Après huit ans de résistance, Lyonnaise des eaux, filiale de Suez environnement, et la Compagnie générale des eaux, filiale de Veolia environnement, ont coupé les liens qui les unissaient dans plusieurs sociétés communes. Historiquement, les deux groupes détenaient, côte à côte, une dizaine de sociétés de distribution d'eau. Une situation incongrue, alors qu'ils sont censés se faire concurrence, et qui avait poussé le Conseil de la concurrence à intervenir en 2002. Dans sa décision, cette instance avait considéré que ces sociétés paritaires entraînaient une « situation de position dominante collective ». Selon elle, dans les villes où ils étaient associés, Veolia et Suez s'abstenaient de répondre aux appels d'offres, ce qui leur permettait de se partager le territoire. Désormais consommée, cette séparation pourrait avoir des répercussions importantes. Les villes dans lesquelles Veolia et Suez étaient associés représentent près de 12 % du marché français, et couvrent trois millions d'usagers pour un chiffre d'affaires de 687 millions d'euros. Surtout, une partie des contrats concernés arrivent bientôt à échéance. Le contrat d'assainissement de Marseille sera ainsi remis en jeu en 2012, celui de la distribution d'eau en 2013, suivi par Versailles en 2014, puis Lille en 2015. Or, la Lyonnaise des eaux pourrait en profiter pour rattraper une partie de son retard par rapport à la Générale des eaux. En France, Veolia détient 39 % de parts de marché, 20 points de plus que Suez. D'où la contestation et la résistance bien plus forte de Veolia contre l'application de la décision du Conseil de la concurrence, alors que d'autres groupes, comme Saur, Derichebourg, voire Pizzorno, cherchent déjà à renforcer leurs positions ou à entrer sur le marché français de l'eau.