POUR - Francis Petitjean, cofondateur de Desertec www.desertec.org
Les déserts reçoivent en six heures plus d'énergie que n'en consomme l'humanité en un an. L'ensoleillement en Afrique du Nord est constant et bien plus favorable qu'en France pour produire de l'électricité. La technologie thermodynamique, la plus aboutie, offre une production de masse et permet de stocker l'électricité. La fondation Desertec, créée à l'initiative du Club de Rome, s'appuie sur un consortium de dix-sept sociétés, pour apporter le cadre technique et politique au déploiement de cette technologie. L'ambition ? Assurer, d'ici à 2050, 15 % des besoins en électricité de l'Europe, tout en couvrant les besoins locaux. Le projet n'est pas utopique si on compare son coût au nucléaire. Les populations locales disposeront d'énergie propre alors que les trois quarts n'ont pas encore accès à l'électricité ! Les emplois créés sur place réduiront l'émigration. C'est tout, sauf un projet néocolonialiste. D'ailleurs, rien ne se fera sans l'adhésion des pays concernés.
CONTRE - Anne Bringault, directrice des Amis de la Terre
Cette idée intéresse les grands groupes du pétrole et du nucléaire. Derrière se trouve une volonté néocolonialiste de réduire un territoire à la seule exploitation de son ensoleillement. L'enrichissement des pays producteurs n'empêchera pas la paupérisation croissante d'une large part de leur population. Le caractère durable de la production d'énergie dépend aussi de son impact social global. Les zones sahariennes sont des écosystèmes fragiles. La priorité, c'est la souveraineté alimentaire. Et donc le maintien d' une agriculture économe en énergie. Pour être au bénéfice direct des populations locales, la production d'électricité renouvelable doit être aussi décentralisée que possible. Les projets comme Desertec visent juste à accroître la part des renouvelables sans lutter contre la hausse massive des consommations en Europe. Et, en complément - et non en remplacement - des centrales nucléaires et fossiles.