L'embauche d'un chargé de mission est souvent l'une des premières mesures concrètes d'un plan climat territorial (PCT). Car si les idées ne manquent pas pour réduire les émissions de gaz à effet de serre à l'échelle d'une communauté de communes ou d'un département, le dispositif promu par l'Ademe requiert un important travail de coordination. « Je fais rarement la même chose d'une semaine à l'autre, constate Claire Wolff, qui occupe la fonction à Mulhouse Alsace Agglomération. Mon travail ne consiste pas à mettre en oeuvre des projets, mais plutôt à accompagner ceux qui les mènent pour qu'ils aient conscience des enjeux climatiques. »
Encore faut-il ne pas apparaître comme le donneur de leçons et ne pas tirer à boulets rouges sur tous les émetteurs de gaz à effet de serre. « C'est un métier dans lequel le relationnel est important, note Laurent Flouest, chargé de mission pour le Pays barrois. Il faut passer du temps sur le terrain pour être connu et reconnu. » Avec un double enjeu : promouvoir des bonnes pratiques ou des dispositifs, mais aussi chercher les besoins des habitants et des entreprises du territoire.
Les enjeux politiques compliquent parfois la donne. Le volontarisme de certains élus peut freiner l'adhésion de leurs opposants et l'alternance remettre en cause les décisions. Au milieu des débats, le chargé de mission doit dépolitiser le PCT. En insistant sur les retombées financières d'un projet d'économies d'énergie ou sur les aides d'accompagnement pour un nouveau mode de production. Mais aussi en faisant appel, si besoin, aux experts du climat pour appuyer la démarche. « Il faut être un minimum scientifique si on ne veut pas passer pour un écologiste illuminé. La science, c'est notre légitimité », explique Laurent Flouest. S'il n'est pas obligé de connaître les technologies sur le bout des doigts, le chargé de mission doit être à l'aise avec les sujets environnementaux et leur actualité réglementaire. Ce qui demande un certain temps consacré à la lecture, à la formation et à l'échange, par exemple par le biais des réseaux de mise en relation proposés par l'Ademe. L'agence a, par ailleurs, publié un guide pour aider chaque collectivité à bien dessiner les contours de son PCT. Le plan y est décrit comme « une démarche d'amélioration continue ». Mieux vaut toutefois ne pas trop s'égarer ! « Mon fil rouge, c'est le programme d'action. S'il est bien ficelé, on peut dérouler », insiste Laurent Flouest.
Pour que ce programme soit ambitieux, réaliste et accepté par tous, être présent dès la période de concertation est un atout indéniable. Embauchée en 2007, Claire Wolff a pu animer un conseil participatif pour croiser les attentes des élus, de la population et des associations. Une mission qui demande des qualités de conduite de réunion et de synthèse. Beaucoup plus tard dans le projet, tout est à inventer en matière d'évaluation. « On essuie les plâtres », reconnait Alban Mallet, chargé de mission pour Nantes Métropole. Difficile, par exemple, de quantifier les réductions d'émission liées à telle ou telle mesure. « Ce n'est pas mon travail de mesurer, mais dès que je sens un problème émerger, je me dois de chercher des solutions », insiste-t-il.
Dans sa terminologie, l'Ademe ne différencie pas le chargé de projet et le chargé de mission, insistant seulement sur le fait que « son positionnement dans la structure doit être suffisamment élevé pour lui donner la possibilité et la capacité d'une prise en charge complète du sujet ». Comme le montre l'exemple mulhousien (lire encadré ci-dessus), la différence entre les deux fonctions est souvent marquée en milieu urbain. C'est moins le cas dans les collectivités rurales où, pour que les projets se concrétisent, le chargé de mission doit se mêler de tout dans la limite de ses compétences : de l'organisation à la recherche de solutions techniques.
Très varié, le poste a tout pour plaire sur le papier. Il présente toutefois des contraintes. À commencer par la flexibilité. Le travail avec les élus le soir, ou avec le grand public le week-end, n'est pas exceptionnel. Prenant souvent la forme d'un COT (contrat d'objectifs territorial), le contrat dure trois ans, renouvelable une fois. Le salaire proposé est de 1 800 euros net par mois. Les débouchés sont nombreux : la collectivité peut décider de pérenniser le poste avec un CDI, comme c'est le cas à Nantes. Le chargé de mission peut aussi profiter de son expérience pour passer un concours de l'administration territoriale. Il peut enfin poursuivre l'un des projets qu'il a engagés. « La fonction ouvre pas mal de portes vers les collectivités comme vers les entreprises, analyse Laurent Flouest. Et pour cause, on participe à tous les projets du territoire. »