L'espace public urbain a longtemps été considéré uniquement sous l'angle utilitaire : un endroit où l'on circule, mais où l'on ne s'attarde pas. Les équipements publics étaient utilisés par les plus modestes des habitants : les fontaines pour boire, les lanternes puis les réverbères pour s'éclairer. Et ils étaient instrumentalisés par les plus puissants, rois, princes et mécènes : les statues et fontaines sculptées à leur effigie ou accompagnées de leur nom (les « fontaines Wallace » à Paris). Ensuite sont apparus les bancs publics, chers à Georges Brassens, les corbeilles à papier, les refuges, les sanitaires publics, les boîtes aux lettres... Cette évolution s'était effectuée jusqu'il y a une quinzaine d'années selon des critères exclusivement utilitaires, sans réelle recherche esthétique ni souci d'harmonie. Enfin, certains élus, souvent motivés par les architectes et paysagistes, ont commencé à voir dans le mobilier urbain un élément valorisant pour l'image de leur ville.
Élément visible d'un projet d'aménagement
Ce que l'on demande au mobilier urbain aujourd'hui, c'est à la fois d'être décoratif, utile, porteur d'image et de sens, respectueux de l'environnement, et surtout d'être compatible avec une réglementation de plus en plus complexe en matière de sécurité, tant du point de vue de leur fabrication que de celui de leur installation. Outre la réglementation, le mobilier urbain doit s'insérer au sein d'un projet d'aménagement global de la ville. Devant tant de contraintes, relativement nouvelles et parfois contradictoires, certaines municipalités ont décidé de confier à des entreprises privées spécialisées le soin de fabriquer et d'assurer la maintenance de cet élément, le tout étant maintenu en cohérence avec le projet de ville mis en oeuvre par le maire. Cette cohérence doit être garantie par un contrat de prestation de services s'appuyant sur un cahier des charges clair et exhaustif, car le moindre dysfonctionnement (accident, utilisation détournée, dégradations...) est immédiatement porté au débit de l'équipe municipale. D'autres communes ont recours à une « Charte urbaine » dont le but est de proposer un ensemble de règles fondamentales d'aménagement. Ces règles définissent ensuite un véritable dictionnaire de vocabulaire d'éléments concertés intervenant dans la composition de l'espace urbain (Voir l'interview de Rodolphe Dugon en pp30-31).
Comment choisir, implanter et gérer ?
Ceci posé, doit se résoudre le point de savoir si l'on fait appel au catalogue des fabricants spécialisés, ou si l'on fait l'effort de demander des créations originales. La première option est évidemment avantageuse en termes de coût, de maintenance, et surtout de renouvellement : le suivi de fabrication est aussi un critère à prendre en compte, de même que la rapidité du remplacement d'un élément dégradé. En revanche, la seconde option présente l'avantage de disposer de matériels que l'on ne verra pas dans la ville voisine, donc bien plus lisibles en termes d'image. Elle est donc plus cohérente et plus globale. Par ailleurs, les élus peuvent parfaitement dialoguer avec le designer et avec l'entreprise fabricante pour obtenir ce que veut la population, et imposer un suivi de fabrication à l'entreprise. Quelle que soit la manière dont il est choisi, le mobilier urbain doit être fabriqué dans des matériaux à la fois résistants au vieillissement et aux dégradations volontaires, agréables à regarder, confortables aux usagers, faciles à entretenir et d'un coût raisonnable. Une fois fabriqué, il doit être implanté judicieusement, d'aucuns diront « mis en scène » visuellement et fonctionnellement : une ligne de bancs, par exemple, devra être placée dans des endroits éloignés du trafic automobile, si possible bénéficiant d'une alternance agréable entre ensoleillement et ombrages... Un projet urbanistique digne de ce nom évitera par ailleurs de trop encombrer l'espace public avec des éléments trop nombreux ou redondants.