« Depuis février 2011, notre pilote produit 3 kg de CO2 par heure, grâce à des céramiques microporeuses, qui augmentent la surface d'échange entre la phase gazeuse et la phase liquide », explique Lionel Estel, professeur en génie des procédés à l'Insa de Rouen. Le CO2 est extrait des fumées de l'incinérateur de déchets dangereux exploité par Sedibex, une filiale de Veolia. La composition des fumées y est variable et, surtout, très oxydante. Aussi, le pilote va étudier la stabilité du solvant de captage - une monoéthylamine. En effet, celle-ci capte également des oxydes de soufre et d'azote. Mais si le CO2 est extrait du solvant, les autres composés, eux, s'y accumulent, sans que l'on en connaisse pour l'instant les conséquences. À plus long terme, l'objectif, pour Sedibex, est de mettre en place une économie circulaire. Si les tests sont positifs, la construction d'une unité industrielle de captage du CO2 de 3 tonnes par heure pourrait débuter en 2012 pour être opérationnelle en 2014. Le gaz récupéré serait légèrement compressé pour être transporté vers les industriels locaux, qui utilisent aujourd'hui celui importé des Pays-Bas pour des réactions de carbonatation. Pour Lionel Estel, d'autres applications sont possibles, notamment comme matière première pour une nouvelle chimie. « En présence d'amines, le CO2 forme des carbamates, transformables ensuite en alcanes, alcènes, cétones et aldéhydes. Tout un pan de la chimie est basé sur la liaison carbone-azote, comme les polyuréthanes », explique le chercheur.