Huit départements, 1 281 communes : telle est la Région Ile-de-France qui, à elle seule, représente 2% du territoire national. Lorsqu'on l'évoque, ce sont souvent des images de villes hyper urbanisées qui viennent à l'esprit et puis des mots : banlieues, cités, embouteillages... Pourtant, l'Ile-de-France, offre une réalité bien différente, un visage aux multiples facettes et parfois très inattendues. Avec 11 362 000 habitants, l'Ile-de-France est la région la plus peuplée de France. Une population jeune puisque 56,8% des Franciliens ont moins de quarante ans et très diverse car elle est le fruit des migrations de province puis de l'arrivée de populations étrangères.
Et pour gérer toute cette diversité et ce dynamisme dans chacune des communes, les maires doivent composer au quotidien avec les spécificités et, parfois, les particularités de leurs territoires. Pour la plupart réunis au sein de l'Association des Maires d'Ile-de-France (Amif), les élus vont donc se retrouver durant les trois journées de leurs Assises annuelles, l'occasion pour eux d'aborder des sujets d'actualité lors d'ateliers et de débats. Le Journal des Communes, qui est à nouveau l'un des partenaires de cette manifestation, a choisi dans ce numéro de mettre l'accent sur certaines thématiques : les finances, l'énergie, les TIC, mais aussi sur les éco-quartiers franciliens (voir notre dossier).
Philippe Laurent, maire de Sceaux, président de la commission des Finances de l'Amif
Le Journal des Communes - Vous animez un atelier sur le thème de la nouvelle fiscalité locale. Comment les élus accueillent-ils les nouveaux outils (CFE, cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises et l'IFER) mis en place par le gouvernement pour remplacer la taxe professionnelle ?
Philippe Laurent - Avec inquiétude au début, circonspection ensuite. Inquiétude justifiée d'abord par l'équilibre à moyen terme des budgets, alors que les dépenses vont continuer d'augmenter notamment dans le domaine social, ainsi que par la perte importante de pouvoir fiscal pour les élus départementaux et, surtout, régionaux. Désormais, la région ne vote plus l'impôt et dépend entièrement des dotations d'État. Circonspection ensuite, compte tenu de l'extraordinaire complexité du mécanisme mis en oeuvre, encore moins lisible que feue la taxe professionnelle. J'ajoute que les acteurs économiques eux-mêmes commencent à comprendre qu'ils continueront, pour la plupart, de payer autant qu'avant... Cette réforme, bricolée à l'excès en dernière minute, n'est pas digne d'une vraie décentralisation. Elle diminue la responsabilité fiscale des élus et n'incite donc pas à la maîtrise, revendiquée par ailleurs, de la dépense publique.
JdC - Ces outils permettront-ils de compenser totalement la taxe professionnelle ?
P.L. - En apparence immédiate, à peu près, sous réserve de l'entourloupe de la non prise en compte des augmentations fiscales décidées en 2009. Sur la durée et donc la dynamique de recettes, sans doute pas. Or, les collectivités locales, premiers investisseurs du pays, ont besoin de stabilité et de sécurité. De ce point de vue, la réforme est tout sauf un progrès. D'ores et déjà, les intentions d'investissement en 2010 sont en chute. C'est inquiétant pour l'avenir des territoires.
Jean-Pierre Le Poulain, maire d'Avon, président de la commission Agenda 21et développement durable de l'Amif
Le Journal des Communes - Quels sont les points abordés lors de l'atelier « Les maires et l'énergie » ?
Jean-Pierre Le Poulain - Il s'agit d'un atelier de travail sous la forme d'une table ronde au cours de laquelle chaque intervenant fera valoir son approche de la question énergétique dans les collectivités locales. Aucun sujet n'est à priori tabou : des énergies fossiles aux énergies nouvelles, en passant par les incitations fiscales et les pénalités financières, le débat s'annonce riche. Les communes disposent aujourd'hui d'outils, essentiellement via les agences partenaires qui sont souvent également des sources de subventions. Au premier rang desquelles figurent bien évidemment l'Ademe qui sera représentée par son directeur régional et ERDF par son délégué régional. Les sites internet du ministère de l'Écologie et ceux des Préfets de régions constituent des mines de renseignements pratiques à l'usage des communes qui sont par ailleurs les cibles de multiples entreprises privées du « green business ».
JdC - La taxe carbone peut-elle servir de levier au développement durable ou représente-t-elle selon vous un nouvel impôt ?
J-P.L.P. - Quand on est pour, on l'appelle taxe carbone. Quand on est contre, taxe Hulot... Personnellement, je demeure favorable à cette taxe pourvu qu'elle soit instaurée à l'échelle européenne pour rendre nos échanges commerciaux plus vertueux en matière de dumping commercial. Ce dernier est exercé par des pays pollueurs du fait des industries qu'ils exercent pour nous, et protégés par la sous évaluation de leur monnaie. Lorsqu'on les interroge là-dessus, leur réponse est invariable : ils sont prêts à acheter des « droits à polluer » sur le marché international du carbone, pour continuer à produire et exporter aux moindres coûts.
Yannick Landais, directeur général d'Artesi Ile-de-France
Le Journal des Communes - Le titre choisi pour l'atelier que vous animez cette année est assez surprenant ?
Yannick Landais - Le titre « Les élus, fracturés du numérique ? » est volontairement provocateur. Même si beaucoup de choses sont en train d'évoluer, les élus passent peu de temps devant les ordinateurs et internet et sont peu au fait des nouveaux usages et médias. Même si le nombre de sites web communaux est en progression et les fonctionnalités croissantes, les décideurs proposent peu d'espaces ou de services permettant aux citoyens de participer. Pour ces raisons, nous souhaitons sensibiliser les élus vers ces nouveaux modes de communication et de participation, bien connus du grand public, et notamment via les téléphones portables. L'objectif de l'atelier sera donc d'appréhender ces nouveaux usages pour que les élus intègrent les incidences du numérique dans leurs stratégies d'action publique.
JdC - Quels avantages apportent ces outils ?
Y.L. - Les mobiles offrent et vont offrir une multitude d'usages. A Rennes par exemple, la ville propose à ses administrés un annuaire des services publics avec géolocalisation via leur mobile. Avec cette application, on peut savoir en un clic où se trouve la crèche la plus proche, ou quels sont les nouveaux programmes culturels de la ville. Avec le portable, nous sommes dans la sphère de l'usage de tous les jours accessible partout. Afin de rendre visible toutes ces applications, Proxima Mobile, le portail de services aux citoyens sur téléphone mobile, a été lancé officiellement en février dernier par le Ministère chargé de la prospective et du développement de l'économie numérique.