Abonnements Découvrez nos formules print et numérique Accès abonnés Voir nos offres
Menu

BIODIVERSITÉ
EAU
RECYCLAGE
ÉNERGIE
TERRITOIRES
CLEANTECH
POLITIQUES
POLLUTIONS
BIODIVERSITÉ
MOBILITÉ
EMPLOI

[Tribune] Effondrement mondial des insectes : un enjeu politique

Partager :
[Tribune] Effondrement mondial des insectes : un enjeu politique
Par Aleksandar Rankovic, coordinateur gouvernance internationale de la biodiversité Post-2020 à l'Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri), le 4 mars 2019
Découvrez notre newsletter gratuite Biodiversité
Cette semaine, Aleksandar Rankovic, coordinateur gouvernance internationale de la biodiversité Post-2020 à l’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri), revient sur l’inquiétante disparition de nombreux insectes. En citant des études scientifiques, il souligne le lien entre ces disparitions et l’utilisation accrue de pesticides dans l’agriculture. Il conclut en donnant des exemples d’actions menées pour préserver les insectes.

On pensait les insectes si nombreux et si résistants qu’ils survivraient même à un conflit nucléaire mondial. Leurs populations s’effondrent pourtant à un rythme alarmant, menaçant d’emporter avec eux de nombreuses autres espèces, par des effondrements en série. Que faire ? La mobilisation politique pour s’attaquer aux causes sous-jacentes à cette crise (intensification agricole, artificialisation des terres, notamment) existe déjà : elle doit prendre de l’ampleur, et prendre plus de place dans les débats.

Des données scientifiques alarmantes : un constat implacable

Nul besoin de compter beaucoup de décennies à son compteur : même un trentenaire peut facilement se rendre compte que beaucoup moins d’insectes s’écrasent sur son pare-brise, aujourd’hui, que sur celui de ses parents quand il était enfant. Les titres les plus prestigieux de la presse mondiale ne font plus dans la demi-mesure et parlent par exemple d’une « Apocalypse des insectes ».

Une étude menée en Allemagne de 1989 à 2016 a permis de faire prendre conscience de l’ampleur du problème au-delà des cercles scientifiques. Dans un article publié en 2017, ses auteurs résument les données collectées par un réseau de suivi de la biomasse d’insectes dans 63 aires protégées dans l’ouest du pays (donc dans des endroits où, en principe, les pollutions locales sont minimisées) : en moins de trente ans, on constate une diminution de plus 75 % de la biomasse moyenne d’insectes volants sur l’année ; 82 % pour le milieu de l’été. Les auteurs y soupçonnent l’intensification agricole, notamment les pesticides.

Un article de synthèse publié en février 2019 et couvrant 73 études de suivi de populations d’insectes dans le monde clarifie et aggrave encore le constat. D’après les études disponibles, 41 % des espèces d’insectes pour lesquelles on dispose de suivis de long terme sont en déclin et 31 % menacées d’extinction (c’est-à-dire en déclin de plus de 30 % de la population initiale). La baisse annuelle de la biomasse d’insectes serait de 2,5 % par an dans le monde. Les insectes étant à la base des chaînes alimentaires terrestres et aquatiques, on comprend mieux les déclins déjà observés chez les vertébrés (on pense immédiatement aux oiseaux, par exemple) et les risques encourus à ainsi prolonger la tendance.

L’article fait surtout la synthèse des connaissances sur les causes de ce déclin : ce sont les pertes d’habitat et les pollutions, surtout celles liées à l’agriculture, et, parmi les polluants, principalement les pesticides, qui reviennent majoritairement dans la littérature scientifique. L’article montre en outre que les données sont surtout disponibles pour l’Europe et l’Amérique du Nord et bien plus rares pour le reste de la planète : or l’usage d’intrants chimiques est loin d’être limité à ces régions et atteint aujourd’hui des records ailleurs, comme en Chine ou dans des pays d’Amérique du Sud. La situation y est donc probablement encore plus grave.

Quelles réponses politiques ?

L’ampleur de la situation peut paraître désarmante, mais l’action sur ces sujets existe déjà et il lui faut des renforts. Voici quelques exemples récents, aux échelles nationale, internationale et sectorielle :

En France, le plan « France, terre de pollinisateurs » a vu le jour en 2016, avec pour but notamment de favoriser la mobilisation des acteurs sur le sujet. Le Plan biodiversité, lancé à l’été 2018, contient des mesures visant à limiter l’utilisation des insecticides (voir l’action 23 par exemple). En Allemagne, dans le sillage de l’étude de 2017, qui y fit grand bruit, un programme d’action pour la protection des insectes a vu le jour et concerne l’agriculture au premier chef. En Bavière, une mobilisation record (1,75 million de signatures sur une pétition) va peut-être aboutir à un référendum pour la protection des abeilles, via des changements importants dans les pratiques agricoles notamment, dont l’augmentation des surfaces dédiées à l’agriculture biologique.

