Si l'arbre cache généralement la forêt, à Fontainebleau, en Seine-et-Marne, la forêt cache une montagne de déchets. Des déchets organiques qu'excrètent les chevaux élevés autour du massif forestier. « Nous avons une centaine d'établissements équestres, soit près de 3 000 chevaux, qui rejettent 30 000 tonnes de fumier par an. Le problème, c'est que le débouché traditionnel, en compost dans les champignonnières, n'est plus assuré », explique Patricia Fraile, docteur en génie des procédés et chargée de mission en recherche et développement durable à Mines ParisTech. Également cavalière, elle est à l'origine du projet de valorisation par transformation en biogaz.
L'idée d'une unité de méthanisation sur la communauté de communes de Moret Seine et Loing a germé en 2005, à la suite d'une étude de diagnostic de territoire. L'usine, représentant un investissement de 7,5 millions d'euros, sera construite par Naskeo Environnement. Elle devrait ouvrir ses portes fin 2013. Non seulement elle valorisera du fumier équin, une première en France, mais le digesteur acceptera aussi des déchets verts, des menues pailles et des issues de céréales, proximité de la Brie oblige. La biomasse sera d'abord broyée et son humidité contrôlée pour s'établir entre 25 et 35 %. Dans le digesteur, les bactéries dégraderont la matière - dans des conditions de température oscillant entre 48 et 55 °C - pour la transformer en biogaz et en digestat.
Une fois épuré, le gaz produit sera injecté dans le réseau de GRDF, comme le prévoit la loi Grenelle 2, dont les textes d'application sont attendus cet été. « C'est la proximité avec le réseau et le gisement qui nous a incités à construire l'usine ici, reconnaît Matthieu Bréant, ingénieur d'affaires chez Naskeo Environnement. Nous limiterons ainsi le transport. » À plein régime, l'unité devrait valoriser 40 000 tonnes de biomasse par an, dont la moitié sera du fumier. Elle devrait produire 200 m3 de méthane par heure, à un prix de revient autour de 66 euros le mégawattheure, qui sera revendu à GRDF 20 euros de plus. Les digestats, riches en azote, phosphore et potasse seront recyclés en engrais. Rien ne changera pour les acteurs de la filière équestre. Ils achèteront toujours leur paille au collecteur, qui est en fait négociant agricole. Ce dernier récupérera gratuitement le fumier - en « échange » de la vente de la paille -, et le livrera à l'unité de méthanisation, avec ou sans contrepartie financière, ce point restant à définir.