Nous l'avons tous constaté (et forcément un peu contribué) : les poubelles sont remplies d'objets en état de marche. Pour lutter contre le gâchis et réduire les tonnages de déchets, des collectivités proposent un guide du réemploi à leurs administrés. En quelques pages ou quelques clics, cet outil fournit des pistes pour augmenter la durée de vie des objets et les adresses utiles pour les donner et les faire réparer. « Nous sommes confrontés à la gestion des encombrants, notamment du fait de dépôts sauvages permanents dans certaines zones. Or, une partie de ces objets sont réutilisables », explique Hélène Fontaine, animatrice du programme de prévention des déchets de l'agglomération Orléans-Val de Loire (45). Un stagiaire en mastère 2 « Urbanisme et environnement » a donc planché, pendant six mois, sur un diagnostic des encombrants collectés en porte-à-porte et en déchèteries pour identifier le type d'objets et leur état. Et estimé qu'environ 15 % des objets collectés pourraient être réutilisés.
L'initiative peut être portée par des conseils généraux (en charge des plans départementaux de prévention et de gestion des déchets), des collectivités locales (dotées de la compétence collecte et/ou traitement), ou encore des associations. C'est le cas dans le XVIIIe arrondissement de Paris, où l'Interloque est à l'origine d'un annuaire du réemploi sur ce bassin de 40 000 habitants. « Ce guide est un volet d'un nouveau modèle de gestion des déchets, dans le cadre d'une opération quartier témoin lancée en 2009 », précise Giancarlo Pinna, fondateur de l'Interloque.
Le plus judicieux pour identifier toute l'offre du territoire est de travailler en concertation avec un large panel d'acteurs. Chambres de métiers et de l'artisanat, du commerce et de l'industrie, collectivités dotées de la compétence déchets (conseil régional, général, collectivités), services de l'insertion sociale, structures locales du réemploi et de la réparation, Ademe... La liste est longue. En lançant l'inventaire des acteurs en 2006, Rennes Métropole (35) a ainsi fait appel à la Maison de la consommation et de l'environnement, qui a mobilisé une dizaine de bénévoles et de salariés pour couvrir cette agglomération de plus de 400 000 habitants et 37 communes qui se caractérise par une forte densité d'associations. Pas moins de 644 acteurs ont été identifiés. Parfois, le guide dépasse les limites du territoire. « Nous avons intégré des professionnels hors du territoire de l'agglomération, ou encore des sites internet de troc ou de dons », détaille Hélène Fontaine, qui a ainsi recensé 350 structures dans son Annuaire des acteurs de la réparation, de la location et du réemploi, lancé en février 2011. « En revanche, nous avons ciblé les professionnels en rapport avec les objets les plus représentés dans les encombrants et les déchèteries : du mobilier, de l'électroménager, des articles de puériculture et petite enfance, des livres et des CD », énumère Hélène Fontaine.
Une fois les adresses des professionnels collectées, reste à choisir comment les diffuser. Souvent, les collectivités préfèrent aller au bout de la démarche de réduction des déchets en réalisant un guide accessible sur internet plutôt que sur papier. Attention alors à sa visibilité et à sa lisibilité. « Le résultat est austère et difficile à trouver sur le site », admet Nathalie Gaillard, à Rennes Métropole. À l'inverse, le guide d'Orléans-Val de Loire est très pratique : un moteur de recherche permet de cibler les actions (donner, vendre, louer, réparer), la commune, le type d'objet et le type de lieu (brocante, dépôt-vente, etc.). Enfin, le guide élaboré par le conseil général de l'Aisne (02) est en ligne sur geodomia.com, la « bibliothèque environnementale du département », et imprimée à 1 500 exemplaires, destinés aux chambres consulaires et aux structures locales du réemploi. « Et les collectivités du département sont incitées à mettre le guide en ligne sur leurs sites respectifs », souligne Corinne Cousin, chargée de mission prévention des déchets au conseil général de l'Aisne. Dans tous les cas, une forte campagne de communication pour faire connaître un outil dématérialisé est indispensable.
Attention, une fois l'outil lancé, le travail n'est pas fini : l'épopée de la mise à jour commence. C'est le chantier prévu en 2011 par Rennes Métropole, qui travaille sur une nouvelle version de son guide, avec un format facilement actualisable. Ayant prévu cette difficulté, le conseil général de l'Aisne renvoie les lecteurs en quête de professionnels de la réparation vers les chambres consulaires et les pages jaunes. Autre point délicat à gérer : la qualité de la prestation, qui n'est pas toujours au rendez-vous. « Nous essayons de travailler avec la CCI sur un label permettant de garantir aux consommateurs l'éthique de la société ou de l'association mentionnées », assure Nathalie Gaillard, responsable du pôle traitement et prévention des déchets à Rennes Métropole. Heureusement, les efforts sont payants : à Paris, Interloque a collecté 212 tonnes de produits, valorisés à 95 %. Sur l'arrondissement, la baisse des encombrants atteint 2 kg par habitant en 2009 et 3,5 kg en 2010.