« Dire ce que l'on va faire et faire ce que l'on a dit » est votre devise. Mais avec quels outils passe-t-on à l'action ?
Le plan d'occupation des sols, par exemple. On l'a révisé quand j'étais conseiller municipal en parallèle à l'élaboration, avec les habitants, d'une charte du cadre de vie. Ces deux documents au très large rayon d'action ont permis un diagnostic de l'existant et servi de socle à un projet de ville co-construit avec les habitants. Il fallait tourner la page du passé minier.
Est-ce votre élection comme maire, en 2001, qui vous a permis d'aller plus loin ?
J'ai pu dépasser le stade des expérimentations au coup par coup et engager la municipalité dans une refonte de sa gouvernance. Je ne cache pas que c'est difficile. Basculer d'un mode routinier à un mode projet nécessite de nouvelles méthodologies. Mais on s'est donné les moyens de réussir en formant les agents aux enjeux du développement durable et en structurant nos services afin que chaque décision soit prise de manière transversale. Concrètement, un ingénieur environnement est amené à donner son avis sur des actions culturelles ou d'insertion. Chaque projet se nourrit ainsi d'une empreinte collective.
Les résultats sont-ils encourageants ?
Très. On a bien sûr des ratés, dont on débat au même titre que nos réussites. Celles-ci sont très prégnantes sur le plan environnemental : retour de la faune et de flore, économies d'énergie dans les transports et l'éclairage, zéro phyto dans les parcs, achats responsables, etc. Une logique s'inverse : pour développer leurs projets, l'Ademe, la Fédération française du bâtiment, des associations, des entreprises comme Orange ou EDF se tournent vers la ville car elle fait référence. Après un cluster écoconstruction, une plateforme consacrée à l'analyse de cycle de vie et une au recyclage des déchets, on ouvre un centre de R & D sur le solaire et on projette de construire un écoquartier sur un ancien terril. Il y a un effet d'écosystème : les actions menées se renforcent entre elles dans un cercle vertueux qui s'autoalimente. Les incivilités baissent, le commerce fleurit, tout comme la vie associative, l'économie solidaire et le bénévolat... La ville est devenue plus désirable.
Quels sont les risques d'une telle dynamique ?
Le risque est qu'elle nous dépasse et qu'on s'épuise en interne, car mes services donnent beaucoup d'eux-mêmes pour porter le changement. Le risque aussi de faire de la ville un objet de curiosité, de recherche. Le tout est de ne pas s'isoler, mais de continuer à essaimer et diffuser notre expérience auprès d'autres élus. Chaque mois, certains viennent sur place pour trouver des réponses concrètes aux problèmes qu'ils rencontrent dans des villes qui, comme la nôtre, sont loin d'être riches et ont derrière elles un lourd passif.