et le moins possible en semaine. Côté association, on rétorque que ce n'est pas la meilleure saison s'il s'agit de réaliser des plantations et que leurs propres membres, lorsqu'ils sont en situation d'insertion, préfèrent être mobilisés sur leur temps de travail dans la semaine. Le compromis consiste à couper la poire en deux en calant l'opération durant l'intersaison, par exemple en mars-avril ou septembre-octobre, et à cheval sur la fin de la semaine et le week-end, comme l'a fait dernièrement le comité d'organisation de l'imposante opération de nettoyage nature portée pour la douzième année consécutive par le groupe Leclerc. Ce comité souligne qu'en second lieu, c'est le choix du site qui est déterminant. Selon lui, « mieux vaut opter pour un lieu fréquenté pour que l'action touche davantage le public et les acteurs locaux ». À la tête de l'association d'insertion Espaces, qui est habituée à monter des journées de chantiers nature avec de grandes entreprises comme Renault ou Orange, Yann Fradin ajoute que « ce type d'opérations est l'occasion pour deux mondes que tout oppose de se rencontrer. Des salariés se retrouvent encadrés, le temps d'une mission commune, par nos écocantonniers en situation d'insertion. Dès lors, le choix d'un site proche de l'entreprise est pertinent, car on retisse du lien social sur un bout de territoire et dans un environnement dont nos employés en insertion ont une connaissance qu'il est valorisant pour eux de transmettre ».
Une fois le site choisi, il reste à définir le projet en dressant le périmètre du chantier et la liste des activités à confier. « Il ne s'agit pas d' offrir une prestation clé en main à l'entreprise, mais d'élaborer avec elle une démarche cohérente et porteuse de sens », précise Mathilde Bérody, chargée de mission pour Espaces. Ses principaux interlocuteurs sont les directeurs RH, les responsables environnement ou, plus souvent, des responsables de fondations d'entreprise. Avec la fondation du groupe PPR, elle a, par exemple, organisé à plusieurs reprises des demi-journées de chantier nature sur la petite ceinture parisienne à l'issue desquelles des dizaines d'employés ont pu se targuer d'avoir appris à réaliser un bac à compost. Avec celle de Bouygues Telecom, c'est un jardin partagé qui a pu être entretenu. Mieux, l'opération a débouché sur un partenariat fructueux et cette fondation a financé l'achat de matériel pour l'association.
Fidéliser ainsi la relation nécessite d'en sceller les principes à travers une convention de partenariat signée pour chaque opération. « Une flopée d'autorisations sont nécessaires pour encadrer le chantier, ajoute Gérald Maradan, directeur de l'association Ecoact. Pour organiser l'an dernier une journée de revalorisation d'un site de Saint-Cloud avec une cinquantaine de cadres d'HSBC, il a fallu l'aval du conseil général pour intervenir en bord de route, des Monuments de France pour travailler dans le parc et de deux municipalités voisines. »
Le savoir-faire d'un organisateur se joue aussi dans les forces vives dont il sait ou non s'entourer. Avec les communes, les recycleurs locaux et les syndicats de traitement des déchets (Sivom, Sidom), il faut, par exemple, s'entendre pour que des conteneurs soient mis à disposition pour trier les déchets ramassés par les employés. Et ne pas hésiter à solliciter d'autres partenaires pour disposer d'un camion et de matériel d'accueil ou de signalisation. « Si les déchets ramassés sont verts, le coût d'envoi dans une filière appropriée sera raisonnable ; mais s'ils sont plus diffus et dangereux, la facture grimpera vite à la déchèterie », prévient Gérald Maradan.
Au final, il estime le coût d'une opération classique d'une journée entre 10 000 et 20 000 euros. « Si bien que même si l'entreprise participe, on est souvent déficitaire. » Ce montant intègre l'encadrement, généralement constitué de 6 à 10 animateurs pour des équipes de 8 à 10 salariés. « Avec chaque référent, j'établis en amont un cahier des charges pour décrire l'activité et commander le matériel nécessaire », explique Mathilde Bérody. Des tâches qu'il conviendra de varier en aménageant un roulement en fonction de leur intérêt et de leurs difficultés. Exemple : telle équipe taille d'abord des haies, puis est sensibilisée à l'environnement lors d'une phase de détente ; telle autre a pour mission d'arracher des plantes invasives sur un site fragilisé, puis aménage tranquillement une niche écologique... Dans tous les cas, priorité à la sécurité. Des tenues adaptées seront fournies, les assurances prévenues et des décharges de responsabilité si besoin signées. A fortiori si l'opération a lieu le week-end et que les employés y participent en famille.