Tous les samedis matin, des habitants de la Maison radieuse, à Nantes, vont déposer leurs résidus de cuisine de la semaine dans le composteur de la résidence. Un animateur les accueille, ajoute des déchets verts, du broyat de branches et arrose le tout. Mois après mois, les habitants fabriquent le compost qui enrichira les allées de leur résidence et les jardinières de leurs balcons.
Le compostage collectif se développe partout en France. Avec 1,5 million de composteurs distribués depuis les années 1990, la France totalise 10 millions de foyers le pratiquant - 34 % de la population, essentiellement en milieu rural. Mais bien souvent, les collectivités ont limité leur action à la distribution du matériel. Résultat : 72 % des utilisateurs ne conduisent pas le compostage, qui se résume à un tas de déchets en fermentation, susceptible de produire du méthane à l'odeur incommodante et à puissant effet de serre. « Au début, le compostage était un alibi pour la commune. Or, de bons résultats nécessitent de former les techniciens », conseille Roger Proix, directeur de l'association Gesper, pour Gestion de proximité de l'environnement en région. Et la difficulté est identique en collectif : « La qualité du compostage ne fait pas assez partie des préoccupations des collectivités qui en font la promotion. Rares sont celles qui instaurent des visites sur le terrain pour suivre la qualité des pratiques et des composts », note Denis Mazaud, du service prévention et gestion des déchets à l'Ademe.
Les communes qui souhaitent favoriser le compostage des biodéchets (jusqu'à 70 kg par an et par habitant) peuvent faire appel au bénévolat ou à un prestataire de services. Le bénévolat reste en général d'ampleur limitée, mais son faible coût séduit de nombreuses collectivités, dont les agents (espaces verts, ambassadeurs du tri) sont formés par des associations reconnues par l'Ademe. Devenus maîtres composteurs, ils animent les réseaux de guides composteurs bénévoles. Ces derniers peuvent encadrer trente à quarante familles chacun. Parmi les prestataires de services, Gesper propose de gérer la communication, le compostage et de créer des jardins collectifs. « Nous avons déjà mené des opérations dans des zones urbaines sensibles, avec peu de bénévoles. Nous portons un projet social, qui mobilise la politique de la ville », souligne Roger Proix.
Pratiqué en pied d'immeuble, le compostage est souvent le fruit de la motivation d'un ou plusieurs résidents. « Nous aidons les projets à condition qu'il y ait un noyau dur de cinq à dix personnes motivées », reconnaît Olivier Sauzeau, directeur environnement et cadre de vie à La Roche-sur-Yon Agglomération (85). Si la commune soutient le projet, l'assemblée générale des copropriétaires doit l'approuver et décider de l'emplacement, stratégique, du pavillon de compostage. « À Chambéry, des habitants voulaient cacher l'aire de compostage dans un lieu peu accessible : nous n'avons pas validé ce choix », explique Séverine Estienne, maître composteur à Chambéry Métropole.
Certaines collectivités ont préféré misé sur la pédagogie en introduisant le compostage collectif dans des écoles ou des collèges. Grenoble Alpes Métropole pilote ainsi une quinzaine de sites. À l'origine de ces initiatives, un professeur ou un proviseur motivé.
De bons résultats sont également obtenus dans les HLM. Dans le Puy-de-Dôme, le syndicat départemental des déchets ( Valtom) et le bailleur social ( Ophis) ont retenu une résidence arborée, dans une commune rurale, pour un premier test. Un an après, le bilan dépassait les espérances, avec un taux de participation de 60 % nécessitant l'installation de composteurs supplémentaires - et le retrait de conteneurs à déchets résiduels. « Du lien social s'est créé autour de ce projet et les locataires regardent d'un autre oeil le gardien, animateur du projet », expliquent André Pieuchot, chargé de mission à l'Ophis, et Juliette Garrigue, responsable prévention au Valtom1. Du coup, l'Ophis a identifié 54 résidences dans 30 communes susceptibles de suivre ce premier exemple.