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BIODIVERSITÉ

[Entretien] Anna Deparnay-Grunenberg : « Il y a un juste milieu entre la forêt vierge et l'exploitation industrielle »

PUBLIÉ LE 9 OCTOBRE 2020
PROPOS RECUEILLIS PAR EVA GOMEZ
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[Entretien] Anna Deparnay-Grunenberg : « Il y a un juste milieu entre la forêt vierge et l'exploitation industrielle »
Fin mars 2021, la Commission européenne devrait présenter une nouvelle stratégie forestière européenne. Ce mercredi 7 octobre, le Parlement européen a adopté un rapport d’initiative pour les forêts présenté par la Commission de l’agriculture et du développement rural. L’eurodéputée franco-allemande Anna Deparnay-Grunenberg (Verts/ALE), diplômée en sciences de l’environnement et sylviculture et membre de la Commission de l’agriculture et du développement rural depuis 2019, revient sur le rapport adopté par le Parlement et les enjeux européens liés à la forêt.

Quel est l’état des forêts européennes ?

La surface de l’Europe est recouverte à 40% de forêts, mais la répartition est très inégale selon les pays. Par exemple, aux Pays-Bas, à Malte, en Grèce, il n’y en a presque pas. Les types de forêts sont également très différents : on trouve des forêts primaires presque vierges en Roumanie ou en Bulgarie, des forêts millénaires dans les pays méditerranéens, et les pays du centre de l’Europe pratiquent beaucoup la sylviculture, comme la France, l’Allemagne ou l’Autriche. Les pays scandinaves sont les premiers en sylviculture et utilisent des méthodes quasi industrielles.

Actuellement, quelles sont les directives européennes concernant la forêt ? Vers quoi faudrait-il tendre selon vous ?

Aujourd’hui, la stratégie forestière européenne est très peu ambitieuse et les grandes lignes politiques sont de l’ordre des compétences nationales. Mais la forêt devrait être une compétence partagée, car elle est touchée par de nombreuses directives européennes : la directive eau ou les zones Natura 2000 par exemple. En plénière au Parlement, la Commission de l’agriculture et du développement rural a raté l’occasion de faire une proposition plus progressiste ! Notre rapport d’initiative ne mentionne même pas les mots « forêt » et « sylviculture » et ne contient rien de contraignant, seulement des idées. La Commission de l’environnement avait proposé un texte plus ambitieux, que j’ai essayé de contre proposer, mais il n’a malheureusement pas reçu de majorité.

Il faudrait avant tout définir au niveau européen, ce qu’est la « gestion durable d’une forêt », avec des critères concrets sur le nombre d’hectares de coupes claires, l’interdiction à long terme des monocultures, ou l’appauvrissement des sols. Par ailleurs, il faudrait établir des plans de changement de méthodes de sylviculture, avec des espèces plus résilientes et plus variées. Il n’existe en effet aucun critère sur la replantation, ni sur l’utilisation de l’argent donné par l’Union européenne. Les fonds européens devraient être soumis à conditions. L’UE devrait aussi légiférer sur les importations et exportations et développer une stratégie autour de la construction bois.

Qu’en est-il du bois-énergie ?

Dans le rapport de la Commission de l’agriculture et du développement rural, nous avons réussi à mettre un passage sur la priorisation de l’utilisation du bois en cascade. Voici comment cela fonctionne : les arbres fraîchement coupés et leurs troncs sont utilisés pour la construction de bâtiments et de meubles. Puis on utilise le bois des vieux meubles et les déchets de bois pour faire des panneaux de bois, et en dernière cascade on produit du papier, du carton et de l’énergie. Si le cycle du bois est respecté en entier, il aura fourni beaucoup de produits. Malheureusement, certains pays ont pu faire monter leurs taux d’énergies renouvelables en brûlant des arbres tout frais...

Quelle est votre définition d’une bonne gestion forestière ?

On entend souvent l’idée naïve selon laquelle la meilleure gestion environnementale serait de ne pas toucher du tout à la forêt. Mais il y a un juste milieu entre laisser les forêts vierges et les exploiter de façon industrielle. Il y a des façons de faire de la sylviculture qui restent proches d’un cycle naturel et qui respectent la biodiversité et la séquestration de CO2 dans le sol. Lorsque l’on fait des cycles courts, où on plante et coupe trop vite, les sols s’appauvrissent ! Une gestion raisonnée aidera à combattre le réchauffement climatique : la sécheresse affecte beaucoup plus les monocultures, notamment de pins et épicéas. L’Allemagne de l’Est fait face à de grandes pertes de forêts de pins, et les scolytes détruisent des hectares et des hectares d’épicéas en Europe. Il faut faire de la sensibilisation pour que ce juste milieu soit accepté et se poser la question de la place de l’être humain dans la nature et son exploitation.

Les organismes publics de gestion forestière [NDLR. l’Office national des forêts en France] ont de fait un rôle à jouer ! Non seulement pour la sensibilisation, mais ils peuvent également tester différentes formes de sylviculture, pour déterminer quelles espèces résistent le mieux et dans quelles conditions.
Anna Deparnay-Grunenberg, eurodéputée membre de la Commission de l'agriculture et du développement rural / DRul
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