Les batteries au plomb pourraient voir leur durée de vie prolongée de plusieurs années... Pour peu que l'on s'attaque à la sulfatation qui « encrasse » leurs plaques, réduisant les échanges électriques entre les bornes. Une dégradation qui concerne les batteries de démarrage, de traction, utilisée dans les chariots élévateurs notamment, et les batteries stationnaires. « Le principe n'est pas récent, c'est l'industrialisation de la technique qui est nouveau », signale Grégoire Fonteneau, le directeur de Strafont Énergie, une société de régénération de batteries en Île-de-France.
L'Ademe a lancé une étude sur le sujet en 2011, qui n'a pas encore été rendue publique. « C'est un premier état de l'art, mais elle ne valide pas scientifiquement le potentiel des procédés », précise un porte-parole de l'Agence. Une analyse du gisement devrait également être menée. Pour les promoteurs de ce secteur, l'intérêt est autant économique qu'écologique puisque le coût de « sauvetage », quelle que soit la technique utilisée, est 50 à 70 % moins cher que l'achat d'une batterie neuve et que la quantité de déchets diminue du fait de l'utilisation prolongée de la batterie.
L'Ademe a identifié trois types de procédés : électrique, chimique et combiné électrique-chimique. Sur le terrain, ce sont les procédés électriques qui ont le plus de succès. « Les additifs chimiques ne sont pas satisfaisants, car ils peuvent mettre plusieurs jours à agir », expose Alexandre Torres, le directeur de Seenrgy Provence. En outre, ils risquent de poser des problèmes au moment du recyclage.
Du côté des procédés électriques, il existe plusieurs variantes, mais le principe reste le même : inverser la réaction de sulfatation. Une onde combinée à un courant électrique est envoyée à la fréquence de résonance du sulfate de plomb. Les atomes de plomb se séparent alors des molécules d'acide sulfurique, ainsi purifié. Ces techniques fonctionnent quelles que soient les caractéristiques des batteries. Ce qui change : la nature du courant envoyé et le temps nécessaire à la régénération. La plus connue est la technologie qu'a développée RBC pour la régénération de batteries industrielles. Elle utilise un courant de faible intensité. « Une batterie prévue pour durer quatre ans peut atteindre douze ans d'utilisation », assure Grégoire Fonteneau, de Strafont Énergie. La régénération dure entre vingt-quatre et quatre-vingt-seize heures, selon la nature de la batterie, mais il faut compter près d'une semaine pour l'ensemble de l'opération, qui inclut le diagnostic, la décharge, la charge et le test. C'est pourquoi Strafont Énergie a organisé un système d'échange de batteries bien rodé, grâce auquel le client n'immobilise pas son matériel.
Le distributeur Batterie Plus, quant à lui, propose une gamme de régénérateurs envoyant une impulsion électrique de fort ampérage (courant triphasé de 300 à 400 ampères). Le choc électrique se transforme en choc mécanique, qui « décolle » puis dissout les cristaux de sulfate de plomb. La quantité de matière incrustée influe sur le temps de régénération. « Toute la capacité de la batterie est récupérable », selon Bertrand Costes, le gérant.
Une autre technologie transportable et brevetée est en train d'émerger. Elle n'envoie que des ondes à une fréquence bien précise, mais quasiment pas de courant électrique. « Elle réduit par 50 le temps de régénération », affirme Alexandre Torres, de Seenrgy Provence, qui propose cette solution depuis le début de l'année. Sûre de l'efficacité de sa technologie, Seenrgy (également à Toulouse et au Mans où la machine a été développée) garantit même pendant deux ans les batteries de démarrage ainsi régénérées.