En 2016, à la suite de la publication du rapport de l’IPBES sur la pollinisation, une coalition de pays volontaires pour les pollinisateurs a été lancée lors de la COP 13 de la Convention sur la diversité biologique (CDB), pour pousser notamment au développement de plans d’actions nationaux pour protéger les pollinisateurs, via par exemple des réformes dans le secteur agricole. Une initiative pour la conservation et l’utilisation durable des pollinisateurs a été lancée en 2000 par la CDB, en partenariat avec la FAO, et elle vient d’être mise à jour lors de la COP14 de la CDB, fin 2018. Elle prône elle aussi la diminution et la sortie progressive des pesticides. La FAO vient de publier son premier rapport sur les risques de pénurie alimentaire liés à l’effondrement de la biodiversité.

Le sujet monte irrémédiablement et il devient impossible de l’ignorer. Il faut à présent le porter plus fortement dans les arènes où les mutations sectorielles, notamment agricoles, se négocient. Il est temps de braquer le projecteur sur les acteurs qui bloquent, afin que le silence des insectes, des oiseaux, des chauve-souris et de tous les autres, résonne de tout son poids.
Aleksandar Rankovic, coordinateur gouvernance internationale de la biodiversité Post-2020 à l'Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri)
Tous nos articles à partir de 8,99 €
JE M'ABONNE
S'identifier
S'inscrire
S'abonner
S'abonner
S'abonner
S'abonner
Tour de gamme avec Arden Equipment
Voir toutes nos interviews POLLUTEC 2018
En partenariat avec
À lire également
[Tribune] Granulats marins : étude d’impact et archéologie préventive
[Tribune] Granulats marins : étude d’impact et archéologie préventive
Cette semaine, Laurent Bordereaux, juriste et professeur à l'université de La Rochelle, revient sur un arrêt du Conseil d'Etat concernant l'extraction de granulats marins.
Biodiversité : les ONG Noé et Man and Nature fusionnent
Biodiversité : les ONG Noé et Man and Nature fusionnent
Depuis le 1er janvier dernier, l'association de protection de la biodiversité, Noé, a fusionné avec l'organisation de solidarité internationale Man and Nature, pour la conservation de la biodiversité des écosystèmes tropicaux.
Ile-de-France : appel à candidatures pour les territoires qui agissent en faveur de la biodiversité
Ile-de-France : appel à candidatures pour les territoires qui agissent en faveur de la biodiversité
Vendredi 22 février, l’Agence régionale de la biodiversité en Ile-de-France a lancé un appel à candidatures pour mettre en valeur leurs actions des communes et intercommunalités franciliennes en faveur de la biodiversité.
L'AFB ouvre les candidatures pour les grands prix Natura 2000
Le 8 février dernier, l'Agence française pour la biodiversité (AFB) a lancé un appel à candidature pour les grands prix Natura 2000.
L’Agence bretonne de la biodiversité sera créée « fin 2019 »
L’Agence bretonne de la biodiversité sera créée « fin 2019 »
L’Agence française pour la biodiversité et la Région Bretagne ont annoncé que la future Agence bretonne de la biodiversité verra le jour « à la fin de l’année 2019 ».
Un partenariat pour la protection des oiseaux sur les domaines skiables de Savoie
Un partenariat pour la protection des oiseaux sur les domaines skiables de Savoie
Le 13 février dernier, quatre domaines skiables de Savoie et notamment l'Office national de forêts ou encore l'Office national de la chasse et de la faune sauvage, ont signé un partenariat pour la protection de trois espèces d'oiseaux.
Le Haut-Rhin lance sa campagne annuelle de protection des batraciens
Le Haut-Rhin lance sa campagne annuelle de protection des batraciens
Le Conseil départemental du Haut-Rhin a lancé, le 28 février dernier, une campagne de protection des batraciens.
Tous les articles BIODIVERSITÉ
ACCÈS AU KIOSQUE
Événements
Sifer 2019
26 Mars 2019
Sifer 2019
Intersol 2019
26 Mars 2019
Intersol 2019
RailTech Europe 2019
26 Mars 2019
RailTech Europe 2019
+ D'ÉVÉNEMENTS
Emploi
- Technicien(ne) de maintenance PAC/CLIM H/F à St-Nazaire
- Opérateur Hydrocureur H/F
- Agent / Agente d'entretien des parcs et jardins
+ D’OFFRES
Rubriques
Eau
Recyclage
Énergie
Territoires
Cleantech
Politiques
Pollutions
Biodiversité
Mobilité
Réseaux sociaux
Facebook
Twitter
LinkedIn
Youtube
Magazines
BTP Magazine
BTP Rail
Environnement Magazine
Hydroplus
Mat Environnement
Planète B
Réseaux VRD
Terrassements & Carrières
Services
Pages d'aide (FAQ)
Emploi
Newsletters
Agenda
Abonnés
RGPD 2018
CGV (digital)
CGV (magazines)
CGV (pub)
Nous contacter
L’équipe
Mentions légales
constructioncayola.com est un site du Groupe Cayola.