Métaux non ferreux : les marges sont serrées
« Notre industrie n'est pas bien comprise », affirme d'emblée Robert Stein, président de la division non ferreux au BIR. Principale cible, les réglementations qui sont selon lui trop souvent biaisées. Pour illustrer son propos, il cite les pays qui faussent les marchés intérieurs en réduisant les prix des matières premières, en entravant ou interdisant les exportations de scrap. « Cela revient à rien de moins que subventionner les produits finis. » Il constate par ailleurs que « les marges dégagées continuent à être comprimées et les prix de vente ne permettent pas aux vendeurs de se réapprovisionner à des coûts acceptables. » Robert Stein a redit sa conviction « qu'un marché libre et équitable est le meilleur système économique connu pour générer une croissance responsable dans les pays industrialisés ». Le BIR entend poursuivre ses efforts de veille réglementaire à travers le monde et a fait appel à un expert, Ma Hongchang, pour suivre les changements opérés sur le marché chinois.
Métaux ferreux, mise à jour des statistiques
Rolf Willeke, chargé des statistiques au sein de la division, a présenté le nouveau rapport « Le recyclage mondial de l'acier en chiffres » qui couvre la période de 2009 à 2013. L'an passé, reprenant les chiffres de Worldsteel, la production mondiale d'acier brut a augmenté de 3 % à 1,607 milliard de tonnes. Il semble qu'au cours de l'année, la consommation de ferrailles ait reculé dans l'UE 27 de - 4,6 %, en Turquie de - 6 %, en Russie de - 3,5 %, mais a grimpé en Chine de + 2 %, au Japon de + 3,2 %, en Corée de + 0,3 %. La consommation nord-américaine est restée stable. Globalement, la consommation de ferrailles a progressé de quelque 580 millions de tonnes (+ 1,8 % comparée à 2012). Le rapport souligne une moindre importation par la Chine qui se tourne de plus en plus vers une consommation domestique de ferrailles. La plupart des pays importateurs ont réduit leurs achats à l'étranger, c'est le cas notamment de la Turquie avec - 12 %, pays qui reste cependant le principal importateur mondial de scrap.
Acier inoxydable : l'Indonésie interdit les exportations de nickel
Expert invité, Paul Gielen de Cronimet Europe prévoit une offre européenne excédentaire de ferrailles d'inox, cette année, et devra donc exporter. Il met l'accent par ailleurs sur le tournant que représente l'interdiction d'exportation de minerais par l'Indonésie. La Chine, qui a fait un bond en avant spectaculaire en partant de presque rien en 2000 pour représenter quelque 50 % des volumes mondiaux d'inox aujourd'hui, est à court de nickel. Ce manque devra être « compensé d'une façon ou d'une autre », constate-t-il. Aux États-Unis selon Simon Merrills, président d'ELG Metals, on est passé d'une offre excédentaire de ferrailles à une pénurie en moins de six mois. Il estime les besoins en exportations aux alentours de 12 000 tonnes par mois.
Les pneus dans une approche mondiale
L'époque – il faut remonter au début des années quatre-vingt-dix – où le stockage de déchets domestiques contenait plus de 2 milliards de pneus usagés est révolue. Aujourd'hui, les 50 États américains disposent d'une législation sur les pneus en fin de vie et les centres de stockage ont atteint un niveau moyen de 100 millions d'unités. Il existe selon Charles Astafan, DG du fabricant de matériel pour le recyclage de pneus, Columbus McKinnon, une utilisation très élevée des déchets de pneus aux États-Unis. Les statistiques montrent que 38 % du gisement finissent en carburant, 24 % sont retransformés en caoutchouc et 8 % recyclés dans le génie civil. L'approche industrielle aux États-Unis se développe avec désormais six entreprises contrôlant 85 % du gisement de pneus. Dans le même temps, la convoitise de ces déchets outre-Atlantique a fait baisser les taxes de mise en décharge. En effet, une pénurie de matière est apparue sur certains territoires en raison des exportations maritimes. Néanmoins, Charles Astafan espère le développement sur le territoire de marchés à plus forte valeur ajoutée. La présentation du marché européen a été menée par deux Hollandais de Vaco et Recy-BEM. L'occasion d'évoquer les travaux préparatoires en vue de faciliter la sortie du statut de déchet pour les granulés de pneus recyclés et les enveloppes extérieures dédiées au rechapage. Les représentants européens et américains s'accordent à dire que cette filière fait l'objet d'interactions croissantes entre continents. Le marché global des déchets de pneus est estimé à environ 12 millions de tonnes.
Les textiles sous pression
Pour aborder le marché des vieux textiles, la convention du BIR à Miami début juin, a laissé les professionnels américains ouvrir le bal. Un contexte pas très réjouissant, déplore Eric Stubin, vice-président de Smart et délégué du conseil pour le recyclage des textiles : « Le début d'année a été marqué par des conditions hivernales rigoureuses entraînant un rétrécissement rapide du marché. Beaucoup de recycleurs ont eu du mal à obtenir de la matière, contraints même à fermer leurs sites ; cette tendance devrait se poursuivre avec des prix pour les chiffons en mélange en hausse. » Pour les exportateurs américains, l'activité en Afrique est restée forte sur l'ensemble de l'année, malgré un léger écart sur quelques marchés d'Afrique de l'Est lié à une inflation monétaire de 5 %. Cela a été amplifié par les faibles rendements agricoles de la région et une concurrence féroce des exportateurs chinois. De son côté, Mehdi Zerroug, devenu officiellement le nouveau président de la division Textiles du BIR (remplaçant l'allemand Olaf Rintsch), a plutôt évoqué une offre de textiles plus importante que prévue liée à un hiver doux et s'accompagnant de prix relativement stables. Seule ombre à son tableau : les vols à répétition menacent la pérennité des collectes à certains endroits. Au Royaume-Uni, Alan Wheeler, directeur de l'association Textile Recycling, a déclaré que les prix imposés par les collecteurs sur les marchés clés d'Europe de l'Est et d'Afrique sont toujours sous pression : « Le déclin du marché britannique s'est encore accéléré cette année, marqué par de nombreuses fermetures de sites et donc une réduction des capacités de collecte. » Ajoutant également que plusieurs incendies ont provoqué le désengagement de nombreuses compagnies d'assurance. En Allemagne, Olaf Rintsch mentionne une offre suffisante et une bonne demande africaine malgré quelques difficultés liées à un euro fort. La présentation du secteur a été en outre l'occasion d'évoquer les opérations de collectes caritatives et commerciales, qui menacent à terme les opérateurs.