Le thème du colloque qui se déroulait au Sénat avait de quoi surprendre et pouvait paraître anecdotique. Pourtant, depuis une dizaine d'années, les fermetures d'établissements ne cessent d'augmenter, qu'il s'agisse des buralistes, des points de vente presse ou des débits de boissons. Placé sous le haut patronage du ministre de l'Espace rural, Michel Mercier, et d'Hervé Novelli, secrétaire d'État chargé du Commerce, ce colloque organisé à l'initiative de Nicolas About, Sénateur des Yvelines, a réuni plus d'une vingtaine d'intervenants devant une salle comble où élus et professionnels, après un état des lieux du secteur, ont examiné l'avenir des bistrots et autres cafés du coin.
Quelque 500 000 bistrots en France en 1914, 200 000 encore dans les années soixante, et moins de 50 000 aujourd'hui... sans bruit, les villages sont en train de perdre l'un des derniers piliers de leur vie sociale après la fermeture de leurs écoles et de leurs commerces, les bistrots où l'on refaisait le monde, à tout le moins le match du dimanche, et où on tapait le carton, ferment les uns après les autres. Un constat qu'a fort bien résumé en une formule l'avocat Étienne Wéry : « c'est le bistrot qui éteint la lumière du village ».
Des lieux de vie et des atouts économiques
Les différents intervenants ont d'ailleurs été unanimes pour affirmer que les cafés présentent de véritables atouts économiques. Pour Anne-Marie Escoffier, sénateur de l'Aveyron : « Ils assurent une proximité géographique, affective et fonctionnelle. » Autre force de ces commerces : le maillage territorial, « en particulier dans les zones rurales où les cafés sont des lieux de vie intergénérationnels », a précisé pour sa part Gérard Bohelay, président de la Fédération des buralistes de Paris Ile-de-France.
Entre une législation répressive (lois antitabac, réglementation sur l'alcool...), des commissions de sécurité jugées parfois « abusives », des statuts et une fiscalité inadaptés, la multiplication des normes techniques, la baisse du pouvoir d'achat des clients... les cafés risquent bel et bien de disparaître. À moins que...
« Le café doit se transformer en s'adaptant aux moeurs d'aujourd'hui », déclarait Michel Mercier. Parmi les solutions avancées par les participants, développer de nouvelles activités, sources de marges financières. D'autres pays européens y ont déjà eu recours comme la Belgique où 680 points postes ont été mis en place dans des cafés (l'équivalent à l'échelle française de 30 à 35 000 points) proposant par exemple l'envoi et réception de recommandés. En Italie, ces points proposent des services encore plus larges : vente de produits bancaires, dans le cadre d'activités liées à la banque postale, ou bien possibilité d'ouvrir ou de fermer un compte bancaire...
Un autre thème a également été évoqué, celui de l'ouverture à la culture et au développement social par la création de cafés thématisés (café poésie, bar-bibliothèque, café-brocante, café-philo...), sans oublier les bornes internet en libre-service désormais indispensables.
Autant de « perspectives qui s'ouvrent » a souligné Michel Mercier avant d'assurer la profession du soutien des élus locaux, régionaux et nationaux pour l'aider dans cette voie.